"Pigeon Assis" : retour d’Assises (de l’entrepreneuriat) d’un (ex-)Pigeon à Bercy

Tel Sitting Bull dans la grande bataille de Little Big Horn (1876 !), Pigeon Assis est la figure de l’entrepreneur qui a essayé de résister en 2013 ! Résister à la pensée unique anti-entreprise. Résister pour sortir de la crise par le haut. Résister en participant.

Nous aurons tous laissé des plumes dans cette guerre des idées post-pigeon. Il est particulièrement difficile en France de trouver un terrain apolitique pour parler d’économie. Pour certains, le combat était droitisé, réduit au simple enjeu fiscal d’une sous-catégorie de parvenus ; je ne m’étendrai pas sur les messages reçus me traitant d’arriviste.
Pour d’autres au contraire, nous faisions trop de concessions au gouvernement en acceptant même de négocier ; je ne relaterai pas tous les messages que j’ai reçus m’assimilant pratiquement à un gauchiste.

En réalité, le problème est loin d’être seulement fiscal : il s’agit de regarder en face et de confronter la France du chômage à la faiblesse des investissements dans les startups. On marche sur la tête.
Je ne sais pas dire si la Gauche a mal à son entreprise ou si l’Entreprise a mal à sa gauche. Mais en tous les cas la maladie s’est déclarée. Nous serons passés par un parcours d’obstacles inouïs : un Président de la République qui avait commencé par une guerre contre les riches ; suivi par un projet de loi de Finance construit à l’envers, niant la notion même de risque associé à la création d’entreprise ; un rapporteur de la commission des finances à l’Assemblée Nationale n’ayant aucune expérience de l’entreprise ; un Ministre du budget fraudeur et menteur ; un Ministre du redressement productif frondeur et populiste ; un Front de Gauche racoleur et en perte de voix face à la montée du Front national ; un MEDEF aveugle sur les enjeux des petites entreprises ; une CGPME active mais trop figée dans le passé etc etc etc.

Face à l’émergence rapide d’une nouvelle génération, ni X, ni Y ni Z mais Pigeons  (admirablement relaté par notre camarade #geonpi Jean-David Chamboredon, le vrai Sitting Bull c’est lui), nous avons tenu bon !

Et voilà que tous ces débats, toute cette agitation semblent commencer à porter ses fruits. Qu’est ce qui s’est passé entre temps ? L’opiniâtreté d’une Ministre (Fleur Pellerin qui a déjà conquis son surnom « Flower Pilgrim ») qui compense la faiblesse de son budget par une énergie et une clairvoyance bluffante et un Président de la République qui commence enfin à affirmer une vision favorable au monde de l’entreprise. François Hollande a conclu son discours du 29 avril par un « Entreprendre ensemble » qui me semble au goût du jour, dans notre monde collaboratif numérique.

Si on revient sur les Assises de l’entrepreneuriat qui ont été un énorme « machin », regroupant 9 groupes de travail pendant près de 4 mois, je peux témoigner de leur efficacité. Emmenées par des chefs de file qui ont dévoué un temps et des compétences hors du commun, ces Assises sont emblématiques d’une nouvelle de façon de travailler : elles n’ont pas été un énième comité Théodule. Elles ont démontré qu’il est possible de dresser des passerelles entre le monde du privé, l’administration et le politique. Oui, c’est possible ! Et si, si : en France !… Moi aussi je ne voulais pas y croire, mais je l’ai vu à l’œuvre. Et franchement ça fout la pêche.

De quoi ont-elles accouché ? A mon avis des prémices d’une véritable approche social-démocrate de l’entreprise… Mais la guerre des idées est encore loin d’être gagnée. Le vrai besoin sera rempli quand le financement des PME sera au rendez-vous. Il est déjà passionnant de constater que les mesures retenues couvrent un spectre large qui a pour ambition de modifier en profondeur le rapport à l’entrepreneuriat.

- Des mesures fiscales et financières bien sûr :

o   Même si la grille d’imposition des plus-values mobilière est à mon sens encore trop complexe, elle permet désormais au créateurs d’entreprises et à leurs investisseurs de bénéficier de taux qui sont dans la moyenne européenne, à condition d’investir dans des PME et de conserver ses titres plus de 8 ans.
La fin du dumping fiscal ?
Bien sûr que non : l’harmonisation des impôts et des charges dans la zone euro devrait être le grand soir européen !

o   Les grands groupes seront  aussi incités fiscalement à investir dans les PME.  Symboliquement cela devrait réconcilier ces 2 familles d’entreprises qui ont historiquement du mal à s’entendre en France

o   La création d’un PEA-PME : le PEA en France c’est 118m€ d’en-cours… Et avant cette mesure, seulement 3% sont placés sur des PME ou des ETI : la culture Française de la « petite boîte » est encore très loin d’être mature...

o   Et surtout : revoir le cadre de l’assurance vie, véritable réservoir de l’épargne des Français ! Près de 1.4 milliards d’euros qui devraient être drainés plus largement vers les actions d’entreprise. On sait que les fonds euros ont des rendements décroissants… Les épargnants s’en lassent ! C’est le moment d’orienter les compagnies d’assurance vers une politique prudentielle plus audacieuse. En cela il s’agit de suivre de près les applications du récent rapport Berger-Lefebvre.

o   Mobilisation autour du crowdfunding : oui entreprendre… ensemble !

- Mais aussi des mesures de type « culturel » pour favoriser l’esprit d’entreprise, partout en France :

o   Education à l’entreprise dans nos écoles, ce qui n’est pas une démarche qui tend vers la « cupidité » comme l’a souligné le Front de Gauche, mais bien une volonté de dé-diaboliser le monde entrepreneurial.

o   Investissement de la BPI dans les quartiers défavorisés pour susciter les vocations entrepreneuriales.

o   Un dispositif  pour soutenir les étudiants.

- Ainsi que la simplification du parcours du combattant de l’entrepreneur en France :

o   Création d’un startup visa à la Française sur le modèle américain ou canadien.

o   La création du pass’ entrepreneur numérique pour accompagner les démarches administratives.

Je déplore encore les réactions de la gauche de la gauche, qui reste trop défensive, portée par les voix de bons tribuns tels que Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg à la fois hors et dans le gouvernement.

La vraie gauche, pragmatique, va être celle qui pense sincèrement à défendre l’intérêt national avec le sens des priorités économiques : il s’agit de TOUT mettre en œuvre pour que les bonnes idées d’entreprises qu’on a par chez nous se transforment en création d’emplois ICI en France. Repenser la Frontière de la France, ce n’est définitivement pas bloquer la route aux investisseurs américains ou japonais. Au contraire, il faut aussi IMPERATIVEMENT leur donner envie de (re)venir en France. Depuis la revente de PriceMinister à Rakuten nous avons créé des emplois, ICI, pas là-bas ! Qui détient le monopole de la définition de l’intérêt national ?

Pour que nos start-ups se développent, exportent, créent des jobs elles ont besoin de moyens.

Quelqu’un de très malin a fait remarquer que la publication des patrimoines de nos Ministres avaient révélé qu’aucun d’entre eux ne possèdent de participation dans des PME françaises. On a encore du boulot avant de remporter la guerre des idées sur la colline de « Little Big Company ».

J’avais claironné que j’arrêtais d’investir, amer et découragé. Et bien c’est reparti ! Et je reviendrai à la rentrée avec un livre sur  le sujet, car il faut maintenir la pression entrepreneuriale et redorer le blason de la marque-France.

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