Carlos Diaz (Kwarter) "Kwarter, mon nouveau projet après BlueKiwi"

Le fondateur de BlueKiwi vient de lancer son nouveau projet, Kwarter. Le JDN l'a rencontré dans la Silicon Valley, là où il développe ce service mobile pour les fans de sport.

JDN. Après avoir quitté BlueKiwi, vous lancez votre nouvelle start-up, Kwarter, à la fin du mois. Présentez-nous ce nouveau projet...

Carlos Diaz. Kwarter est une application iPhone et iPad qui a pour but d'augmenter l'expérience sociale d'un utilisateur lorsque ce dernier regarde un match de sport. L'entreprise est basée à San-Francisco et emploie 6 personnes. Nous nous sommes financés grâce à une levée de fond de près d'un million de dollars auprès de quatre investisseurs privés en août dernier. Nous sommes actuellement en version beta et nous soumettrons notre V1 à Apple à la fin du mois, ce qui est toujours un moment assez stressant, mais nous sommes confiants.

 

Comment est né le concept Kwarter ?

Kwarter est née d'une conviction qui est qu'après le print et la musique, le prochain média qui sera révolutionné par le Web est la télévision. Nous pensons qu'aujourd'hui, le fait de regarder passivement un programme TV sur son canapé n'a plus aucun sens. Les comportements ont changé et il est certain que la télévision de demain sera une télévision beaucoup plus interactive qu'aujourd'hui. Cette idée nous est venue en début d'année. Puis mes deux associés ont commencé à développer un premier prototype en avril et je les ai rejoints en juillet après mon départ de BlueKiwi.

 

Comment comptez-vous rendre cette télévision interactive ?

Cette interactivité est rendue possible grâce à ce que nous appelons le "TV's second screen", que sont les smartphones et les tablettes. C'est grâce à l'apparition de ces nouveaux écrans, qui sont une sorte de passerelle entre vous et la télévision, que nous avons pu lancer Kwarter. Notre application iPhone et iPad va ainsi permettre d'augmenter l'expérience utilisateurs des amateurs de sport à la télévision en leur permettant d'interagir avec d'autres utilisateurs pendant le match.

 

Pourquoi avoir choisi le sport ? 

Pour une première raison qui est que le sport possède une dimension live et émotionnelle très forte, qui colle parfaitement avec cette notion d'interactivité. Ensuite pour une raison de simplicité, le sport étant un business déjà établi, nous n'avons rien à inventer. Cela nous permet entre autre de savoir plus facilement à qui s'adresser. Enfin, en terme de marketing, les fans de sport sont généralement plus facilement identifiables qu'un utilisateur lambda. Nous nous sommes aujourd'hui concentrés sur 4 sports : football américain, base-ball, hockey et basketball. Pour vous donner une idée du potentiel, le baseball c'est plus de 2 500 matchs par an aux Etats-Unis et le football américain plus de 300 matchs par an.

 

Quelle est l'expérience utilisateur offerte par Kwarter ?

Nous allons augmenter l'expérience de l'utilisateur lorsque ce dernier regardera du sport à la TV de trois façons différentes. Tout d'abord de manière sociale. Grâce à une intégration des réseaux sociaux, l'utilisateur va pouvoir visualiser quels amis regardent quels match, créer des sections privées afin de commenter le jeu ou encore partager des photos avec eux.

La deuxième vocation de Kwarter est de rendre un match plus interactif, notamment grâce à un système de "gaming" qui sera déclenché à chaque fois qu'il se passe quelque chose dans le match. Par exemple, lors d'un but, l'application va débloquer des trophées que l'utilisateur pourra gagner s'il est devant son application, un peu à la manière de Foursquare, mais sur une unité de temps et non de lieu.

Et enfin d'un point de vue business, nous comptons également augmenter l'expérience publicitaire. Aujourd'hui les publicités sont interruptives et n'ont parfois aucune relation avec le sport que je regarde. Avec le modèle publicitaire de Kwarter, nous proposons aux marques de regarder le match aux cotés de l'utilisateur grâce à un système de publicité interactive. Concrètement, une marque va pouvoir offrir une réduction à un utilisateur uniquement en cas de tel ou tel déroulement du match ou fait de jeu, ou encore proposer des challenges à ce dernier.

 

Vous êtes donc sur un modèle économique basé sur la publicité, avez-vous déjà des clients ?

Pour être honnête, ce n'est pas notre priorité pour le moment. Nous sommes encore au tout début de l'aventure et nous souhaitons nous développer à notre rythme afin de proposer le meilleur produit possible à nos utilisateurs. Nous pouvons encore tenir douze mois sans avoir besoin d'être dans l'urgence de la recherche de revenus. Néanmoins, je peux vous dire que nous sommes déjà dans des discussions avancées avec certaines marques qui ont vraiment adhéré au concept. Notre offre leur permettant d'être liées à l'utilisateur lors d'un moment émotionnel fort et donc de laisser ainsi une empreinte plus importante.

 

Pour revenir à l'application Kwarter, comment faites-vous pour savoir lorsque quelque chose se passe dans le match ?

