Microsoft renonce à Yahoo : et maintenant ?

Microsoft a finalement jeté l'éponge pour racheter Yahoo. Continuer seul, trouver une autre cible, attendre pour refaire une offre ? Analyse des alternatives de l'éditeur de logiciel pour se renforcer dans le Web.

Yahoo ne sera donc pas racheté par Microsoft, celui-ci s'étant officiellement retiré. "La distraction de l'offre non sollicitée de Microsoft est derrière nous", confirme le PDG de Yahoo Jerry Yang. Le dirigeant du portail va devoir justifier à ses actionnaires son refus d'accepter la proposition, réévaluée de 5 milliards de dollars à 33 dollars par action, du leader des logiciels. Avec une action plongeant de 13 % en milieu de journée ce lundi 5 mai à Wall Street (elle avait cependant gagné 7 % vendredi avant l'annonce du retrait de Microsoft), il devra se montrer persuasif. De son côté, le titre du groupe de Steve Ballmer gagnait près de 1 % à l'ouverture à New York. Pour autant, la position de Microsoft est également délicate. Quelle peut être désormais sa stratégie ? Quelles sont ses alternatives ?

 

En octobre dernier, le patron de Microsoft évoquait à Paris la nouvelle stratégie du groupe misant sur la publicité en ligne (lire l'article du JDN Microsoft mise sur la publicité pour sa croissance future du 04/10/07). Un secteur qui devait compter pour plus d'un quart de son chiffre d'affaires dans "quelques années", assurait-il. L'acquisition de Yahoo, qui devrait générer cette année deux fois plus de revenus que lui dans la publicité en ligne aux Etats-Unis (3,62 contre 1,73 milliards de dollars, selon eMarketer), "aurait permis d'accélérer notre stratégie", reconnaît Ballmer dans un communiqué. Le dirigeant ajoute cependant pouvoir "aller de l'avant vers nos objectifs [sans Yahoo]". Une opinion qu'il avait déjà avancée au lendemain de l'annonce des bons résultats trimestriels de Yahoo (lire l'article JDN Microsoft pourrait se passer de Yahoo du 25/04/08).

 

Le groupe pourrait donc continuer seul, avec sa "talentueuse équipe" selon le PDG. Sa manne financière intacte - environ 47,5 milliards de dollars à 33 dollars par action - pourrait soutenir cependant ce cavalier seul. Des acquisitions de start-up développant des outils innovants donneraient par exemple plus de chance à Microsoft de développer sa part de marché dans la publicité en ligne. Le géant des logiciels a déjà largement misé sur la croissance externe, tout comme ses concurrents Yahoo, AOL ou même le leader Google. Mais des analystes insistent sur la nécessaire acquisition de Yahoo. "Racheter Yahoo n'est pas qu'une opportunité pour Microsoft. Ils ont vraiment besoin de cette acquisition. Car cela fait douze ans qu'ils sont présents sur Internet et qu'ils stagnent", estime Benoît Flamant d'IT Asset Management. 

 

Autre possibilité : trouver un remplaçant à Yahoo. Steve Ballmer évoque dans une lettre à Jerry Yang et un communiqué officiel de possibles "transactions stratégiques avec d'autres partenaires". Interrogé dans le Wall Street Journal sur de nouvelles cibles potentielles, il précise qu'il existe seulement sept ou huit sociétés dans le monde (cinq ou six aux Etats-Unis) d'une taille suffisante, citant AOL, MySpace et Facebook en plus de Yahoo et Google.

 

Si Google semble hors d'atteinte - Steve Ballmer l'a déjà reconnu, AOL pourrait être une alternative crédible. La filiale Internet de Time Warner est la cible la plus grande après Yahoo, avec des revenus publicitaires qui se rapprochent de ceux de MSN aux Etats-Unis (1,51 et 1,73 milliards de dollars). Mais Yahoo s'intéressait également à AOL, et une fusion aurait même été discutée début mars. En fait, les cibles potentielles de Microsoft sont également les "chevaliers blancs" qu'a recherché activement Yahoo pour éviter un rachat par l'éditeur de logiciels. Restent également MySpace et Facebook. Au-delà des questions sur la capacité des réseaux sociaux à s'imposer durablement, le premier a déjà un accord avec Google sur la publicité en ligne. Microsoft est en revanche actionnaire du second (lire l'article du JDN Microsoft mise 240 millions sur Facebook du 26/10/07).

