Gilles Cochevelou (Total) "Nous doublerons le nombre d'appareils équipés de capteurs d'ici 2019"

Alors que la Nuit du Directeur Digital se rapproche, le CDO de Total présente au JDN les dernières innovations numérique stratégiques pour le géant pétrolier.

JDN. Quel est votre projet le plus innovant mené en 2016 ?

Gilles Cochevelou, CDO de Total. © Total

Gilles Cochevelou. Total a lancé l'année dernière son premier challenge de data science en interne, avec 250 participants travaillant dans différentes divisions du groupe et pas seulement dans l'IT. Les challengers ont eu trois mois pour exploiter trois jeux de données afin de répondre à des problématiques métiers diverses. Ils ont travaillé sur un set de data issu de la division marketing, pour trouver des leviers afin d'optimiser la distribution de fioul domestique. Avec le deuxième, provenant de la branche raffinage-chimie, ils ont dû essayer de limiter au maximum le temps que passent les bateaux pétroliers à livrer leur cargaison dans nos raffineries. Le troisième provenait de notre activité exploration. Ils ont cherché des solutions pour optimiser la production de gaz dans certains pays en fonction des caractéristiques des puits.

Les dix meilleurs ont participé à une seconde phase, au cours de laquelle ils ont planché sur un jeu de données de notre branche exploration-production pendant trois heures. Leur objectif : mieux prévoir les risques de remontées éruptives sur certains de nos forages d'hydrocarbures. Le gagnant, qui travaillait dans notre branche data management en exploration/production, s'apprête à rejoindre notre équipe de data science. Nous avons aussi repéré un stagiaire, qui a pris la troisième place. S'il le souhaite, il sera embauché…

Et le plus stratégique pour votre groupe ?

Nous avons développé sur nos sites de production des smart room. Ces espaces de travail collaboratifs mêlent technologie et nouvel environnement managérial pour permettre à nos équipes de travailler plus efficacement. Toutes les données collectées par des capteurs sur nos plateformes de forages offshores y sont par exemple remontées en temps réel et centralisées pour permettre à nos collaborateurs d'être plus efficaces dans leurs prises de décisions. Total a testé ce système sur des plateformes en Angola depuis deux ans, avec à la clef 85 millions d'euros d'économies par an. Ce système est désormais déployé dans plus de 10 filiales.

"Total a lancé l'année dernière son premier challenge de data science en interne, avec 250 participants"

En quoi avez-vous transformé Total depuis votre arrivée ?

Je travaille chez Total depuis 1994 et j'ai été nommé à mon poste de CDO en septembre 2015. Lorsque j'ai pris mes fonctions, plus de 300 initiatives digitales avaient été lancées dans le groupe. J'ai agi comme un chef d'orchestre, structuré ce foisonnement sans pour autant tout régenter pour ne pas bloquer le mouvement. Avec mon équipe, nous avons construit des roadmaps pour chaque domaine. Par exemple pour le secteur industriel, la roadmap est articulée autour de quatre grands thèmes : l'opérateur augmenté, la valorisation des données industrielles, la maquette numérique des installations et l'environnement de travail collaboratif.

Quelle est l'importance de la data pour Total ? Comment l'utilisez-vous dans le cadre de vos projets ?

La culture de la data est inscrite dans l'histoire de Total : depuis notre création au début du 20e, nous analysons la physique du sous-sol à partir des données sismiques. Nous sommes bien conscients que pour dégager de la valeur, ces informations doivent être traitées pour prendre de meilleures décisions opérationnelles.

Notre supercalculateur Pangea, installé à Pau, traite par exemple des données pour prendre des décisions dans les phases d'exploration et pour la gestion des champs pétroliers et gaziers. Sa dernière mise à jour date de janvier 2016. Sa puissance de calcul a été triplée, pour atteindre les 6,7 pétaflops, soit l'équivalent de 80 000 ordinateurs portables.

"Nous avons lancé en 2016 un start-up studio, qui vise à excuber en moins de six mois des projets internes proposés par nos collaborateurs"

Total analyse également les données collectées sur ses équipements critiques, comme les turbines, les pompes ou les compresseurs. 150 machines sont suivies depuis deux ans. Nous traitons ces données pour détecter des signes d'anomalies de fonctionnement. Le cas échéant, un technicien vient changer la pièce défectueuse avant la panne, il s'agit de maintenance prédictive. Aucune de ces machines n'est tombée en panne de façon fortuite depuis le début de cette expérience. Nous allons multiplier par deux le nombre d'appareils équipés d'ici 2019.

En quoi votre action a permis à Total de poursuivre sa transformation numérique en 2016 ?

Nous avons lancé en 2016 un start-up studio, qui vise à excuber en moins de six mois des projets internes proposés par nos collaborateurs. Nous travaillons dans ce cadre avec l'incubateur parisien Numa et le cabinet Roland Berger. Ces partenaires extérieurs à Total aident nos porteurs de projets à développer leur idée. Si leur business s'avère viable, Total le lance et aide les jeunes pousses à déployer leur solution. La start-up Kleen a ainsi pu voir le jour. Son application référence des stations de lavage de voitures en France et propose des offres promotionnelles à ses adhérents.

En 2016, nous avons lancé plusieurs appels à projets thématiques et liés à notre business, comme l'usine 4.0 ou l'opérateur augmenté. Nous avons dans ce cadre sélectionné des start-up qui sont accueillies dans notre incubateur usine du futur et qui peuvent travailler avec nos experts métier sur le terrain. La start-up DC Brain teste par exemple son système d'optimisation du réseau de vapeur dans l'une de nos raffineries.

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