La TV mobile passe des essais à la réalité

Consensus sur la norme DVB-H, retours positifs des premiers lancements commerciaux, émergence d’un modèle économique rentable : tous les ingrédients sont réunis pour que 2007 soit l’année de l’avènement de la télévision sur mobile.

La TV Mobile est un sujet brûlant depuis 2004. Mais les nouvelles technologies mettent toujours un peu plus de temps que prévu à émerger et à passer du statut d'études de marché aux premiers essais, puis à une adoption en masse. Les essais sur la TV Mobile (MDTV) effectués en 2005 ont entraîné des lancements commerciaux à un niveau local en 2006, ce qui nous permet de penser que cette technologie verra un lancement global en 2007.

2006 laisse en effet espérer de belles perspectives pour 2007. Le Japon envisage de vendre un million d'unités par mois, 18 mois après le lancement de sa MDTV. La Corée table sur un à deux millions d'abonnés après à peine 12 mois, et l'Italie prévoit 500.000 abonnés six mois après le lancement. Des chiffres bien modestes en comparaison du milliard de téléphones portables vendus en 2006 ? Pas vraiment, si on le compare à d'autres technologies sans fil lancées par le passé. Orange a récemment rappelé à l'industrie que cinq ans ont été nécessaires pour atteindre le premier million d'abonnés GSM en France. Actuellement beaucoup de pays ayant lancés la TV Mobile ont vu ce niveau d'adoption atteint en à peine un an.

Après une fragmentation des standards en 2005, le DVB-H se démarque de plus en plus
Fin 2005, la multiplication des standards faisait penser aux analystes que la percée de la TV Mobile serait freinée par cette trop grande fragmentation. Pléthore de standards (T-DMB, MBMS, 3G, HSDPA, DVB-H, MedioFLO, S-DMB, ISDB-T, DBS-SH et le standard chinois sTimi) troubleraient l'industrie et créeraient une incertitude quant au démarrage de la TV Mobile et sur le standard à privilégier. Le marché a montré que chacun de ces choix est lié à des contraintes d'ordre techniques ou financières.

On trouve parmi les solutions de diffusion à bande étroite : ISDB-T (Japon), T-DMB - (Corée et Allemagne), DAB-IP et MBMS (en essai commercial en Grande-Bretagne), solutions n'offrant qu'un maximum de 5 chaînes de télévision. Le succès a été relatif en Corée du Sud alors qu'en Allemagne et en Grande-Bretagne, les résultats commerciaux ont été décevants. La plupart des essais ont montré effectivement que les opérateurs attendent au moins 15 à 20 chaînes pour attirer des utilisateurs toujours plus nombreux acceptant un modèle payant pour une TV Mobile de qualité.

Les solutions à bande large comme DVB-H et MediaFLO, et les standards pour satellite DVB-SH et sTimi en Chine, seront plus déployés en 2007, démontrant leur supériorité par rapport aux solutions évoquées précédemment. Il existe deux raisons expliquant le retard initial de développement de ces solutions :
- le temps nécessaire aux différents pays pour trouver les groupes de fréquences UHF appropriées et disponibles,
- le temps nécessaire pour développer assez de terminaux mobile et offrir un choix suffisant pour que les clients adoptent cette nouvelle technologie.

Parmi les solutions de diffusion, celles terrestres sont les mieux adaptées aux déploiements urbains. Le DVB-H deviendra ainsi la solution combinée aux terminaux GSM qui représente actuellement 80 % des ventes mondiales alors que MediaFLO se basera sur les terminaux CDMA aux Etats-Unis. Les derniers tests techniques démontrent la similarité technologique de MediaFLO et de DVB-H. Toutefois, son adoption est freinée car MediaFLO est un système protégé par des brevets privés limitant ainsi les droits et les fournisseurs.

Le DVB-H, après son lancement en 2006 en Italie et en Afrique du Sud, sera quant à lui prochainement lancé en France, Allemagne, Espagne, Finlande et probablement dans quelques villes aux Etats-Unis en 2007. Les pays émergeants comme l'Inde, le Brésil et la Chine verront également d'importants essais commerciaux dans de nombreux endroits. Le faible coût des infrastructures combiné aux terminaux mobiles abordables contribue au développement de la TV Mobile, même là où la 3G n'a pas été développée.

Après ce déploiement urbain prévu en 2007, le début de l'utilisation des technologies complémentaires faisant appel aux satellites aura lieu en 2008-2009. Pendant ce laps de temps, les initiatives en Europe d'Alcatel DVB-SH par satellite et de sTimi en Chine concourront à créer la nouvelle vague technologique destinée à couvrir les zones rurales, les petites villes et les zones frontalières traditionnellement difficiles à couvrir. Les terminaux devront eux supporter aussi bien le DVB-H et le DVB-SH en 2008.

