CityTaps compte écouler 1,2 million de ses compteurs communicants… par an

Le système de la start-up tricolore permet au client de prépayer sa consommation d'eau et aux opérateurs d'assainir leurs finances. Idéal pour s'implanter dans les pays en développement.

Les fournisseurs d'eau sont des équilibristes budgétaires, qui dansent sur une corde très fine. Ils financent l'assainissement de cette ressource fragile, entretiennent le réseau de tuyaux qui la conduisent jusqu'aux bâtiments où elle est utilisée. Mais leurs clients ne payent qu'en fin de mois, après avoir consommé. Le budget de ces entreprises est tendu, à tel point que dans les pays en développement, elles préfèrent parfois ne pas servir certains quartiers pauvres plutôt que de prendre le risque de fournir leurs services à de mauvais payeurs.

Le compteur d'eau communiquant de la start-up tricolore CityTaps, qui sera commercialisé à grande échelle en 2018, résout ce problème : le client final prépaie sa consommation via mobile. Avec ces solutions de règlement très utilisées sur le continent africain, pas besoin d'installer dans chaque maison équipée de l'objet connecté un coûteux terminal de paiement. Le consommateur s'offre un, deux, quinze mètres cubes d'eau, en fonction de ses moyens. Il gère facilement son budget et ne risque pas de se retrouver à la fin du mois avec une facture élevée dont il est incapable de s'acquitter.

120 millions de compteurs d'eau environ sont vendus dans le monde chaque année

Le compteur intelligent fait remonter ses données au fournisseur d'eau toutes les demi-heures. Une fois qu'elle a enregistré le paiement, la société délivre la quantité d'eau demandée. "Nous vendons un objet connecté qui garantit un accès à l'eau courante aux 827 millions d'urbains dont ce besoin n'est aujourd'hui pas satisfait alors que l'infrastructure existe dans leur ville. Les données de nos compteurs se devaient donc de remonter quasiment en temps réel, pour qu'un client qui a payé puisse faire sa vaisselle ou se laver dans l'heure qui suit. Notre système n'aurait sinon pas de sens", pointe Grégoire Landel, PDG de la jeune pousse créée en 2015, et ancien de Veolia.

Cinq pays d'Afrique de l'Est, notamment le Kenya, ont manifesté leur intérêt pour cette technologie. La start-up travaille également avec Veolia sur un "proof of concept" à Niamey, au Niger. Le groupe apporte en prime à la pépite conseils et soutient financier. "Cet appareil intéresse les fournisseurs d'eau car il leur permet d'améliorer considérablement leur santé financière. Leur cash est dans les caisses au lieu d'être chez leurs clients", souligne l'entrepreneur. Ils ont d'ailleurs tout intérêt à installer ces objets connectés dans tous les quartiers des villes qu'ils servent et pas seulement dans les zones défavorisées. Cela maximise l'effet positif sur leur santé financière.

CityTaps teste son compteur d'eau dans le laboratoire d'innovation de Veolia. © CityTaps

Les données précises de consommation d'eau remontées par le compteur communiquant de CityTaps permettent par ailleurs aux fournisseurs de mieux gérer leur réseau. "L'eau est un produit industriel, qui coûte de l'argent à produire et à stocker. Grâce à notre appareil, les opérateurs n'installent un centre d'assainissement supplémentaire dans une zone X ou Y que si c'est absolument nécessaire".

Plus besoin de relever manuellement le niveau de consommation de chaque compteur, ni d'envoyer un technicien pour couper l'approvisionnement chez un mauvais payeur. Les compteurs de CityTaps permettent également aux fournisseurs d'eau de ne plus émettre de factures papier. Dans un secteur où les entreprises rendent un service d'utilité publique, et doivent réduire au maximum leurs coûts, il n'y a pas de petites économies.

Environ 120 millions de compteurs d'eau sont vendus dans le monde chaque année, avec une croissance de 3% par an en volume. "Si nous captons ne serait-ce que 1% de ce marché, nous commercialiserons 1,2 million de compteurs par an", planifie le patron.

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