TomTom se prépare à la fin du GPS

Le véhicule autonome signera l'arrêt de mort du GPS qui indique son chemin au conducteur. TomTom doit se réinventer pour s'assurer d'être embarqué dans la voiture du futur.

"Tournez à gauche", "tournez à droite", "faites demi-tour dès que possible". Les automobilistes n'auront bientôt plus à agir sous ces ordres lancinants tout droit sortis de leur GPS. Le véhicule sans chauffeur s'orientera seul et va contraindre les professionnels de la navigation embarquée à trouver de nouveaux business. Pas de quoi effrayer le géant du secteur TomTom, qui affirme avoir pris les devants : "Les ventes de GPS ralentissent et je pense que dans 10 ans il n'y aura plus de produits de navigation par satellite tels qu'on les connaît aujourd'hui. Mais la voiture autonome aura besoin de données et de cartes en temps réel et TomTom sera l'un des acteurs technologiques privilégiés de cette révolution des transports", s'enthousiasme Corinne Vigreux, cofondatrice et PDG de TomTom.

"La voiture autonome aura besoin de cartes en temps réel et TomTom sera l'un des acteurs technologiques privilégiés de cette révolution"

"Quand nous avons racheté Tele Atlas en 2007, le but était déjà d'avoir de la cartographie en temps réel. Elle concerne aujourd'hui la plupart de nos investissements en recherche et développement et nous estimons être en avance d'un an et demi ou deux ans par rapport à la concurrence sur cette brique technologique essentielle à la voiture sans chauffeur. Nous ne sommes que trois à être positionnés sur ce marché, avec Google et Here. L'entreprise qui réussira à développer la technologie la plus intelligente et la moins coûteuse l'emportera", poursuit-elle.

TomTom compte se baser sur ses 400 millions de sondes GPS éparpillées dans le monde, qui permettent une mise à jour de ses cartes et de ses alertes trafics toutes les deux secondes, pour devancer la concurrence : "Nous avons mis au point une technologie brevetée plus précise que le GPS qui permet de déterminer le positionnement d'un véhicule en temps réel et suffisamment précisément pour lui permettre de se déplacer en toute autonomie. 20 états des Etats-Unis et l'Allemagne sont déjà couverts. L'ensemble des Etats-Unis et de l'Europe le seront d'ici un an", avance Antoine Saucier, directeur général de la division automobile de TomTom.

"Nous avons mis au point une technologie brevetée plus précise que le GPS qui permet de déterminer le positionnement d'un véhicule en temps réel"

La marque veut également profiter de sa présence dans près de 500 millions de véhicules dans le monde pour récupérer de précieuses données : "Nous utilisons déjà les remontées de data des véhicules pour la détection automatique des changements de voirie grâce aux traces laissées, c'est-à-dire les parcours enregistrés, par les automobilistes équipés d'un GPS TomTom : si elles forment des cercles là où il y avait un carrefour selon notre base de données, cela signifie qu'il est devenu un rond-point.", glisse-t-il.

"Nous pourrons aussi à l'avenir utiliser les informations perçues par le véhicule connecté pour mettre à jour nos cartes. Il sera par exemple capable de lire les panneaux et de voir que la vitesse maximale a changé. Mais il y a beaucoup de travail qui nous attend car il est impossible d'analyser tout ce volume de data. Il faudra être capable de les traiter directement dans le véhicule et de ne transmettre dans le cloud que l'essentiel", imagine Antoine Saucier.

"Nous pourrons aussi à l'avenir utiliser les informations perçues par le véhicule connecté pour mettre à jour nos cartes"

Déjà en discussion avec la quasi-totalité des constructeurs, qui utilisent ses cartes pour développer leurs véhicules autonomes, l'entreprise néerlandaise vient aussi de se lancer sur le marché du véhicule intelligent. Elle propose Curfer, un boîtier connecté qui, une fois branché sur la prise diagnostic, permet d'accéder depuis une app pour smartphone aux données du véhicule. Vendu un peu moins de 80 euros pièce, il aurait de quoi, selon Corinne Vigreux, séduire de nombreux clients : "Il y a une demande du consommateur de tout savoir sur sa conduite. Selon notre division télématique, il y a là un gros marché.

Ce nouveau produit ouvre à TomTom de nouvelles perspectives de développement : "Nous pourrons créer de la valeur à partir des données récoltées, il y a beaucoup de débouchés. Les constructeurs automobiles sont par exemple intéressés pour diriger automatiquement les gens vers leur garage quand une anomalie est détectée. Cela peut aussi servir aux réseaux d'entretien et de réparation, qui pourraient offrir le boîtier à leurs clients fidèles s'ils jugent que la valeur de leur loyauté est supérieure au coût du boîtier", explique Antoine Saucier. TomTom équipe aussi les assurés volontaires de l'assureur allemand Allianz, à qui ce dernier offre jusqu'à 30% de réduction.

"Nous pourrons créer de la valeur à partir des données récoltées, il y a beaucoup de débouchés"

Engagé sur la voie de la diversification, TomTom n'en oublie pas pour autant la technologie qui a fait son succès. Le directeur général de la division automobile de TomTom entend moderniser l'interface des GPS pour les transformer en carte interactive : "Les automobilistes voudront être avertis des manœuvres qu'entreprend leur voiture sans chauffeur. Il sera nécessaire de les prévenir si elle ralentit brusquement à l'approche d'un bouchon, par exemple. Il faudra aussi gérer les phases de transition entre pilote automatique et conduite manuelle, c'est-à-dire prévoir comment et quand le conducteur devra intervenir, car il y aura forcément des situations où il faudra reprendre le volant."

Aussi futuristes soient-elles, ces perspectives font partie du quotidien d'Antoine Saucier : "Nous discutons régulièrement avec les industriels de ces technologies d'information du conducteur car si le véhicule autonome est stressant, personne n'en voudra."

 

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