Pourquoi un cabinet de recrutement poste-t-il ses annonces sur Vivastreet ?

Aller chercher les candidats là où ils se trouvent semble une injonction de bon sens. Pourtant, la pratique peine à se généraliser chez les professionnels du recrutement.

Au-delà de la capacité à toucher une cible, se joue - dans la migration des internautes sur les sites de petites annonces gratuites - une évolution des mentalités dont les recruteurs doivent tenir compte.
En 2007, Danone lance Essensis, le yaourt qui « nourrit votre peau de l’intérieur »; en 2009, la référence disparaît. Quatre ans plus tard, la marque Oenobiol, signe « plus d’un milliard de capsules déjà vendues » ; la « cosmétofood » n’est pas morte, elle va même très bien, les modalités d’accueil des produits ont changé.

Tout est dans tout et réciproquement

La frontière cosmétique/alimentation/médicament est devenue poreuse dans la perception des consommateurs. Le numérique favorise ce décloisonnement pour les internautes; les mêmes outils, ordinateurs et autres « devices » sont les instruments de la vie professionnelle (le mail, le pack office), et de la vie privée (courses en ligne, organisation des vacances) dans un pays qui compte 128 000 sites de e-commerce [1]. Les applicatifs facilitateurs se suivent et se confondent parfois, à l’image des réseaux sociaux et des réseaux sociaux professionnels sur lesquels on développe les mêmes comportements, se renseigner, se rendre visible, partager.

L’extension du domaine de la chasse

Les grands noms du e-commerce l’ont bien compris, Amazon chasse à la fois sur les terres de Spotify et de Darty en vendant de l’écoute en ligne et de l’électroménager. Parallèlement les sites de petites annonces gratuites ont connu un essor majeur. Vivastreet a connu une augmentation de l’audience globale France de + 94 % en 2012, il est possible d’y vendre sa voiture, d’y mettre son appartement en location mais aussi d’y recruter ou d’y trouver un emploi.
Pour nous, spécialistes du recrutement, nier l’existence de ce vivier de visibilité équivaut à nier que la terre est ronde; au même titre que les réseaux sociaux professionnels comme Viadeo, les sites de petites annonces gratuites font partie des lieux virtuels où les candidats, en poste et au chômage sont présents; ils constituent un outil de travail indispensable.

Au commencement, le succès des emplois non cadres

Le recrutement d’un cadre prend en moyenne dix semaines, le recrutement d’un non-cadre 2 à 5 semaines [2]. Les sites de petites annonces sont particulièrement réactifs car poster une annonce n’y prend que quelques minutes. Ces conditions, en plus de la gratuité, ont favorisé l’essor des offres d’emploi non-cadre. Les microstructures ou les structures dépourvues de ressources humaines n’ont que très rarement les moyens de recourir à un cabinet de recrutement : aller sur les sites de petites annonces est pour elles une prolongation de la petite annonce traditionnelle, la puissance de frappe du web en plus. Les commerces, l’hôtellerie et la restauration, secteurs qui recrutent en France, y trouvent le moyen d’entrer en contact avec des candidats potentiels.

Puis la diversification…

A bien y regarder, ces sites proposent aujourd’hui des offres d’emploi dans tous les secteurs : ouvrier spécialisé, ingénieur, chirurgien, enseignant.
Les recruteurs sans intermédiaires pressentent qu’un cadre ne se contente plus de quelques job board ou de la rubrique emploi de grands quotidiens. Le concept de réassurance sur le recruteur qui investit une somme significative dans les pages recrutement du Figaro a moins d’impact sur les candidats. Habitués à diversifier leurs sources d’information, ils appliquent la même dynamique à leur recherche.

Les usages étirent le terrain, et désacralisent ses forteresses

Pour les cabinets de recrutement, aller sur les sites de petites annonces présente d’autres avantages, à commencer par la possibilité de toucher des profils qui ont adopté cette vue de l’esprit. Le centre de gravité des valeurs de la marque recruteur s’est déplacé. Candidats et recruteurs présents sur ces sites se reconnaissent mutuellement comme des adeptes du pragmatisme à l’heure de multiplier les prises de contact.

Retour aux fondamentaux, le recrutement est une affaire d’hommes et de femmes

Enfin, les sites de petites annonces disposent d’une autre qualité différenciante : la « dé-virtualisation » quasi immédiate. Alors que 5 % des recrutements sont abandonnés au-delà de 4 mois faute de candidat ou au vu de changements de conjoncture, accélérer la séquence du recrutement devrait être une priorité [3]. Paradoxalement, mettre des offres d’emploi à côté de grille-pains et de Vespa sur un site de petites annonces, permet, de par le fonctionnement de ces sites, de prendre contact, puis de se rencontrer plus vite. Les candidats compétents rebutés par les formulaires interminables, le téléchargement d’un logiciel qui permet d’avoir accès à l’interface RH d’une entreprise sont nombreux ; le succès des jobdating confirme cette envie de tangible et d’incarnation dont les marques employeurs sortent renforcées. Ensuite, il est toujours temps d’évaluer de visu compétences et motivations. Mais la réinjection rapide de l’humain est sans doute un facteur clef dans l’essor de ce nouvel outil que les professionnels du recrutement ne doivent pas négliger.

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[1] Source Fevad, janvier 2013.
[2] Source APEC.
[3] Source observatoire TEC (Tendance, Emploi et Compétence), MEDEF, Juin 2013.

Recrutement / Petites annonces