Didier Leroy (Toyota) "Toyota ne veut pas devenir un fabricant de boîtes de conserve pour Apple et Google"

Le vice-président exécutif du constructeur automobile japonais mise sur le développement en interne de l'intelligence artificielle et de services connectés pour conquérir le marché du véhicule intelligent.

Didier Leroy est vice-président exécutif de Toyota Motor Corporation. © Toyota

JDN. Toyota est un des rares constructeurs à ne pas intégrer Android Auto et Apple CarPlay. Pourquoi ?

Didier Leroy (Toyota). Nous avons jusqu'à présent préféré nous concentrer sur le développement de notre propre système embarqué. Cependant il y a aujourd'hui une demande croissante pour ces services, notamment aux Etats-Unis, qui est notre marché le plus important avec entre 2,5 et 3 millions de véhicules vendus en moyenne chaque année. Donc nous allons les intégrer. Nous avons actuellement d'importantes discussions autour du management des données avec eux. Mais nous n'avons pas envie de fabriquer des boîtes de conserve pour Apple et Google, comme c'est arrivé sur le marché des PC avec IBM et Microsoft.

Je ne pense pas qu'ils aient l'envie de fabriquer des voitures mais ils seront très actifs sur le software. Ils seront une menace pour les constructeurs qui n'auront pas les moyens ou la volonté de garder le contrôle sur les technologies embarquées. J'imagine que certains pourront être tentés de leur laisser prendre les commandes...

Vous nouez peu de partenariats en ce qui concerne la voiture connectée et autonome et vous avez créé il y a un an le Toyota Research Institute, votre propre centre de recherche et de développement dans la Silicon Valley, pour développer vous-même de nouvelles fonctions intelligentes. La stratégie de Toyota est-elle de tout maîtriser de A à Z ?

Tout le monde discute avec tout le monde sur ce marché. Nous restons ouverts aux partenariats, comme nous l'avons fait avec Microsoft, qui a participé en avril dernier à la création de Toyota Connected, notre entité tournée vers le big data dédiée au développement de nouveaux services de mobilité. Mais il est vrai que nous cherchons au maximum à développer nos propres technologies. Nous ne voulons pas attendre que d'autres entreprises aient les bonnes idées. Nous voulons être partie prenante dans tous les développements.

Vous aviez également annoncé un investissement à venir d'un milliard de dollars sur cinq ans pour développer notamment l'intelligence artificielle. Où en êtes-vous ?

Cela nous a permis, entre autres, de recruter plus d'une centaine d'experts choisis parmi les meilleurs talents du secteur. Ils travaillent désormais pour nous au sein du Toyota Research Institute. Nous avons aussi lancé des partenariats avec des universités et leurs programmes de recherche sur l'intelligence artificielle.

Quelle est votre stratégie pour gagner des parts de marché grâce à la voiture connectée ? Quels sont selon vous les atouts de Toyota sur ce marché ?

Ce qui créera la valeur dans les prochaines années ce sont les données et les services qui en découleront. Il faut étendre la chaîne de valeur et une bonne partie de notre croissance sera basée sur cette capacité. D'ici 2020 toutes nos voitures aux Etats-Unis et au Japon seront connectées à notre plateforme de communication globale, le Toyota Smart Center. Cette plateforme récupérera toutes les données qui permettront de lancer de nouvelles offres à grande échelles comme des assurances pay as you drive et pay how you drive ou des solutions connectées d'autopartage et de covoiturage. Elle rend aussi possible la communication vehicle-to-vehicle.

Il y a aussi la maintenance à distance et prédictive. Nous savons qu'avec le véhicule autonome et l'autopartage les ventes de véhicules vont considérablement ralentir. Mais comme ils seront beaucoup plus utilisés, ils nécessiteront une vigilance accrue. Les données en mouvement, ou de localisation, de nos clients auront aussi une grande valeur que nous n'aurons pas forcément envie de partager. Ce sera à nous de les protéger car il n'est pas question de les laisser circuler librement.

Vous avez lancé en novembre dernier votre Smart Key Box, un boîtier connecté placé dans la boîte à gants qui permet d'ouvrir le véhicule avec une clé virtuelle sur smartphone, facilitant ainsi l'autopartage. Pourquoi ne pas avoir fait appel à l'une des nombreuses solutions déjà existantes ? Quelles sont vos ambitions sur le marché de l'autopartage ?

Nous pensons que notre système apporte quelque chose de différent à ce qui existe sur le marché car il permet de s'adapter à n'importe quel type de véhicule sans modification importante de l'électronique, sans surcoût important et sans risque de sécurité. Ce boîtier est couplé à une application mobile et à notre Mobility Services Platform. Ce lien direct permettra à notre entité qui gère le financement Toyota Financial Services de proposer à nos clients de payer tout ou partie de leur contrat de leasing directement à partir des revenus générés par l'autopartage. Le gros de notre croissance ne viendra bientôt plus des volumes de vente, qui vont plutôt décroître dans les pays développés. Mais cette baisse sera compensée par ce genre de service ainsi que par la croissance du besoin de mobilité dans les pays en développement.

On considère qu'aujourd'hui nos clients utilisent leur voiture pendant 5% du temps. Ce chiffre va augmenter avec les offres de mobilité partagée et cela va donc accélérer le renouvellement du parc. C'est un nouveau business mais nous ne croyons pas la catastrophe annoncée pour notre industrie.

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