Adbloqueurs : l’internet libre et gratuit est en danger

Depuis plusieurs années, les internautes ont lancé un mouvement dont ils ne semblent pas anticiper les conséquences. Si la tendance se confirme et que nous ne parvenons pas à trouver un compromis, ce sera bientôt la mort de l’internet libre et gratuit tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Il y a certes de nombreux combats plus nobles que celui de la défense de la publicité en ligne, mais c’est pourtant celui que j’ai choisi de mener ici. Bien sûr, une des raisons de cette prise de position est que je dirige une entreprise de publicité en ligne ; mes 70 employés et moi-même, ainsi que l’ensemble des employés des agences media, des annonceurs et des éditeurs avec lesquels nous travaillons en France et au Royaume-Uni vivent de cette publicité.

 Mais ce n’est pas la raison principale de cette tribune.

 Depuis plusieurs années, les internautes ont lancé un mouvement dont ils ne semblent pas anticiper les conséquences. Il y a aujourd’hui près de 200 millions d’internautes qui utilisent un adbloqueur, logiciel servant à bloquer la publicité et ce chiffre est en forte hausse, de plus de 40% par rapport à l’année précédente.

En 2016, on estime que les adbloqueurs auront coûté plus de 41 milliards de dollars à l’industrie des media.

 Si la tendance se confirme et que nous ne parvenons pas à trouver un compromis, ce sera bientôt la mort de l’internet libre et gratuit tel que nous le connaissons aujourd’hui.

La contradiction de la nouvelle génération

Nous avons publié en octobre 2014 une étude mettant en avant que les internautes ne sont majoritairement pas prêts à payer pour consulter le contenu auquel ils accèdent aujourd’hui.*

Vierge de toute publicité, cette étude révélait qu'Internet coûterait 65€ par an en plus du prix mensuel exigé par le fournisseur d'accès. Une somme que seuls 13% de la population accepterait de payer.

On peut comprendre, en effet, qu’étant tous habitués à accéder à du contenu gratuit, il nous est difficile de changer nos habitudes sur ce point. Et c’est d’ailleurs pour cela la publicité en ligne existe. Une grande partie des journalistes qui rédigent le contenu que nous tous internautes, lisons tous les jours sur nos ordinateurs et smartphones est financé par la publicité.

Cela devient donc problématique et contradictoire, lorsque ces mêmes internautes qui ne souhaitent pas payer leur contenu, choisissent de bloquer la publicité sur les sites qu’ils souhaitent consulter gratuitement.

Mais en bloquant toutes les publicités, sans discernement, ces utilisateurs d’Adbloqueurs, pour la plupart issus de la nouvelle génération d’internautes, plus à l’aise avec l’installation et l’utilisation de tels logiciels, agissent comme si tout leur était acquis de fait, sans aucune contrepartie. Ces internautes doivent comprendre que le contenu de qualité gratuit et sans publicité n’existe pas, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre…

Les utilisateurs d’adbloqueurs, passagers clandestins

Ces utilisateurs d’adbloqueurs agissent exactement comme le « passager clandestin » décrit dans la théorie  économique de Knutt Wicksell.

Chacun en montant dans un train peut se dire que même en ne payant pas son billet, le train partira quand même et arrivera jusqu’ à destination. Cependant, si l’ensemble des usagers du train se disent la même chose, il n’y a personne pour payer le conducteur et faire partir le train.

Les utilisateurs d’adbloqueurs ont le même comportement : ils bloquent la publicité et ne contribuent pas à la rémunération des contenus en ne souscrivant pas aux offres payantes proposées par de plus en plus d’éditeurs.

Pour l’instant il n’y a pas de danger car les 200 millions d’adbloqueurs installés ne sont qu’une goutte d’eau au regard des 3 milliards d’internautes dans le monde.

Cependant, si les 3 milliards d’internautes bloquaient la publicité sans accepter de payer en échange, nous assisterions tout simplement à la disparition du journalisme puis à la mort du contenu libre sur internet.

Aujourd’hui le phénomène est encore récent, et je veux croire que la situation est dûe à un manque de prise de conscience des conséquences de la propagation des adbloqueurs qu’à un comportement égoïste. C’est pourquoi je pense qu’en tant qu’acteur de l’industrie des media il est de notre (nous, régies publicitaires, agences, annonceurs et éditeurs de contenu) devoir de comprendre que la publicité digitale doit être bien pensée et utilisée de façon pertinente sans créer d’aversion chez les utilisateurs.

Si tous les jours, chez Mozoo, nous nous nous efforçons de diffuser des publicités innovantes, créatives, et correspondant aux attentes des utilisateurs, je comprends néanmoins que les utilisateurs puissent être lassés de certaines publicités trop intrusives, mal conçues et mal adaptées à l’usage des smartphones. 

Notre étude parue en 2014 montrait même que 47% des 25-34 ans estiment que la publicité sur smartphone et tablette est la plus dérangeante de toutes les publicités en ligne.

Sur ordinateur, comme sur tablette et smartphone, de trop nombreuses entreprises scient la branche sur laquelle nous sommes tous assis en ne prenant pas en compte les avis des utilisateurs qui sont de + en + saturés par la publicité et réagissent violemment en bloquant purement et simplement toute forme de publicité.

Mais il est aussi de notre devoir de faire comprendre aux internautes les conséquences de leurs actes sur l’industrie des media et donc sur l’emploi des journalistes et la qualité du contenu disponible en ligne.

Le contenu de qualité gratuit n’existe pas.

*http://fr.slideshare.net/SurikateSK/mozooopionwayoct2014    

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