Philippe Monloubou (Enedis, ex-ERDF) "Enedis est un opérateur big data qui gérera bientôt 35 millions de capteurs"

Le président du directoire de la société française de distribution d'électricité veut profiter des données générées par Linky pour développer de nouveaux services.

Philippe Monloubou, président d'Enedis et de Think Smartgrids. © Enedis

JDN. Le principal chantier d'Enedis actuellement est la mise en place de 35 millions de compteurs communicants Linky, qui remplaceront les vieux boîtiers d'ici à 2021. Où en est-on, combien cela coûtera et quelles économies en attendez-vous ?

Philippe Monloubou. Nous avons franchi fin juin 2016 la barre du million de compteurs communicants installés. Nous commençons donc la phase industrielle du déploiement. D'ici janvier 2017, nous atteindrons les 3 millions de Linky dans l'Hexagone. Commencera alors la deuxième phase, jusqu'à 2018, avec l'objectif de 13,6 millions d'appareils branchés à cet horizon.

Le déploiement se fait selon un schéma en "tâches de léopard", c'est-à-dire dans tous les territoires, avec le choix d'en installer dans toutes les régions et d'abord dans les grandes villes.

"Les 5 milliards d'euros d'investissement dans Linky seront amortis en 20 ans grâce aux économies qu'il permettra"

Au total, Linky va coûter environ 5 milliards d'euros. Cet investissement sera amorti en 20 ans grâce aux économies qui seront réalisées notamment sur la relève, qui n'aura plus à se faire par des entreprises de manière manuelle, les interventions chez  les clients, comme par exemple l'installation d'un nouveau client ou le changement de puissance, qui se feront à distance. Nous bénéficierons aussi d'une meilleure détection des pertes et surtout de la fraude, ou encore de nouvelles fonctionnalités qui apparaîtront à l'avenir.

 

Linky pourra collecter énormément de données potentiellement réutilisables. Allez-vous les ouvrir ? A qui ? Et dans quelles conditions ?

Notre métier évolue et nous sommes désormais un opérateur de big data qui va bientôt gérer 35 millions de capteurs connectés. Nous avons anticipé cette question et nous sommes déjà capables de mettre à la disposition du client toutes les données de consommation et d'état du réseau. Toutes ces données ont à l'avenir vocation à être agglomérées et donc anonymisées pour être mises à la disposition des collectivités qui sont très intéressées pour évaluer leur efficacité énergétique. La loi Lemaire est en train de développer le cadre de mise à disposition de ces données. Les clients qui le veulent peuvent d'ailleurs déjà mettre leurs données à disposition d'entreprises s'ils nous le demandent. Comme par exemple à une société de surveillance.

 

Quels genres de services connectés comptez-vous développer à partir de ces data ?

Nous travaillons déjà sur l'open innovation. Nous avons récemment découvert la start-up GeoKaps qui, en cas de crise, est capable de cibler sur Twitter des populations spécifiques. Par exemple, si un transformateur électrique tombe en panne, ne recevront le tweet d'alerte que les utilisateurs qui vivent dans la zone où l'électricité est coupée. Ils seront aussi informés en temps réel de l'évolution de la situation. Aujourd'hui on ne voit pas de limite à l'open innovation.

 

A Toulouse, Enedis s'est investi dans le projet Sogrid avec des puces électroniques intégrées aux compteurs des particuliers et placées à différents endroits de la ligne qui permettent de connaître en temps réel l'état de l'ensemble du réseau. Où en êtes-vous ? Qu'en est-il de vos autres projets de réseaux électriques intelligents ?

Ce projet avance bien, nous ne sommes plus là dans de l'expérimentation mais bien dans un déploiement massif. Une zone rurale et une zone urbaine seront bientôt connectées grâce aux capteurs bas débit de Sigfox qui nous permettront d'avoir une information temps réel sur nos réseaux et ainsi de les piloter de manière plus efficace.

"A Toulouse, deux zones seront bientôt connectées grâce aux capteurs bas débit de Sigfox"

A Lyon, l'expérimentation GreenLys, qui vient de se terminer, a été l'occasion de développer une fonctionnalité sur Linky qui nous permet de déterminer l'origine précise d'une avarie technique sur le réseau électrique, avant même que le client ne s'aperçoive du problème.

 

Le gouvernement a pour objectif de mettre en service 7 millions de points de chargement de véhicules électriques d'ici à 2030. Ils seront tous raccordés à votre réseau de distribution. Envisagez-vous de déployer des solutions intelligentes ?

Ces bornes seront nécessairement intelligentes et nous les voyons comme 7 millions de capteurs connectés supplémentaires à exploiter. Nous avons développé la plateforme Gireve, qui regroupe à la fois Enedis, les constructeurs automobiles, mais aussi des acteurs comme Engie, qui a vocation à déterminer en temps réel la disponibilité des bornes de recharge mais aussi à capitaliser sur les informations qu'elles recueilleront. 

 

Que répondez-vous aux inquiétudes sur la dangerosité des ondes émises par les compteurs Linky ?

C'est une préoccupation légitime, mais ce compteur a été analysé sous toutes les coutures et labellisé comme il se doit. Pour rassurer tout le monde, nous avons décidé de faire appel à d'autres laboratoires privés, qui ont démontré à leur tour que ces peurs étaient infondées. L'Agence Nationale des Fréquences (ANFR) a même été obligée de développer de nouveaux outils pour détecter les ondes générées par Linky, tellement celles-ci sont basses. Elles sont même plus faibles que celles émises par les anciens compteurs électroniques.

 

"La filière française peut espérer capter au moins 20% du marché mondial des smart grids"

Quelles sont vos ambitions à l'international sur la smart city ?

Le marché mondial des smart grids est estimé entre 30 et 60 milliards d'euros et la filière française, que l'association Think Smartgrids coordonne, espère en capter au minimum 20%. Enedis est déjà présent sur certains marchés étrangers et je souhaite, via l'association, emmener tout l'ecosystème tricolore. Le Brésil, l'Inde et le Japon, notamment, nous intéressent beaucoup. Nous souhaitons nous y engager dans des démarches smart city, car il n'y aura pas de smart city sans smart grids.

 

A lire aussi

 

Big Data / ERDF