NFV, la lumière au bout du tunnel pour les opérateurs télécoms ?

Qu'est-ce que la technologie NFV (Network Functions Virtualization) va changer pour le marché des télécommunications ?

Le marché des télécommunications est en perpétuelle transformation, motivé par le succès des smartphones, des tablettes et du nombre croissant d’appareils connectés sur les réseaux 3G et 4G. Avec la consommation croissante de bande passante, la démocratisation des services de contenus OTT (Over-The-Top) et l’avènement des réseaux de nouvelle génération, les opérateurs sont face à de nouveau choix architecturels pour rester compétitifs.
Ils subissent désormais la concurrence de grands groupes mondiaux, fournisseurs d’accès à Internet et de services OTT, comme Google, Netflix et Amazon, qui disposent de datacenters hautes performances et d’infrastructures internationales. Leurs architectures sophistiquées leur permettent d’offrir les mêmes services que les opérateurs de télécommunication voir des services supérieurs notamment car ils sont moins contraints par les mêmes réglementations et obligations de confidentialité que les compagnies de télécommunication.
Ils peuvent ainsi distribuer des services plus rapidement, plus facilement et avec moins de risques. Les compagnies de télécommunication doivent donc réagir et identifier des offres qui leur permettraient de se démarquer des fournisseurs de services OTT, malgré un cadre légal différent, voire envisager de meilleurs services à l’heure où l’explosion du trafic de données fait grimper les coûts.

C’est là qu’interviennent les technologies NFV (Network Functions Virtualization), nouvelle tendance du moment, lancée en 2012 par 18 aficionados des technologies de télécommunication, à ne pas confondre avec le SDN (Software Defined Networking), son grand frère. Pour les compagnies de télécommunication, NFV est la promesse d’une flexibilité et d’une réactivité accrues des opérations IT et donc d’une réponse adaptée face à la demande croissante générée par le développement du Cloud, de la mobilité et du Big Data. C’est aussi la promesse d’une simplification des architectures et donc d’une baisse des coûts de maintenance.
Tandis que les technologies NFV et SDN suscitent un intérêt croissant, les fournisseurs de services sont nombreux à s’interroger sur les conditions de migration vers une infrastructure réseau virtuelle. D’un point de vue purement technique, si la réduction des coûts promise par le NFV fait débat, il est certain que la technologie peut améliorer l’évolutivité et la réactivité du réseau.
Tandis que le SDN consiste à séparer le contrôle et les données pour consolider et automatiser les réseaux distribués à grande échelle, le NFV vise à virtualiser les fonctions du réseau et supporte tous types de services de télécommunication déjà exécutés dans un Cloud IT standard. La « plate-forme réseau » qui en résulte peut éventuellement être ouverte à des développeurs de logiciels tiers pour qu’ils exécutent leurs applications spécifiquement pour les réseaux des opérateurs avec à la clé de meilleures performances. Le NFV découple les fonctions réseau clés, de traduction d’adresses réseau (NAT), de pare-feu, de détection des intrusions et de distribution de noms de domaine (DNS) notamment, pour les distinguer des appliances propriétaires et permettre l’exécution des logiciels depuis le datacenter. Avec cette configuration, les opérateurs peuvent proposer plus facilement des services IP plus flexibles.
Du point de vue de la plate-forme, si vous envisagez de tester le NFV dans le cadre d’un projet pilote, sachez qu’il est désormais possible d’abandonner vos dispositifs réseau dédiés au profit de fonctions réseau virtuelles exécutées sur des serveurs standards avec un bon rapport coût efficacité, grâce aux performances exceptionnelles des processeurs actuels et aux fonctionnalités innovantes des logiciels NFV et SDN, d’administration des règles et de traitement optimal des paquets, par exemple.

Pour les fournisseurs de services, c’est l’opportunité de réduire le nombre de systèmes propriétaires nécessaires pour administrer les réseaux des clients, sans compter qu’en déployant des machines virtuelles sur les serveurs standard d’OEM, ils simplifieront grandement leur infrastructure et pourront la découpler des logiciels.
En utilisant des technologies standardisées et ouvertes, les opérateurs télécom peuvent virtualiser leurs solutions propriétaires sur du matériel standard. Cela leur permet de réduire leurs délais de commercialisation en supprimant le recours à du matériel spécifique et dédié pour chaque fonction du réseau. Ce modèle révolutionnaire permettra aux fournisseurs de services de toute taille de saisir plus rapidement de nouvelles opportunités, en s’affranchissant de nombreuses contraintes financières et en facilitant le basculement des clients entre opérateurs.
Les normes NFV et SDN en sont encore au stade de développement, pourtant certains opérateurs ont déjà annoncé leur intention d’adopter un réseau Software-Defined.
Si vous envisagez de sauter le pas à votre tour, sachez que :
  • Cette transformation ne pourra s’effectuer que progressivement pour la plupart des fournisseurs,  ce qui suppose d’opter pour une approche hybride, faisant coexister les technologies en place et la nouvelle infrastructure. Ils auront ainsi toute latitude dans le choix des technologies et pourront procéder à leur rythme, s’épargnant ainsi les coûts exorbitants de mises à niveau radicales et les difficultés d’intégration.
  • Les produits doivent être interopérables et donc basés sur des standards ouverts.
    Le fournisseur sera de préférence membre d’un groupe de développement de normes NFV et SDN, comme l’ONF, l’Object Management Group (OMG) ou encore CloudNFV.
  • Le NFV et le SDN ne sont qu’une étape du chemin vers l’infrastructure Software-Defined. Prenez conseil auprès d’un fournisseur de confiance, qui pourra vous orienter dans votre stratégie de déploiement d’un NFV ou d’un SDN dès vos premiers pas, puis sur le long terme.
Les développements des technologies NFV et SDN vont bon train et 2014 devrait voir de nouvelles solutions de virtualisation de réseau émerger. Le potentiel de la virtualisation de réseau stimule l’innovation et les collaborations sectorielles. CloudNFV en est un bon exemple. Cette initiative vise à créer un framework technique et une plate-forme de démonstration pour le NFV, en s’appuyant sur les technologies de Cloud computing et SDN, en environnement multi-fournisseurs. Le groupe entend adopter une approche ouverte de résolution des principaux challenges de gestion de la performance et d’administration du plan de données que posent les réseaux virtuels. Seul fabricant d’équipements du groupe, Dell occupe aujourd’hui une position centrale dans le projet CloudNFV.
L’adoption du NFV prendra au bas mot 2 à 3 ans, principalement parce que les éléments réseau sont pour l’instant propriétaires, intégrés de manière verticale et complexes à administrer. Les fournisseurs d’équipements réseau vont devoir investir lourdement dans le redéveloppement de leurs applications pour qu’elles résistent mieux aux pannes, qu’elles supportent la mutualisation (multi-tenant) et qu’elles soient compatibles avec des composants standards. L’objectif est d’aboutir à une plate-forme capable d’exécuter les appliances virtuelles des fournisseurs d’équipements réseau, dont les opérateurs/fournisseurs de services pourront se servir pour optimiser leurs datacenters et autres applications fédérées « optimisées par le réseau », jeux en ligne, VDI, etc.
En 2014, de nombreux opérateurs de télécommunication se mettront en quête d’une solution pour migrer vers les architectures NFV et SDN. C’est le moment pour les équipementiers de concevoir des solutions compatibles pour maintenir leur compétitivité.

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