Et si le SMS était le futur d’Internet ?

Depuis les débuts d’Internet, l’enjeu a toujours été de se poster aux points de passage préférentiels des utilisateurs pour capter (et monétiser) le maximum de trafic. Au fil de l’évolution des usages, la bataille s’est ainsi déplacée du navigateur aux portails, puis aux moteurs de recherche. Face à l’essor du smartphone, Google a ensuite misé avec succès sur l’OS avec Android. Mais aujourd’hui, la maturité du modèle des applications mobiles change de nouveau la donne…

Depuis deux ans, on constate une baisse significative du nombre d’applications téléchargées et, surtout, utilisées. En moyenne, les possesseurs de smartphones téléchargent en effet moins de cinq applications par mois et n’en utilisent guère que trois chaque jour. Sur ces trois applications, une seule a vocation à être utilisée par tout le monde et tous les jours : la messagerie. Désormais, c’est donc à l’intérieur même de l’application de messagerie qu’il faut être si l’on veut toucher le maximum d’audience.

En Chine, le service de messagerie WeChat, qui compte près d’un milliard d’utilisateurs, a su capitaliser sur son succès en développant sous forme de portail un vaste écosystème de services qui permet de quasiment tout faire sans jamais quitter l’application. Bien que le contexte et les usages soient trop différents pour imaginer reproduire ce modèle ailleurs, cette réussite valide de façon spectaculaire le principe d’une plateforme tout-en-un fondée sur la messagerie.

Conscients de l’enjeu, Google et Facebook investissent d’ailleurs massivement. Avec WhatsApp (racheté en 2014 pour plus de 19 milliards de dollars) et Messenger, Facebook dispose de deux des services de messagerie les plus populaires au monde. Pour en élargir les fonctionnalités, Facebook mise sur le développement d’assistants virtuels, capables de répondre aux questions de l’utilisateur.

Limités par les barrières de la langue et du langage naturel, ces bots sont non seulement très complexes à mettre au point, mais ils constituent une vraie régression en termes d’expérience, puisqu’ils obligent à saisir du texte, ce que les interfaces graphiques et tactiles des smartphones ont quasiment banni. Google, qui n’a jamais réussi à percer dans la messagerie malgré plusieurs tentatives (Talk, Hangouts, Allo…), a quant à lui opté pour placer un bouton de recherche dans le clavier. De son côté, Apple fait appel à la communauté des développeurs pour enrichir iMessage. Ces approches partagent cependant un défaut majeur du point de vue de l’utilisateur : pour accéder aux services proposés, celui-ci doit en effet sortir de sa conversation, puis y revenir pour communiquer à ses interlocuteurs le fruit de ses recherches. Une contrainte qui va à l’encontre même de la dimension sociale désormais consubstantielle d’Internet.

La question se pose donc d’une application de messagerie qui permettrait d’intégrer des services dans le fil même de la conversation avec une ergonomie conforme aux usages actuels. Or, il existe précisément un système de messagerie que tout le monde possède sans même y penser et qui dispose de toute la flexibilité technique requise : le SMS. Malgré de fortes disparités, depuis les Philippines, où il règne en maître, au Brésil, où son usage est infime, en passant par la France, où il ne coûte virtuellement rien, le SMS offre une situation exceptionnelle et quasiment inédite : une plateforme universelle, présente sur tous les terminaux, largement connue du public et vierge d’innovations récentes. 

En proposant aux utilisateurs un client de SMS modernisé, on ne les oblige pas à adhérer à un nouveau service de messagerie mais au contraire à unifier leurs usages et leurs contacts dans une seule application. On peut tout à la fois leur apporter les fonctionnalités qu’ils apprécient dans les messageries instantanées (conversations privées, vidéo, interface personnalisée…) et leur proposer par ailleurs de nouveaux services intégrés qui ne nécessitent de sortir ni de l’application, ni même de la conversation. 

En s’appuyant sur l’écriture prédictive et des emojis spécifiques, ils peuvent accéder aux services à leur guise et de façon tactile, donc sans rupture d’expérience. On peut envisager des services pratiques (météo, trafic…), marchands (réservation de restaurant…) sur le principe de l’affiliation, ou de pilotage centralisé des environnements connectés de demain. Longtemps négligé, le SMS apparaît ainsi comme un possible catalyseur d’un Internet du futur concentré dans une application sociale unique.

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