Web : le Vieux Monde dépassé par les pays émergents

Les pays émergents représentent la majorité des internautes. Ils tendent à être plus présents sur les réseaux sociaux et plus impliqués en ligne que dans le « Vieux Monde ». La maitrise et la compréhension des Web émergents est un enjeu majeur des années à venir.

En janvier 2014, on compte 2,5 milliards d’internautes. Un habitant sur trois sur la planète est connecté au réseau. Sans surprise, de fortes disparités demeurent dans l’accès selon les régions du monde. Alors que le taux de pénétration de la technologie s’élève à 78 % en Europe de l’Ouest et 81 % en Amérique du Nord, il est de seulement de 18 % en Afrique.
Toutefois, ces disparités ne doivent pas fausser notre vision d’ensemble. Avec une pénétration Internet de 44 % seulement, la Chine compte à elle seule près de 600 millions d’internautes, soit un quart des internautes de la planète. Autant que l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest réunies.
Le raccordement progressif des campagnes chinoises devrait encore accentuer ce déplacement du centre de gravité du Web mondial vers l’Est. Chaque année, 50 millions de Chinois ont accès au réseau pour la première fois. Ce phénomène, durable, représente un gisement de croissance exceptionnel. D'autant que l’Empire du milieu n’est pas la seule puissance émergente de l’Internet. L’Inde et l’Indonésie ne sont, en effet, pas en reste.

Si les taux de pénétration d’Internet restent relativement faibles dans les pays émergents, ce retard est compensé par une très forte implication des internautes

En Asie de l’Est et au Brésil, respectivement 43 % et 48 % des habitants sont présents sur les réseaux sociaux. Pour 44 % seulement en Europe de l’Ouest et 56 % en Amérique du Nord. L’Asie de l’Est compte ainsi à elle seule 37 % des utilisateurs de réseaux sociaux dans le monde. Au Brésil, les internautes passent en moyenne 3,1 heures par jour sur les réseaux sociaux pour seulement en 1,5 heure en France et en Allemagne.
Dans des pays dans lesquels les structures de socialisation sont souvent sous tutelle et les médias contrôlés, Internet peut apparaître à la fois comme un contre-pouvoir et un moyen de créer du lien social. En Chine, Internet a permis de faire éclater au grand jour de nombreux scandales de corruption, en offrant un espace d'expression inédit, facilement accessible et potentiellement très influent. Bien plus prolifiques sur les réseaux sociaux que les Européens, les internautes chinois en profitent.
La plupart du temps sous de faux profils.

Cette montée en puissance des pays émergents s’accompagne d’une forte autonomisation

Alors que Twitter ne compte que 230 millions d'usagers dans le monde, ses équivalents chinois Sina Weibo et Tencent Weibo recensent chacun plus de 280 millions d’utilisateurs actifs. Champions locaux, le moteur de recherche Baidu et le réseau social Tencent Qzone ont éclipsé leurs homologues de la Silicon Valley. En Russie, le « RuNet »  désigne un Internet aux particularismes régionaux marqués : Google y est détrôné par Yandex, et Facebook par Vkontakte.

La maitrise d'Internet dans les pays émergents est ainsi un enjeu majeur des années à venir

En témoignent les efforts déployés par l’administration chinoise pour contrôler son « intranet » : 2 millions de censeurs sont mobilisés pour surveiller les internautes. En comparaison, l’Armée Populaire de Libération compte 1,5 millions de soldats.

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