Après un long débat entre le streaming et le broadcasting, chaque technologie semble avoir trouvé sa mission
La TV Mobile en streaming et en broadcasting coexistera et les utilisateurs ne feront aucune différence lorsqu'ils utiliseront l'un ou l'autre réseau. Plusieurs opérateurs mobiles ont lancé des solutions 3G en streaming, qui seront mises en place dans quelques années. En dépit de la mauvaise qualité des vidéos sur les premiers terminaux mobiles, la qualité s'améliorera grâce à l'augmentation du nombre des abonnés de TV Mobile en streaming. Sur un plan commercial, l'introduction d'abonnements à des taux bas de 6 à 10 euros par mois (même sur des réseaux en streaming) démontre l'engagement des opérateurs à développer la TV Mobile à grande échelle et à un prix acceptable pour les consommateurs.

Cependant à 300 Kbits/s, il ne faut qu'une dizaine d'utilisateurs du réseau 3G pour absorber la capacité d'une station de base et de 2 à 3 utilisateurs pour le HSDPA (HD mobile). Les opérateurs qui pensaient que leurs réseaux 3G seraient suffisants pour supporter la TV Mobile pendant plusieurs années ont réalisé que la saturation de ces réseaux est tout à fait possible dès 2007. Il est urgent pour eux de rapidement développer un réseau complémentaire de diffusion pour accompagner la demande de la TV Mobile. Les opérateurs ont également réalisé qu'en combinant la 3G et la diffusion, ils pourront potentiellement offrir des centaines de chaînes. Résultat, une plus grande audience utilisera les réseaux de diffusion, et une plus petite audience aura recours au streaming en haute ou basse vitesse sur la 2,5G/3G. Les consommateurs comprendront d'autant mieux pourquoi ils payent 5 à 10 euros pour un accès à des centaines de chaînes.

Un business modèle clair, une meilleure compréhension des coûts d'infrastructure
Tandis que les coûts d'infrastructure du réseau 3G ont eu pour conséquence un choc pour les opérateurs mobiles après l'éclatement de la bulle en 2000, le coût de réseau estimé pour les déploiements du DVB-H a été fortement clarifié en 2006. Il a d'abord été démontré que la couverture pour les bâtiments (permettant aux consommateurs d'avoir une bonne qualité de réception intérieure (dite "indoor") pour la TV Mobile coûterait approximativement 8 fois le coût de la couverture extérieure (dite "outdoor"). Les essais de TV Mobile en développement ont montré que les consommateurs attendent surtout une bonne réception intérieure.

Les estimations démontrent un coût approximatif de 10 euros par habitant dans les zones urbaines pour fournir une bonne couverture intérieure. En supposant que 20 villes sont couvertes, pour environ 20 millions d'habitants, le coût serait donc estimé à 200 millions d'euros, les opérateurs italiens comme H3G pensent dépenser cette somme pour couvrir une importante zone urbaine en Italie. Le coût est plus bas dans les pays fortement peuplés comme la Chine ou l'Inde car la densité de population est beaucoup plus importante dans les zones urbaines.

En comparaison des coûts réseau de la 3G, un tel investissement est profitable en deux ans avec un ou deux millions d'abonnés. En plus de ce revenu, il est important de tenir compte des recettes pour l'opérateur qui gagne de nouveaux abonnés intéressés par la TV Mobile, ainsi que ceux conservés parce qu'ils ne souhaitent pas changer d'opérateur à cause de leur TV Mobile.

Cette dernière portion de revenue est plus difficile à évaluer, mais il est extrêmement important pour les opérateurs mobiles qui voient émerger la concurrence de MVNO et la chute potentielle des revenus liés à la voix (augmentation des usages de la VOIP à la maison) et données (avec le remplacement du SMS par des solutions moins coûteuses comme Windows Messenger). En augmentant ou finalement en maintenant l'actuel ARPU, on recourra à la TV Mobile, similaire à l'émergence du triple play pour l'Internet fixe.

En conséquence, la TV interactive et la publicité complèteront le flux des revenus pour les diffuseurs et les opérateurs, une fois passé le seuil de 2 à 5 millions d'utilisateurs. Cela sera le cas après environ deux années de commercialisation et fera de la TV mobile un marché extrêmement profitable.

La disponibilité d'une large gamme de terminaux est la clé du succès
Depuis 2006, le DVB-H est disponible uniquement sur 5 terminaux mobiles commerciaux différents, en Italie et en Afrique du Sud. Nous estimons qu'à terme, le nombre de distributeurs et de terminaux tripleront ou quadrupleront d'ici 2007, offrant ainsi un plus grand choix aux opérateurs et consommateurs.

La clé pour attirer les consommateurs est de déployer un grand nombre de terminaux mobiles disponibles avec la fonction de TV mobile. Ce modèle économique ne fonctionnera uniquement que si suffisamment de terminaux mobiles de marques renommées sont disponibles sur le marché. Seul le DVB-H peut créer la surprise actuellement : la fragmentation des standards est terminée, et les constructeurs de terminaux mobiles ne peuvent pas dépenser plus d'argent à adapter d'autres technologies pour ces terminaux.

2007 correspondra certainement à l'année de l'avènement de la Tv Mobile.

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