Pierre Chappaz (Teads) "Nous espérons introduire Teads en bourse aux Etats-Unis en 2017"

Le patron du spécialiste de la publicité vidéo en ligne explique les raisons du rachat de Brainient, acteur anglais de la DCO, et fait le point sur le développement de sa société.

JDN. Vous annoncez l'acquisition de Brainient pour un montant non communiqué. Qu'est-ce qui vous a attiré chez ce spécialiste anglais de la Dynamic creative optimization (DCO) ?

Pierre Chappaz, président exécutif de Teads. © S. de P. Teads

Pierre Chappaz (Teads). La promesse de Brainient s'inscrit dans le prolongement de celle de Teads : proposer une expérience utilisateur optimisée, avec des formats publicitaires intégrés de manière élégante dans le flux édito, non intrusifs et surtout "skippables" par l'internaute, par opposition au pré-roll vidéo dont certains forcent la diffusion.

Brainient va nous permettre d'aller encore plus loin dans cette logique grâce à sa technologie de personnalisation des créations. Nos clients vont pouvoir, en temps réel et gratuitement, adapter leurs créations au profil de l'internaute qui y est exposé, en fonction de sa localisation et en fonction de données externes. Une marque de glaces pourra par exemple accentuer son message lorsque les températures atteignent des pics.

 

Brainient va aussi vous permettre de proposer de manière industrielle des formats vidéos verticaux à vos clients. Un vrai plus alors que la consommation de vidéo en mobilité explose…

C'est certain. Les agences et annonceurs avancent aujourd'hui avec le frein à main sur ce sujet car la plupart de leurs créations sont pensées pour la télévision ou le Web, de manière horizontale. Le studio de Brainient va leur permettre de transformer facilement une "copy TV" en une réalisation verticale, voire carrée, comme on en voit de plus en plus. L'enjeu est de proposer aux annonceurs des formats toujours plus riches. Ils peuvent ainsi opter pour le format interactif VPaid, qu'ils ne trouveront pas chez Facebook et Google.

 

Oui mais Google et Youtube captent à eux deux les deux tiers de la croissance du marché de la publicité online. Tous deux disposent d'énormes inventaires en matière de vidéo. Quels sont vos atouts ?

Plus gros que Youtube et Facebook en France

Il faut savoir que nous n'avons pas à rougir de la comparaison en matière de reach face à ces deux géants. Comscore nous a classé le numéro 1 mondial derrière le duo, en décembre dernier. Et nous sommes, selon le dernier classement de Médiamétrie//Netratings, devant Facebook et Youtube en France.  C'est surtout la qualité de notre inventaire qui nous distingue de ces deux plateformes. En France, nous travaillons avec la quasi-totalité de la presse française et cela rassure les annonceurs à la recherche d'un contexte de diffusion premium. Chose qui n'est pas toujours évidente à trouver, notamment lorsqu'on investit en programmatique.

 

Justement, quelle est la part de votre chiffre d'affaires qui provient du programmatique ?

Nous réalisons aujourd'hui un tiers de notre chiffre d'affaires sur le programmatique et le reste via le "gré à gré". Mais je peux déjà vous annoncer que le programmatique représentera l'essentiel de notre chiffre d'affaires en 2017.

 

Vous aviez beaucoup communiqué sur l'annonce d'une introduction en bourse début 2015. Un an et demi plus tard, il ne s'est toujours rien passé. Pourquoi ?

Je pense que vous avez pu vous en rendre compte vous-même, les conditions de marché n'ont pas été bonnes aux Etats-Unis l'année dernière, avec quelques acteurs du marché de la publicitaire online qui ont dû, comme nous, mettre leurs ambitions boursières de côté.

Mais ça repart si j'en crois l'introduction en bourse prochaine de The Trade Desk. Et nous sommes plus que prêts. Nous réalisons près de 40% de notre chiffre d'affaires aux Etats-Unis, nous avons passé notre comptabilité aux normes US. Nous espérons nous introduire en bourse en 2017.

 

Vous avez aussi eu, selon nos informations, des discussions avancées avec Rubicon Project et Havas. La piste d'un rachat par un industriel n'est pas écartée ?

180 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017

Je ne commenterai pas ces rumeurs dont vous faites état. Mais il est naturel d'attirer l'attention de grandes entreprises lorsque l'on a la croissance et la taille de Teads. Et il est tout aussi naturel de discuter avec elles. Ça ne veut pas dire pour autant que la société est à vendre. On ne ferme pas la porte car on voit bien que le marché est en pleine consolidation. Mais nous restons focalisés sur notre croissance et voulons continuer à grandir. En 2016, nous allons réaliser 180 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 130 millions l'année dernière.

 

Quelle peut être la place de Teads dans cet univers en pleine consolidation. Alors que les plus gros acteurs sont désireux de proposer une solution full-stack, multi-formats et multi-canaux. Est-il encore possible de rester indépendant ?

Je pense qu'à l'instar de ce qui se passe dans le monde de la distribution physique, généralistes et spécialistes vont cohabiter ensemble encore un petit moment. Les agences et annonceurs auront le choix entre un "gros" qui fait tout un peu moins bien et plusieurs spécialistes très bons dans leur domaine. Je suis d'autant plus confiant que la vidéo est l'avenir de la publicité. Elle est amenée à prendre de plus en plus de place dans les budgets au détriment du display traditionnel.

 

Vous avez souscrit à une ligne de financement de 43 millions de dollars début août pour poursuivre votre développement en Asie du Sud-Est. Où en êtes-vous ?

Ça avance. Je rentre tout juste du Japon où nous sommes devant Youtube en matière de reach. Nous venons d'ouvrir un bureau à Singapour et de recruter Christian Guinot, ancien président de l'agence MEC, en tant que vice-président senior pour la zone Asie-Pacifique. Et nous attaquerons la Chine l'année prochaine.

 

Cela ne va pas être évident. Beaucoup d'acteurs se sont cassé les dents sur le marché chinois. Le dernier en date étant Uber…

Je suis confiant. Nous nous sommes déjà lancés dans 18 pays aux problématiques parfois très éloignées. Et nous sommes déjà présents en Chine où nous travaillons pour le compte de clients internationaux, principalement des marques de luxe.

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