Qu'est-ce que l'effet Streisand ? L'effet Streisand, c'est quoi ?

Encore peu connu du grand public, ce terme existe depuis 2005. Il doit son nom à la chanteuse et actrice américaine Barbra Streisand. Invoquant le respect de sa vie privée, l'interprète de "Memories" n'a pas hésité en 2003 à réclamer 50 millions de dollars à un photographe et au site Pictopia.com pour avoir publié une photo aérienne sur laquelle apparaissait sa villa.


Mais plutôt que d'atteindre son objectif, l'action judiciaire n'a fait qu'attirer l'attention des internautes sur ce cliché. Or l'auteur de l'image n'est pas un paparazzo mais un photographe travaillant pour un projet gouvernemental d'observation de l'érosion du littoral californien. Au cours du mois suivant le dépôt de la plainte de l'actrice, 420 000 visiteurs uniques ont consulté la prise de vue litigieuse, qui fut par la suite diffusée à travers le monde. Barbra Streisand fut d'ailleurs déboutée de sa demande.


Le nom de Streisand sert désormais à désigner l'effet pervers selon lequel toute tentative de censure ou de camouflage en ligne accélère au contraire la propagation du contenu que l'on souhaite cacher. Et génère une publicité d'autant plus négative pour le censeur que les conséquences d'une absence de censure auraient probablement été nulles.


Parfois malmenées sur Internet, marques et institutions qui ont encore peu l'habitude d'un dialogue avec le public ont souvent tendance à répondre par la voix de leur service juridique. Un type de réaction à la laquelle les entreprises sont habituées, mais qui passe mal aux yeux des particuliers, qui sont aussi des internautes et des consommateurs. La diffusion d'une information gênante vaut-elle qu'on tente de la cacher au risque de s'attirer une publicité encore plus indésirable et durable ? Le silence ou le profil bas sont parfois les meilleures des réponses à la publication d'une information embarrassante.


En France, la dernière victime de l'effet Streisand s'appelle Boris Boillon. Cet ancien ambassadeur en Irak, nommé en Tunisie après la révolution tunisienne a malgré lui accéléré la diffusion d'une photo hébergée par Copains d'avant (édité par CCM - Benchmark, également éditeur du JDN) le montrant en maillot de bain en menaçant de poursuites judiciaires toutes les personnes diffusant cette photo. En cherchant à préserver son intimité, le diplomate a indirectement exhorté les internautes à copier, tweeter, et accroître la diffusion de cette image. Paradoxalement, un contenu ainsi stigmatisé devient encore plus difficile à effacer du Réseau car il accélère sa dissémination par les internautes.

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