L’Internet des Objets, nouvelle révolution copernicienne ?

L’Internet des Objets sera-t-il à la source de la prochaine révolution industrielle ? Beaucoup d’entrepreneurs et d’économistes le pensent et de nombreuses entreprises ont d’ores et déjà commencé à proposer une gamme de produits et de services connectés.

A quoi ressemble le business de l’Internet des Objets et quels sont ses challenges ?

26 milliards d’objets connectés en 2020

Internet ne se résume plus à un réseau informatique uniquement accédé et commandé par des êtres humains, les objets peuvent aussi communiquer maintenant entre eux grâce à des capteurs intégrés, s’échanger des informations et agir automatiquement après avoir analysé les informations reçues.
Et le périmètre est immense : tous les types d’actifs physiques sont concernés – aussi bien les objets du quotidien que les machines ou autres matériels industriels.
Selon les différentes prévisions des spécialistes, près de 26 milliards d’objets seront connectés dans le monde en 2020 et près de 40 % des données mondiales seront générées par des communications entre machines, avec, à la clé, un marché potentiel supérieur à 10 000 milliards de dollars.

Certaines entreprises ont pris quelques longueurs d’avance : par exemple, le fabricant de matériel agricole John Deere commercialise des équipements connectés avec un ensemble de services tels qu’un système d’alertes sur l’état du matériel, le pilotage à distance et l’envoi de recommandations sur l’utilisation, la performance ou l’entretien du matériel. D’autres entreprises ont même réussi à mettre en place et rentabiliser des services dédiés : l’Américain General Motors, par exemple, parvient via sa filiale OnStar à engranger 1,5 milliard de dollars tous les ans.

70 % des entreprises ne génèrent pas (encore) de revenus

Toutefois, ces entreprises sont encore des exceptions : 58 % des entreprises se limitent en effet à des services purement informatifs et une petite minorité seulement proposent des services autour du pilotage à distance ou de l’amélioration de performance.
70 % des sociétés impliquées dans l’Internet des Objets en Europe et aux Etats-Unis rencontrent des difficultés à rentabiliser leur offre de services connectés. Les marges des entreprises effectuées sur ces services restent encore limitées. En effet, pour réussir à les mettre en œuvre, les entreprises doivent investir significativement à la fois dans des infrastructures technologiques et dans l’acquisition de compétences nouvelles.
67 % d’entre elles ne disposent pas ou insuffisamment d’infrastructures leur permettant de stocker, d’analyser et d’agir sur des informations arrivant en flux de plus en plus importants. Les enjeux de sécurité autour de ces données ajoutent une couche de complexité et de coût supplémentaire.
Imaginer des services et non plus des produits, gérer la commercialisation puis le « service après vente » de ces nouveaux services nécessite à la fois des compétences nouvelles notamment du côté du marketing et de la force de vente, mais aussi des processus internes réajustés, permettant notamment de réagir quasiment en temps réel en cas de réclamation client ou d’incident.

Comment créer un modèle durable ?

Le besoin à la fois d’aller vite et de combler d’éventuelles pénuries de ressources les pousse fréquemment à opter pour les partenariats. Ainsi, 60% des entreprises interviewées ont scellé des partenariats de coopération. Le fabricant d’électroménager Whirpool collabore ainsi avec Ford sur le lancement d’EnergyMyStyle aux Etats-Unis. Ce système expérimental connecte la voiture électrique et les équipements électroménagers à l’intérieur de la maison afin de diminuer la consommation d’électricité et l’émission de CO² chez les particuliers.
Les entreprises doivent aussi réaliser des changements structurels importants en interne si elles veulent sortir gagnantes sur ce marché.

Choisir une offre de commercialisation viable

Deux types de modèles semblent se dégager sur la commercialisation de solutions connectées. Le premier consiste à proposer des services intégrés gratuits mais uniquement pendant une période limitée. L’offre devient par la suite tarifée une fois que l’utilisateur a eu le temps d’être convaincu de sa valeur ajoutée. Le deuxième est « à la carte ». L’utilisateur achète, dès le début, un menu de services avec différents niveaux de tarifs qui augmentent en fonction de la quantité et la qualité des options. John Deere par exemple a fait ce choix d’une offre packagée en proposant quatre niveaux de services différents.

Investir dans des infrastructures IT humaines et matérielles

Les entreprises doivent créer de nouvelles équipes spécialisées capables d’interpréter les données de masse et de maîtriser l’Internet des Objets. L’objectif est de traiter ces données de masse de manière efficace et à moindre coût. Pour cela, l’utilisation de logiciels alternatifs en OpenSource comme Hadoop, des services de Cloud Computing et des dispositifs de formation et montée en compétence des équipes IT sont nécessaires. En aval, le marketing produit doit être aussi repensé. Il faut promouvoir la facilité d’utilisation des objets connectés et embaucher des cadres plus tournés vers le monde des services, qui pensent d’abord « usage » afin d’être au plus près des besoins des clients. Enfin, la force de vente doit être formée pour vendre ces nouvelles offres. Elle doit aussi être capable de traiter ou faire traiter les requêtes SAV des clients qui vont mécaniquement devenir de plus en plus exigeants vis-à-vis de ces nouveaux services.
La vitesse avec laquelle les startups et certaines grandes sociétés s’emparent des opportunités de ce marché devrait servir d’alerte aux autres entreprises. 50 % des innovations dans ce domaine seront réalisées par des micros entreprises d’ici 2017. Les grandes entreprises doivent s’en inspirer si elles veulent bénéficier de cette nouvelle révolution copernicienne.

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