Actility électrise les investisseurs avec ses solutions IoT

Actility électrise les investisseurs avec ses solutions IoT L'entreprise tricolore, qui a récolté plus de 70 millions d'euros lors de sa dernière levée de fonds, mise sur plusieurs segments d'activité prometteurs. Son chiffre d'affaires décolle.

Actility tient davantage de l'éclairagiste en salopette que de la diva se pavanant sous le feu des projecteurs. Pourtant, cette discrète jeune pousse spécialiste de l'IoT, notamment dans l'énergie, pourrait devenir la prochaine licorne tricolore, en atteste sa quatrième levée de fonds de 70 millions d'euros bouclée en avril 2017. La start-up, fondée en 2010 et basée à Lannion (Côtes-d'Armor), avait collecté 10 millions d'euros lors d'un précédent tour de table. En 2016, elle a annoncé un chiffre d'affaires de 16 millions d'euros, qui devrait quasiment doubler en 2017. Son activité se divise en deux segments : fournir aux opérateurs l'infrastructure pour déployer leurs réseaux IoT et développer des objets connectés en s'attaquant à de grosses verticales du marché, comme l'énergie donc, ou la géolocalisation.

"Nous avons participé au déploiement de l'ensemble des réseaux LoRa publics, à part ceux de Bouygues et de Tata. Orange, Comcast et KPN font partie de nos clients"

Dans le cadre de la partie réseau de son business, la société s'est beaucoup mobilisée pour la création en janvier 2015 de l'Alliance LoRa, dont elle est un membre fondateur. Cette structure promeut le déploiement du système de communication IoT éponyme dans le monde. La start-up fournit donc essentiellement aux opérateurs de l'infrastructure LoRa (même si elle travaille également sur des cœurs de réseau cellulaires dédiés à l'IoT, comme le LTE M et le NB IoT, qui devraient commencer à être installés par les telcos fin 2017). "Nous sommes largement leader sur ce marché en termes de chiffre d'affaires à l'échelle internationale. Nous avons participé au déploiement de l'ensemble des réseaux LoRa publics, à l'exception de ceux de Bouygues Telecom et de Tata Communications. Le telco français Orange, l'américain Comcast, le néérlandais KPN ou encore le japonais Softbank font par exemple partie de nos clients, présents dans une vingtaine de pays", se félicite Olivier Hersent, CTO et fondateur d'Actility. L'entreprise signe en moyenne un contrat par mois avec un opérateur souhaitant déployer un réseau LoRa.

"Nous misons aussi sur le développement des réseaux LoRa privés (par opposition aux réseaux dits publics des opérateurs, ndlr), même si cette activité est encore naissante, car les cas d'usages de cette nouvelle technologie de communication sont plus souvent locaux que nationaux", poursuit-il. Actility pourra par exemple fournir de petites stations LoRa à un gestionnaire d'aéroport qui souhaite suivre les déplacements d'une partie de son matériel, comme les camions qui transportent les bagages, ou encore à une usine qui souhaite enregistrer régulièrement le niveau de vibration de ses machines pour mettre en place un système de maintenance prédictive.

Ce secteur est plus éclaté que celui des réseaux publics, où les opérateurs à convaincre sont peu nombreux. Pour se positionner, Actility développe en ce moment des produits (comme des antennes reliées à des systèmes de gestion sécurisés des objets connectés) avec une série d'intermédiaires fournissant des solutions technologiques aux entreprises, comme Cisco ou encore Schneider Electric. Ces sociétés les commercialiseront auprès de leurs clients, en versant une partie des bénéfices réalisés à la pépite IoT. "C'est pour cela que ce segment met un peu de temps à décoller. Mais d'ici une dizaine d'années, cette activité devrait représenter les trois quarts du marché des infrastructures LoRa", affirme l'entrepreneur.

En 2016, Actility annonce un chiffre d'affaires de 16 millions d'euros, qui devrait quasiment doubler en 2017

L'entreprise sert aussi directement plusieurs verticales du secteur de l'IoT. Elle développe des objets connectés, en particulier des modulateurs, et les applications associées qu'elle commercialise sur sa marketplace spécialisée Thingpark, au côté d'appareils produits par d'autres fabricants. Actility s'est tout d'abord attaquée au segment de l'énergie. "Nous sommes numéro deux en France sur le marché de la modulation de l'électricité. Jusqu'à présent, pour faire en sorte que l'offre d'énergie corresponde à la demande, les énergéticiens augmentaient ou baissaient la production des centrales. Mais avec le décollage du renouvelable, le mix énergétique se complexifie. L'électricité ne vient plus seulement de ladite centrale, mais de milliers d'éoliennes, panneaux solaires… Les fournisseurs ne peuvent plus contrôler facilement l'offre. Le boom des objets connectés permet en revanche de réguler la demande, de faire en sorte que les machines à laver et autres chauffages se mettent en route au moment où il y a du soleil et du vent pour leur fournir du carburant. Le secteur est en train de connaître un renversement de paradigme à 180°", analyse le dirigeant, qui espère profiter de la situation pour en croquer une large part.

Les résultats d'Actility dans le secteur de la modulation d'énergie devraient croître de 20 à 30% par an pendant les cinq prochaines années

Une vingtaine des 150 salariés d'Actility travaillent dans ce domaine d'activité, qui a permis à l'entreprise de réaliser plus de 5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016. Des résultats qui devraient croître de 20 à 30% par an pendant les cinq prochaines années, affirme la société. La famille Mulliez, propriétaire de Leroy Merlin, a mis la main au portefeuille à travers son fonds d'investissement Creadev lors du dernier tour de table de la jeune pousse. Un placement stratégique, car l'enseigne de grande distribution tricolore écoule chaque année plus de 500 000 chauffages électriques, qu'elle pourrait équiper un jour ou l'autre de modulateurs d'énergie. Pour se frayer une place sur ce nouveau marché très éclaté Actility espère tisser des relations privilégiées avec d'autres gros fabricants et distributeurs d'électroménager.

L'entreprise se positionne en ce moment sur une deuxième verticale : la géolocalisation. Elle a racheté en mai 2017 pour un montant gardé secret Abeeway, fabricant de capteurs de localisation à faible consommation d'énergie pour les objets connectés. "Le coût des solutions de tracking a baissé de manière drastique ces dernières années, car les puces ne sont plus connectées avec de coûteux réseaux cellulaires mais avec du LPWAN (low-power, wide area network, ndlr). Plus besoin d'envoyer à grands frais des techniciens pour remplacer les piles : ces technologies consomment beaucoup moins d'énergie, ce qui permet de ne plus changer la batterie pendant plusieurs années", souligne Olivier Hersent. Le marché de la géolocalisation des objets est très élastique, c'est-à-dire que de nombreux professionnels seraient intéressés par des capteurs si leur prix baissait même légèrement. "Nous y voyons donc un fort potentiel de développement et une croissance plus rapide que dans l'énergie", analyse le dirigeant. Actility prévoit de réaliser d'autres acquisitions d'entreprises et pourrait se lancer prochainement sur de nouveaux segments du marché de l'IoT.

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