Ce que les enchères de Faceboook & Google pour Snapchat nous apprennent sur l’avenir de l’économie et du monde

La valeur grandissante des détenteurs d’audiences s’explique par le fait que nous basculons peu à peu dans une ère d’abondance où le facteur limitant ne sera plus tant le prix des biens et services mais le temps pour en profiter.

Snapchat, appli de chat sans revenus, aurait récemment refusé coup sur coup une offre de rachat de Facebook de 3 milliards de dollars, puis de 4 milliards de Google. Souvenons-nous que Facebook avait acheté en avril 2012 pour un milliard de dollars une autre appli sans revenus, Instagram. Sans oublier Twitter qui est maintenant valorisé à 24 milliards de dollars en bourse alors que le site, s’il commence à générer des revenus, n’est toujours pas rentable et a perdu 134 millions de dollars juste sur les 9 premiers mois de l’année 2013.

Pourquoi diable un tel engouement pour ces sites sans revenus ou sans profits ?

Et quels enseignements en tirer quant à l’avenir de l’économie et de notre monde ?
Leur point commun : ils rassemblent aujourd’hui de très larges audiences. Mais surtout investisseurs et acheteurs déclarés doivent considérer que ces sites parviendront à conserver et accroître leur attrait pour les internautes suffisamment longtemps pour que la martingale gagnante soit trouvée et qu’ils deviennent de bien grasses vaches à lait à même de rentabiliser l’investissement initial.
À l’instar de Google, qui, s’il peut investir aujourd’hui dans la Google Car ou les Google Glasses, le doit à la cash machine Adword qui lui procure plus de 85 % de ses revenus. Ou à l’image de Facebook, qu’on disait l’an passé incapable de monétiser son inventaire mobile, qui lui amène pourtant près de 50 % de ses revenus au Q3 2013, quasi-exclusivement en plus des revenus desktop, non au détriment !

Leçon : si vous disposez d'une audience captive, quel que soit le support, ce n’est qu’une question de temps avant que vous ne parveniez à la monétiser, d’une façon ou d’une autre. Le business model de la publicité, inauguré il y a plus d’un siècle par la presse papier puis la radio ne n’est jamais aussi bien porté.
Et ce n’est que le début : d’ici à 15 ans, la digitalisation rampante de nos vies permettra une publicité individualisée à l’extrême, des messages sur mesure seront affichés à la bonne personne au bon moment, et tous les contacts avec les marques seront enregistrés, mesurés, disséqués, le modèle d’attribution « multi touch » règnera en maître.
La valeur grandissante des détenteurs d’audiences s’explique selon moi par le fait que nous basculons peu à peu dans une ère d’abondance où le facteur limitant ne sera plus tant le prix des biens et services mais le temps pour en profiter. Ceux qui pourront capter le « temps de cerveau disponible » des masses seront les grands gagnants de cette nouvelle ère.
Les forces du progrès continuent inlassablement de faire chuter les prix de la plupart des biens et services de consommation. Cette révolution est déjà bien avancée pour les biens et services numérisables dont le coût marginal de production est nul, comme les biens culturels.

L’impression 3D laisse entrevoir le même destin aux biens matériels

Les progrès en intelligence artificielle,  notamment dans la compréhension du langage (voir la vidéo du robot qui bat les champions du « Question pour un champion » américain), devraient rendre bien des métiers intellectuels caducs et ainsi faire encore chuter les prix.  Grâce aux nouveaux gadgets permettant l’auto-diagnostic médical, le coût de la santé ne sera bientôt plus un problème.
Idem pour l’éducation avec de nouveaux logiciels qui permettent de faire progresser plus vite les élèves à moindre coût.
Au fait, six heures d’ensoleillement des déserts mondiaux fournissent l’équivalent énergétique d’un an de consommation mondiale ! Beaucoup de progrès sont à attendre dans le secteur de l’énergie et laissent augurer un monde où elle deviendrait quasi-gratuite.

D’ici à 15 ans des trains roulant à plus de 1200km/h
pourraient quadriller le monde. Avec des moyens de transports ultra-rapides et quasi-gratuits, et sachant que selon les démographes la population humaine devrait plafonner à 11 milliards, la pression immobilière devrait retomber partout. Si je peux travailler dans une mégalopole le jour, vivre à la campagne dans une maison avec jardin le reste du temps et ne mettre que 15 minutes pour aller travailler le matin, sans doute le ferai-je, et ne serai pas le seul.
Ah oui j’oubliais, au rythme actuel, la pauvreté devrait aussi avoir disparu d’ici à 2050 au plus tard, je vous invite à regarder les vidéos TED d’Hans Rosling pour vous en convaincre.
Dans ce monde d’abondance imminent où le niveau de vie de tous les êtres humains aura convergé, nous pourrons profiter d’une infinité de biens et services pour 3 fois rien ou presque.
La seule contrainte ? Il n’y aura toujours que 24 heures dans une journée…
Donc ceux qui pourront orienter nos choix, ceux qui auront ne serait-ce que la capacité de nous présenter un choix car ayant accès à notre temps, ceux-là seront les rois du monde. Cela pourra être cette plateforme digitale où nous passons du temps, ce restaurant où nous aimons aller, ou encore cette bloggeuse que nous aimons lire. Toux ceux qui susciteront l’intérêt, l’écoute, les regards, ceux-là engrangeront la nouvelle monnaie reine, l’influence.

Quelle étrange monnaie, d’ailleurs

Quand George Clooney loue son influence à Nespresso, la marque de café en profite, mais l’image de Georges n’en bénéficie-t-elle pas aussi ? Ne ressort-il pas grandi sinon indemne d’une pub où « sa classe » est exaltée ? Une transaction en monnaie l’influence ne serait donc pas un jeu à somme nulle ! Plus j’en ai, plus j’en obtiens ? Verrons-nous demain apparaître d’indétrônables oligarques de l’influence face au prolétariat du « klout » ?
Pour comprendre le monde demain, il me semble judicieux d’observer le star system. Les grands acteurs américains sont riches à millions, et de toute façon tout leur est offert dans l’espoir d’instrumentaliser leur notoriété. Ces personnes vivent déjà dans un monde d’abondance matérielle.
Ils sont arrivés au dernier étage de la pyramide de Maslow et ne cherchent sans doute plus pour la plupart qu’à s’amuser et étancher leur soif d’ego et de reconnaissance, à rester les meilleurs de leur discipline. Continuer à capter l’attention, les regards, bref le temps des autres.
Dans ce paradigme naissant, rien d’étonnant à ce que soient valorisées autant des plateformes si populaires et qu’il faut croire (à tort ?) pérennes.

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