 

Dernière option pour Microsoft : attendre que le cours de l'action Yahoo ait suffisamment baissé pour refaire une offre. "C'est peut-être un calcul de Steve Ballmer. Provoquer une forte baisse du cours pour faire pression sur le conseil d'administration et le forcer à revenir aux négociations. C'est ce qu'avait fait Oracle avec BEA", pense Benoît Flamant (lire Oracle / BEA : pour quelques dollars de plus, du 17/01/08).Si la chute de l'action continue, Microsoft pourrait finalement obtenir Yahoo en dépensant encore moins que prévu.


 

 La lettre de Steve Ballmer à Jerry Yang

May 3, 2008


Dear Jerry:

After over three months, we have reached the conclusion of the process regarding a possible combination of Microsoft and Yahoo!.

I first want to convey my personal thanks to you, your management team, and Yahoo!'s Board of Directors for your consideration of our proposal. I appreciate the time and attention all of you have given to this matter, and I especially appreciate the time that you have invested personally. I feel that our discussions this week have been particularly useful, providing me for the first time with real clarity on what is and is not possible.

I am disappointed that Yahoo! has not moved towards accepting our offer. I first called you with our offer on January 31 because I believed that a combination of our two companies would have created real value for our respective shareholders and would have provided consumers, publishers, and advertisers with greater innovation and choice in the marketplace. Our decision to offer a 62 percent premium at that time reflected the strength of these convictions.

In our conversations this week, we conveyed our willingness to raise our offer to $33.00 per share, reflecting again our belief in this collective opportunity. This increase would have added approximately another $5 billion of value to your shareholders, compared to the current value of our initial offer. It also would have reflected a premium of over 70 percent compared to the price at which your stock closed on January 31. Yet it has proven insufficient, as your final position insisted on Microsoft paying yet another $5 billion or more, or at least another $4 per share above our $33.00 offer.

Also, after giving this week's conversations further thought, it is clear to me that it is not sensible for Microsoft to take our offer directly to your shareholders. This approach would necessarily involve a protracted proxy contest and eventually an exchange offer. Our discussions with you have led us to conclude that, in the interim, you would take steps that would make Yahoo! undesirable as an acquisition for Microsoft.

We regard with particular concern your apparent planning to respond to a -hostile- bid by pursuing a new arrangement that would involve or lead to the outsourcing to Google of key paid Internet search terms offered by Yahoo! today. In our view, such an arrangement with the dominant search provider would make an acquisition of Yahoo! undesirable to us for a number of reasons:

 First, it would fundamentally undermine Yahoo!'s own strategy and long-term viability by encouraging advertisers to use Google as opposed to your Panama paid search system. This would also fragment your search advertising and display advertising strategies and the ecosystem surrounding them. This would undermine the reliance on your display advertising business to fuel future growth.

 Given this, it would impair Yahoo's ability to retain the talented engineers working on advertising systems that are important to our interest in a combination of our companies.

 In addition, it would raise a host of regulatory and legal problems that no acquirer, including Microsoft, would want to inherit. Among other things, this would consolidate market share with the already-dominant paid search provider in a manner that would reduce competition and choice in the marketplace.

 This would also effectively enable Google to set the prices for key search terms on both their and your search platforms and, in the process, raise prices charged to advertisers on Yahoo. In addition to whatever resulting legal problems, this seems unwise from a business perspective unless in fact one simply wishes to use this as a vehicle to exit the paid search business in favor of Google.

 It could foreclose any chance of a combination with any other search provider that is not already relying on Google's search services.

Accordingly, your apparent plan to pursue such an arrangement in the event of a proxy contest or exchange offer leads me to the firm decision not to pursue such a path. Instead, I hereby formally withdraw Microsoft's proposal to acquire Yahoo!.

We will move forward and will continue to innovate and grow our business at Microsoft with the talented team we have in place and potentially through strategic transactions with other business partners.

I still believe even today that our offer remains the only alternative put forward that provides your stockholders full and fair value for their shares. By failing to reach an agreement with us, you and your stockholders have left significant value on the table.

But clearly a deal is not to be.

Thank you again for the time we have spent together discussing this.

Sincerely yours,

/s/ Steven A. Ballmer

Steven A. Ballmer
Chief Executive Officer
Microsoft Corporation


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