Intel vs Qualcomm : la guerre des puces se poursuit dans l'IoT

Intel vs Qualcomm : la guerre des puces se poursuit dans l'IoT Les fonds d'investissement financés par les deux groupes ont respectivement investi dans 41 et 23 start-up de l'Internet des objets. Lesquelles et pourquoi ?

Qualcomm et Intel s'en vont en guerre. L'objectif de ce duel de titans, qui se joue à grands coups d'investissements dans des start-up ? Conquérir le marché de l'Internet des objets. Les branches venture de ces spécialistes des semi-conducteurs font ainsi partie du top 5 des fonds de capital-risque qui ont le plus misé sur l'IoT depuis 2008, selon CB Insights. Intel Capital, numéro un du classement, a pris des parts dans 41 jeunes pousses et Qualcomm Ventures, en 5e position, dans 23. Depuis 2012, Intel a systématiquement réalisé plus de placements que son adversaire, comme le montre ce graphique*.

Ces investissements ne sont pas effectués uniquement dans une logique de rentabilité : "nous misons sur des sociétés qui contribuent au développement de notre business", affirme le président d'Intel France Stéphane Negre. Il est logique que ces fabricants de puces se positionnent sur l'IoT : les objets connectés ont besoin de microprocesseurs, c'est un prolongement de leur cœur d'activité historique. Intel pèse plus lourd que Qualcomm en termes de résultat net annuel (9,79 milliards d'euros contre 5,41 milliards en 2016) mais le groupe a perdu la bataille des processeurs de smartphones contre son concurrent. Il espère donc prendre le dessus au cours de ce nouvel épisode de la guerre des puces et retrouver une dynamique. Il est également essentiel pour Qualcomm de pivoter rapidement pour ne pas perdre les places qu'il a gagnées.

Pour séduire les fabricants IoT avec leurs chips, les deux multinationales développent les équipements les plus performants et les moins chers possibles. Au-delà de ses investissements en capital-risque, Qualcomm s'est saigné aux quatre veines pour racheter le fabricant de puces NXP en octobre 2016. Il a déboursé 47 milliards de dollars pour conclure cette opération. NXP est spécialisé dans les chips IoT et travaille avec les constructeurs auto pour rendre leurs véhicules communicants. "Cette acquisition est centrale pour Qualcomm. Le groupe pourra tirer les prix à la baisse grâce aux importants volumes de puces qu'il va commercialiser", analyse Jean-Guy Prost, digital marketing manager chez Deloitte digital. La firme a également investi, via sa branche de capital risque, dans deux start-up spécialistes des chips. Ineda Systems travaille sur des puces économes en énergie et Swift Navigation sur des équipements de géolocalisation, un marché important puisque plus de 40% des capteurs reliés à des réseaux bas débits ont des besoins de localisation.

A côté de l'important rachat réalisé par Qualcomm, les efforts réalisés par Intel pour créer les puces IoT de demain semblent faibles. Mais le groupe a tout de même réalisé plusieurs placements visant à progresser dans la maîtrise des systèmes embarqués liés aux principaux protocoles de communication IoT. Intel Capital a investi dans la jeune pousse chinoise Telink, qui fabrique notamment des chips Bluetooth low energy et Zigbee, ainsi que dans l'américaine spécialiste de la RFID Impij, comme le montre ce tableau.

Pour alimenter la demande de puces et comprendre les besoins de leurs clients core business (les fabricants IoT), les deux géants des semi-conducteurs investissent dans ces entreprises, mais ne choisissent pas les mêmes secteurs d'activité.

Intel se focalise sur les wearables. Son VC, qui a investi dans 21 fabricants IoT, a financé 10 jeunes pousses de ce domaine, Qualcomm aucune.

Dès 2008, Qualcomm Ventures finance quant à lui des jeunes pousses du secteur de la santé. Une ligne que le VC a tenue par la suite, puisque sur 10 investissements réalisés dans des constructeurs de capteurs, 5 exercent dans ce champ. Le groupe a étudié le marché de près avant de créer en 2013 sa division santé connectée Qualcomm Life, qui développe des appareils médicaux communicants.

Les deux adversaires misent aussi sur des start-up de la smart city.

Ils investissent également dans des jeunes pousses du secteur des drones et de la biométrie. 

Mais basculer à l'IoT va plus loin que de miser simplement sur des start-up liées au monde des puces : "Intel, qui était jusqu'à présent un spécialiste des semi-conducteurs, devient une société de données. La data est notre matière première. Il faut la transporter, la stocker, la valoriser…", explique le président d'Intel France. "Qualcomm prend le même chemin", complète le directeur de Deloitte Digital.

La division VC d'Intel s'est montrée très active depuis 2010 pour construire cet écosystème data. Comme le montre le tableau ci-après, elle a pris des parts dans 4 opérateurs IoT, dont la pépite française Sigfox, alors que Qualcomm n'a investi que dans Clubic Telecom. Intel a également placé ses billes dans 5 compagnies spécialistes du traitement du big data, contre une pour Qualcomm. Intel va même plus loin en réalisant des placements dans trois entreprises d'intelligence artificielle qui lui permettront de donner du sens aux données analysées. Elle a par exemple pris des parts en octobre 2013 dans Prism Skylab, une jeune pousse spécialisée dans le traitement des données vidéo. Qualcomm, qui perd pour le moment la partie dans ce champ, n'a pour sa part réalisé aucun investissement IA via son VC sur la période 2008-2017.

"Cette importance du traitement de l'information s'incarne bien dans le véhicule autonome : pour rouler toute seule, une voiture a besoin que ses data soient transportées et analysées par un réseau télécom et des logiciels de traitement de données infaillibles", explique le président d'Intel France. Intel se sent d'attaque pour croquer des parts de ce marché complexe, où il est un outsider, et se donne les moyens d'y parvenir. "Nous avons créé en 2016 au sein d'Intel Capital un VC de 250 millions de dollars dédié à l'automobile intelligente", poursuit Stéphane Negre. Le groupe a aussi cassé sa tirelire afin de racheter, pour la bagatelle de 15 milliards de dollars, la start-up israélienne Mobileye, spécialiste de l'aide à la conduite. Qualcomm est pour le moment quasi-absent du secteur.

Malgré la domination d'Intel sur Qualcomm dans ce match des investissements dans des start-up IoT, la multinationale ne réalisait "que" 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans ce champ d'activité en 2016, soit un peu plus de 3,5% de son CA annuel. Qualcomm tirait déjà, l'année précédente, 10% de ses revenus de son activité dans l'Internet des objets (avant son rachat de NXP). Mais dans ce secteur en plein boom, les positions peuvent évoluer rapidement. Et les placements importants réalisés par Intel Capital pourraient porter leurs fruits dans les années à venir.

* Une entreprise dans laquelle Qualcomm a investi et deux sur lesquelles Intel a misé ne sont pas intégrées à ce graphique, car la date du placement et/ou le champ d'activité dans lequel elles exercent n'étaient pas pertinentes pour cette analyse.

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