"Carrefour Pikit" : la stratégie de Carrefour décryptée

En 2016, Carrefour met un pied sur le territoire des objets connectés. Le groupe français de grande distribution vient d'annoncer le lancement officiel de son service Pikit réservé à ses clients Carrefour Drive.

En 2016, Carrefour met un pied sur le territoire des objets connectés. Le groupe français de grande distribution vient d'annoncer ce mardi 9 février le lancement officiel de son service Pikit réservé à ses clients Carrefour Drive.

Pikit est un service qui facilite les courses en ligne. Il se matérialise sous la forme d'une télécommande qui permet de remplir très simplement son panier sur son smartphone. L'objet, connecté en WiFi, est capable de scanner les codes-barres des produits souhaités ou encore de les enregistrer à la voix, grâce à sa fonctionnalité de reconnaissance vocale.

Au même moment où un autre distributeur, Intermarché, annonce tester auprès de quelques clients une scanette similaire, Api, reliée à son application mobile.

Objets connectés, catalogue de l'homme moderne ?

Véritable machine à fantasmes du moment, les objets connectés animent régulièrement l'actualité qu'elle soit financière, geek ou plus grand public. Des chiffres vertigineux s'amoncellent,  de volume de données ou de nombre d'objets connectés dans les années à venir (21 milliards d’objets connectés en 2020 (source Gartner)). On semble pouvoir enfin toucher le futur.

Si (certaines de) ces innovations sont pleines de promesses, ces services pour le grand public peinent, pour l'instant, à trouver leur place dans notre quotidien. Pikit est-il promis au même avenir? Une petite place dans une boite en carton à côté d'un Nabaztag ou d'un Nokia 3210...?

Se rapprocher du consommateur

Avec Pikit, Carrefour s'invite dans le quotidien de ses clients, au cœur du foyer où il était peu présent jusqu'alors. L'objet est là pour incarner un service: créer une relation de connivence, cette proximité propre à la distribution. 

Pour le distributeur, c'est une nouvelle posture: fidéliser en apportant, plus qu'une facture, un service qui facilite le parcours d'achat du consommateur en lui épargnant les atermoiements et les interruptions de l'expérience de courses en ligne.

Vers un monde sans friction

C'est un nouveau destin finalement inattendu pour la traditionnelle "scanette" de la caisse du supermarché. Elle devient un objet grand public au design travaillé. Un objet familial et vivant, qu'on se passe de main en main. D'un simple geste je peux acheter le monde qui m'entoure en "jouant à la marchande". Et au passage, pour le plus grand bien du distributeur, le panier moyen s'en ressent comme l'atteste les premiers retours d'expérience sur ce type de service.

C'est la promesse des objets connectés: un monde sans friction. Dans le cas de Pikit, le chemin le plus court entre mon envie d'achat et le moment où je peux ouvrir pour de vrai mon pot de Nutella. Un parcours simple et fluide focalisé sur la transaction où les écrans agissent d'ailleurs davantage comme des perturbateurs.

Les objets connectés pour se libérer de la dictature du smartphone

Car si le mobile est omniprésent et central dans nos vies connectées, il apparait aussi dans une certaine mesure comme une prothèse encombrante. Il nous distrait, nous aspire, nous rend lointain avec nos proches. Bref on s'y perd car il y a tout, trop et tout le temps.

Les objets connectés, sont une réponse à cette inefficacité latente du smartphone. Ils permettent de s'exprimer en prolongeant notre corps par des interfaces plus simples, naturelles et exclusivement conçues pour répondre à un objectif de départ très circonscrit.

Pikit, les boutons Dash d'Amazon ou plus récemment Echo augurent dans une certaine mesure ce que pourrait être le futur de nos vies numériques. Des objets très simples -un micro, des capteurs de son, une caméra- mais dont la valeur se trouve ailleurs. Ce qui détermine le service qu'ils apportent n'est pas l'objet en tant que tel mais bien la sophistication des algorithmes qu'ils mettent en œuvre, qui transforment les données captées en actions pour finalement impacter le consommateur.

Le développement de ces objets est une première étape vers un numérique plus ambiant, moins oppressant avec l'ouverture vers des dispositifs cognitifs, des systèmes qui apprennent.

Ainsi un objet comme Pikit pourrait construire demain automatiquement notre liste de courses en écoutant les discussions au sein du foyer familial, ou se fondera dans l'électroménager connecté pour faciliter la gestion des stocks. Une nouvelle intelligence en somme, au service de nos besoins essentiels.

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