Margrethe Vestager (Commissaire europeenne à la concurrence) "Google a 12 semaines pour répondre aux griefs de la Commission européenne"

Le géant californien de l'informatique a jusqu'à fin juillet 2016 pour prendre des engagements concrets. A défaut, il s'expose à une lourde amende.

Margrethe Vestager est commissaire européenne à la Concurrence. © Georges Boulougouris / Commission européenne

JDN. La Commission européenne a récemment accusé Google de ne pas respecter les règles de la concurrence, notamment en imposant son navigateur Chrome et Google Search aux utilisateurs de smartphones sous Android. Où en est la procédure et quelles pourraient en être les conséquences ?

Margrethe Vestager. Notre enquête ouverte en avril 2015 nous a permis de recueillir suffisamment de preuves pour accuser Google d'abus de position dominante. Nous leur avons fait parvenir fin avril 2016 une communication des griefs concernant Android. Ils ont maintenant 12 semaines pour y répondre et nous analyserons leur réponse en gardant l'esprit ouvert.

Dès lors, deux chemins possibles s'ouvriront : soit Google prend des engagements concrets, et aura à payer une amende s'il ne s'y tient pas, soit il rejette tous les griefs et encoure alors une lourde amende, qui pourra atteindre jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires global.

 

Google contrôle près de 40% du marché de l'e-pub dans le monde. Y-a-t-il un risque de monopole sur ce secteur ?

Une investigation est en cours sur AdSense car nous avons reçu de nombreuses plaintes. Nous sommes en train de contrôler s'il est bien possible pour les éditeurs qui utilisent AdSense de récupérer leurs données s'ils souhaitent migrer vers une plateforme concurrente.

 

"Une investigation est en cours sur AdSense car nous avons reçu de nombreuses plaintes" 

Microsoft a conclu un pacte de non-agression avec Google. Est-ce que l'arrêt des procédures entre les deux géants américains de l'informatique aura des conséquences sur les dossiers traités par la Commission européenne ?

Cela n'aura aucun impact. Nous continuerons à traiter toutes les affaires comme nous l'avons toujours fait. A partir du moment où nous avons des preuves irréfutables, comme dans le cas de Google, rien ne nous empêche d'attaquer.

 

La maison mère de Google, Alphabet, a lancé en 2015 sa filiale dédiée à la smart city, Sidewalk Labs. Cette entreprise travaille notamment sur des bornes Wifi connectées, déjà installées dans le centre de New York, et une plateforme big data dédiée aux transports, Flow. Est-ce que cela vous inquiète que Google prenne ainsi pied dans la ville ?

Google devra, comme toutes les autres sociétés qui souhaitent travailler en Europe, se conformer à la législation européenne sur le respect des données personnelles. Nous avons ici des lois très fortes et je suis satisfaite des dernières avancées dans le domaine. 

S'ils abusent de leur position dominante pour avoir la mainmise sur un nouveau marché, ils se confronteront alors à la régulation européenne. Nous y serons particulièrement vigilants.

 

BMW et Daimler ont récemment rompu leurs discussions avec Apple suite à un conflit sur la propriété des data issues du véhicule autonome. Comme son compatriote, Google ne pourrait-il pas profiter de la Google Car pour tenter d'étendre son emprise au marché du véhicule autonome ?

D'abord, nous nous assurerons que les données ne soient pas utilisées pour d'autres usages que ceux qui ont été acceptés par l'usager.

Par ailleurs, il est encore un peu tôt pour être plus précis, mais nous gardons un œil sur ce marché pour être certains que les règles de la concurrence seront bien respectées. Tous les acteurs sont impatients de voir la voiture sans chauffeur débarquer sur les routes. Mais nous voulons qu'au final ce soient les consommateurs qui aient le choix et que les constructeurs automobiles traditionnels comme les nouveaux acteurs du numérique, ne puissent en avoir le monopole. La compétition est nécessaire à l'innovation.

 

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