Les fermes d'intérieur, l'avenir de l'agriculture ?

Fermes d'intérieur Faire pousser des fruits et légumes dans des hangars éclairés par des LED : c'est le nouveau pari de certains pour cultiver partout et doper les rendements.

Avec la lumière violette émanant du plafond, on se croirait dans une boîte de nuit. Pourtant, point de musique électro ici, mais des tomates et des concombres qui poussent dans le plus grand silence. Bienvenue chez PlantLab, à Hertogenbosch aux Pays-Bas. Une start-up qui se targue d'inventer "l'horticulture 3.0".

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Le laboratoire de ferme souterraine PlantLab aux Pays-Bas. © PlantLab

Dans sa ferme intérieure, un gigantesque hangar sans fenêtre, la culture des légumes est entièrement modélisée, c'est-à-dire que des capteurs mesurent en temps réel le taux d'humidité, la luminosité et la qualité de l'air pour obtenir les paramètres parfaits à la croissance de la plante. Avec la lumière naturelle, par exemple, l'efficacité énergétique de la photosynthèse ne dépasse pas les 9%. Grâce au spectre lumineux violet/bleu des LED, spécifique à chaque plante, PlantLab a réussi à faire monter ce taux à 15%.

Faire pousser des plantes en appartement, cela a longtemps été l'apanage des cultivateurs de cannabis. Mais aujourd'hui, la culture d'intérieur prend une toute autre ampleur. Selon Gertjan Meeuws, le directeur de PlantLab, ce type de culture mettrait fin à l'imprévisibilité des récoltes, réduirait la spéculation et le risque de pénurie alimentaire. "Il est très rare de trouver dans la nature toutes les conditions favorables", explique Gilles Dahon, le directeur de la société Hydrodiscount, un des leaders français de la distribution de matériel pour la culture d'intérieur ("growshop").

Des capteurs mesurent en temps réel le taux d'humidité, la luminosité et la qualité de l'air pour obtenir les paramètres parfaits à la croissance de la plante

Pour lui, la culture d'intérieur présente de nombreux avantages. "Le confinement limite l'impact environnemental du traitement. Si l'on doit détruire un insecte nuisible, par exemple, le produit répandu ne décimera pas les abeilles comme dans la culture en champ". Dans le cas de culture hors sol (où les plantes poussent sur un substrat nutritif), l'absence de terre limite en plus les maladies et permet de recycler jusqu'à 90% d'eau. Et bien sûr, l'amélioration du rendement : en phase de floraison, on peut éclairer les plantes jusqu'à 18 heures par jour pour accélérer leur croissance. Grâce à la technologie des LED, cela reste relativement économique : "il faut compter entre 20 à 30 euros d'électricité par mois pour un espace d'un mètre carré", avance-t-il.

Hangars d'un hectare ou fermes urbaines

PlantLab se propose d'installer des hangars allant de 100 mètres carrés à plus d'un hectare. Des unités de production qui permettraient de cultiver des légumes dans des zones au climat hostile, en plein Sahara ou dans le Grand nord canadien par exemple. "Ce qui diminuerait considérablement le transport mondial", avance la société.

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Ce hangar de 14 000 mètres carrés est la plus grande ferme intérieure des Etats-Unis. © FarmedHere

Parmi les marchés les plus prometteurs, on trouve donc logiquement les pays du golfe, qui disposent de peu d'espace et manquent de terres cultivables, mais bénéficient de ressources énergétiques abondantes. A Dubaï, l'électronicien japonais Sharp a ouvert fin 2013 une sorte de ferme numérique pour reproduire artificiellement les conditions idéales de la culture des fraises. En contrôlant de manière extrêmement précise la luminosité des LED, la qualité de l'air et la température, le groupe espère obtenir un rendement élevé et un niveau stable de qualité des fruits. Le Qatar et l'Arabie saoudite nourrissent aussi des ambitions dans ce domaine.

Au Japon, le groupe Pasona a ouvert à Tokyo une "ferme urbaine" où 200 types des cultures poussent dans un immeuble de neuf étages. On y trouve même une rizière et une cafeteria où l'on peut déguster des recettes à base de légumes maison. 2 500 tonnes de laitues, soit 5% de la production nationale, sont déjà cultivées sous terre dans le pays, selon le conglomérat japonais ORIX.

Au Japon, 2 500 tonnes de laitues, soit 5% de la production nationale, sont déjà cultivées sous terre

A Londres, Zero Carbon Food a réhabilité un abri souterrain de la deuxième guerre mondiale pour cultiver sous lumière rouge des radis, de l'oseille, des pois ou de la mâche. Près de Chicago, l'entreprise américaine FarmedHere a ouvert en mars 2013 la plus grande ferme hors sol intérieure du pays. Sur près de 14 000 mètres carrés poussent ici des herbes aromatiques et salades de toutes sortes (basilic, roquette...). La société fournit déjà les plus gros supermarchés de la région.

Dernier signe de l'intérêt croissant pour ce mode de culture, la première conférence sur l'agriculture intérieure s'est tenue en avril 2013 à Las Vegas dans le Nevada. Un état américain confronté à de graves pénuries d'eau.

Evidemment, la culture d'intérieur ne remplacera jamais les champs de blé de milliers d'hectares des plaines de la Beauce. Cela reste encore beaucoup trop cher pour des grandes surfaces. Néanmoins, la tendance du "locavore", produire local pour consommer local, trouve ici une déclinaison high-tech prometteuse.

 

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