Pour le moment, nous assurons nous-mêmes la partie éditoriale des matchs les plus importants. Il existe également des fichiers statistiques payants mais qui sont aujourd'hui trop chers pour nous. A terme, il pourrait être intéressant de laisser aux utilisateurs les plus actifs qui le souhaiteraient la possibilité de commenter et d'animer les matchs pour le reste de la communauté.

 

Le fait d'utiliser une application pendant que l'on regarde un match ne risque-t-il pas d'être distrayant pour l'utilisateur ?

C'est un point important auquel nous avons réfléchi et c'est pourquoi nous avons vraiment souhaité nous définir comme un deuxième écran et non comme l'écran principal. Il y a également le fait que les coupures publicités aux US sont beaucoup plus fréquentes qu'en Europe, parfois jusqu'à huit par matchs ! Nous souhaitons exploiter ces trous laissés par les coupures publicités, une chose que la télévision ne pourra jamais faire.

 

Quels sont les concurrents de Kwarter ?

Twitter peut être considéré comme un concurrent indirect dans le sens où beaucoup d'utilisateurs utilisent la plateforme pour discuter de sport.

 

Quels sont vos objectifs en termes de nombres d'utilisateurs ?

Nous serions satisfaits si nous atteignions 50 000 utilisateurs avant la fin de l'année. Mais encore une fois, nous sommes dans une période de validation du concept et nous ne voulons pas nous tromper en grandissant trop vite.

 

Pourquoi avoir quitté BlueKiwi ?

Tout simplement parce que je suis un vrai entrepreneur. C'est une passion. J'aime analyser les comportements naissants pour les transformer en business. Je suis moins intéressé lorsqu'il s'agit de développer et de faire prospérer une société. Cette histoire de TV du futur me trottait dans la tête depuis pas mal de temps déjà. Et puis après des années passées en BtoB, j'avais envie de changer en allant vers le BtoC . Pour ce qui est de BlueKiwi, je suis toujours actif au sein de la société puisque je siège au conseil d'administration et possède toujours 30 % du capital. Je suis de près ce qui s'y passe et suis en contact au moins une fois par semaine avec le PDG actuel que j'ai moi-même nommé.

 

Utilisez-vous BlueKiwi chez Kwarter ?

Evidemment ! Je ne pourrais pas travailler sans.

 

Aujourd'hui on parle de plus en plus du ralentissement des réseaux sociaux spécialisés au profit des réseaux généralistes, partagez-vous cet avis ?

Je pense que nous aurons toujours besoin d'un réseau social généraliste qui rassemble tous nos amis en un seul endroit, c'est pourquoi Facebook est loin de mourir. D'ailleurs, on le voit bien avec Google Plus : le réseau social de Google stagne car Facebook fait bien son travail de généraliste. Néanmoins, je pense que les réseaux sociaux "de niche" sont voués à se développer dans la mesure où une passion n'est par définition pas généraliste. Par exemple, en tant qu'utilisateur, il est plus intéressant pour moi de partager ma passion avec une communauté de gens qui peuvent m'apporter quelque chose étant donné que ces derniers partagent cette passion avec moi.

 

Pourquoi avoir monté BlueKiwi aux Etats-Unis ? Un web-entrepreneur a-t-il plus de chance de réussir aux USA ?

Je ne dirais pas qu'un entrepreneur a plus de chance de réussir ici, mais disons que s'il réussit aux Etats-Unis, la taille du marché domestique américain lui assure un succès plus important. Avec 365 millions d'habitants, un concept, s'il marche aux Etats-Unis, aura tout de suite plus d'impact et permettra de générer plus de cash qu'en France.

 

La France est-elle loin derrière dans le Web ?

Nous avons quelques belles entreprises Internet en France. Je pense à Free et à Vente-Privee.com par exemple, bien que je pense que la France est encore loin derrière les Etats-Unis dans le domaine du Web. Mais le fait que les Américains se concentrent généralement en priorité sur leur marché domestique offre de réelles opportunités de business, notamment pour adapter des concepts US en France. Cela étant, c'est à double tranchant. A trop reprendre des concepts provenant des Etats-Unis, les entrepreneurs français se montrent souvent moins créatifs que les entrepreneurs américains. Lorsque vous discutez avec un entrepreneur de la Sillicon Valley, la première chose qu'il vous dira c'est "je change le monde". Aux Etats-Unis, la copie de concept n'est pas possible et n'intéresse personne.

 

Quelle sera votre prochaine aventure après Kwarter ?

Je ne sais pas, seul l'avenir nous le dira. Mais disons que d'autres idées vont surement venir me réveiller la nuit...

 

 

 

Diplômé d'une maîtrise de Lettres et Civilisations étrangères à l'université de Limoges, Carlos Diaz débute une carrière de professeur d'espagnol en 1996. Au bout d'un an, il crée avec son frère une agence de conseil et de création de site baptisée Reflect, qu'il revend à Emakina en 2007. Il crée alors BlueKiwi, permettant d'intégrer dans les entreprises les outils Web 2.0 (blogs, wikis, RSS, réseaux sociaux, widgets...). Installé à San Francisco, il quitte la société en août 2011 pour lancer Kwarter.

DIAZ