La "start-up république" : de la désindustrialisation à la digitalisation de la France

Axelle Lemaire est la nouvelle Secrétaire d’État au numérique. Un poste qui n’a rien d’anecdotique, quand on sait que la France se doit de suivre de près ce secteur grandissant. Au-delà de la ministre, c’est à chacun des acteurs français du numérique de concrétiser ce potentiel de croissance.

Soutenir les « champions numériques »

Face à la révolution numérique, le Gouvernement présentait le 28 février 2013 sa feuille de route pour le numérique. Un an plus tard, où en sont les premiers bilans des différentes mesures ? Considéré comme un axe majeur du redressement productif français, le numérique constitue un tiers des plans de la Nouvelle France industrielle (Cloud Computing, Big Data, objets connectés, supercalculateurs, cybersécurité, logiciels et systèmes embarqués). Dans le cadre du programme des Investissements d’avenir, 150 millions d’euros ont été consacrés aux priorités technologiques du « coeur de filière numérique ».
Ce soutien vise à favoriser l’émergence et la croissance des « champions numériques » de demain, autrement dit les entreprises numériques porteuses de solutions particulièrement innovantes, et capables de saisir de nouvelles opportunités économiques.
Plusieurs mesures ont été prises pour soutenir les startup et les entreprises de croissance, par exemple la création d’un fonds d’innovation ou la création d’un concours mondial d’innovation. La France souhaite également être un pays pionnier en matière de financement participatif et a décidé d’assouplir son cadre juridique. Le programme « French Tech », doté de 215 millions d'euros de financements du programme d’Investissements d’avenir, soutiendra la constitution d’écosystèmes numériques sur le territoire et leur visibilité à l’international.

La cybersécurité, un « enjeu stratégique majeur »

Aussi, face à l’intensification de la cyber menace à travers le monde, le Gouvernement a décidé d’accélérer le développement des capacités nationales de cybersécurité. En février 2014, le Premier ministre a qualifié « d’enjeu stratégique majeur » la sécurité des systèmes d’information des infrastructures vitales de notre pays. Et de préciser qu’au-delà de « nos intérêts économiques, c’est la vie elle-même de nos concitoyens qui peut désormais être mise en danger du seul fait d’une attaque contre nos systèmes d’information. »
Enfin, le Gouvernement encourage le développement des usages du numérique au service de l’égalité sociale et territoriale. De nombreux services publics sont concernés par ce développement du numérique : l’enseignement supérieur avec la mise en place d’une plateforme de cours en ligne, la santé, le service public de l’emploi, et la numérisation des ressources culturelles pour ne citer qu’eux.

Un challenge de taille attend la Secrétaire d’État

La visibilité et l’attractivité de la France dans le domaine des technologies du numérique sont les enjeux majeurs des années à venir. Depuis plus d’un siècle, la France a su marquer son empreinte dans les secteurs du luxe, de la gastronomie ou du nucléaire. Elle doit désormais repositionner son image vers la tech et le numérique en mettant en scène les fleurons de son industrie.
À cette ambition, s’ajoute la nécessité pour la Secrétaire d’État, et plus globalement pour les pouvoirs publics, de prendre conscience des urgences actuelles : le nécessaire renforcement de l’attractivité française dans l’écosystème numérique international et l’indispensable promotion en France de l’entrepreneuriat. Montrer avant tout que la France est l’un des pays les plus innovants au monde en la matière. Des ingénieurs talentueux et compétitifs, des entrepreneurs passionnés qui ont réussi à crée des entreprises leaders (Withings, BlaBlaCar, etc.) Des succès d’entrepreneurs qui sont aujourd’hui les fleurons de notre industrie digitale dans le monde, et dont la France se doit d’assurer la promotion.
C’est l’une des missions que s’est donnée La French Touch lors de la conférence organisée sous l’égide de la French Tech et d’AXA à New York le 26 et 27 juin 2014. Elle est l’affirmation du savoir-faire français, dans le domaine du numérique et de l’entrepreneuriat, et la reconnaissance d’une volonté commune à tous les acteurs de faire avancer la France et lui offrir une tribune pour afficher ses ambitions internationales.

Le « visa développeur » et autres idées

Des pistes concrètes ont déjà été largement débattues, par exemple le « visa développeur », promu par Tariq Krimil y a plusieurs semaines dans son rapport à la Ministre, qui permettrait de faciliter la venue de talents américains, chinois, indiens, africains ou russes, qui souhaitent rejoindre les rangs des créateurs de l’innovation en France. Une remise à plat fiscale, adaptée au nouveau visage de l’entrepreneuriat digitalisé est aussi une nécessité. Elle devra prendre la forme d’une baisse des charges salariales et des impôts en faveur des embauches et de la croissance des entreprises.
Aussi, contrairement au récent décret, signé le 15 mai 2014, par Manuel Valls et Arnaud Montebourg (Alstom), éviter de devoir impliquer les pouvoirs publics dans la pertinence des investissements étrangers dans l’économie de l’innovation. Bloquer ou ralentir les investissements est la pire des décisions dans une économie où l’argent est le fuel qui permet d’aller plus vite et plus loin. C’est le pire message envoyé à l’international. Il est d’autant plus catastrophique que nous ne disposons pas d’assez de moyens pour remplacer cette manne qui ne viendra pas soutenir le développement de nos entreprises et ira favoriser des concurrents étrangers.
Il est dommage que des attaques orchestrées par des castes vieillissantes qui n’ont jamais su prendre le virage du numérique viennent ainsi ternir l’attractivité française et empêcher le développement d’une offre complémentaire. À l’instar de la République de De Gaulle et Pompidou qui a su soutenir la grande industrie française, il faut que celle d’aujourd’hui sache accompagner, par plus de flexibilité, l’ère digitale et de l’innovation.

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