Conseils à l'intention du futur Président de la République française

Mon analyse sur les causes de la désindustrialisation de la France est le fruit de recherches universitaires et d’une activité d’appui aux entreprises. Ce qui m'a permis de constater le hiatus existant entre les formations et les besoins des entreprises à la recherche de personnels.

Dans une précédente chronique parue dans le Journal du Net, j’ai livré mon analyse sur les causes de la désindustrialisation de la France. Il s’agit de mes réflexions, fruit à la fois de recherches universitaires et d’une  activité d’appui aux entreprises. Mes allers-retours entre l’analyse économique fondamentale et la réalité du terrain furent intenses et passionnants.
Lorsque je faisais partie de la commission de rapprochement Université-entreprises de l’Université Paris-XIII en 1983, j’ai constaté le hiatus entre les énormes potentialités de l’IUT mécanique de Saint-Denis et les sociétés industrielles de la Région. Il en va de même dans les domaines de la gestion et de l’organisation de l’entreprise.
Je vais ci-après analyser trois aspects qui me paraissent fondamentaux quant à l’avenir de l’économie française : la formation, l’échec du libéralisme et le soutien aux PME-PMI

I- La formation
J’ai réalisé une étude en 1996 sur l’adéquation entre emploi et formation en Seine-Saint-Denis à partir d’enquêtes auprès des organismes de formations, des établissements scolaires et des entreprises. Le constat est accablant.
Dès les collèges, l’orientation des élèves favorise davantage le secteur tertiaire, selon un consensus parents-élèves-enseignants-pouvoirs publics. Tout le monde est d’accord pour former des cols-blancs.
Les formations techniques et technologiques sont reléguées au second plan. Pourtant les proviseurs des lycées sont unanimes ; les jeunes qui suivent un cursus technique et électronique sont embauchés avant la fin de l’année scolaire. Les industriels se plaignent de ne pas trouver des mécaniciens de précisions, des électroniciens ou des ajusteurs confirmés.
Les annonces d’offres d’emplois industriels peuvent rester plusieurs mois sans trouver preneurs. La ré industrialisation de la France ne pourra se faire sans la mise en place de formations techniques et technologiques d’avenir.
Les Chinois l’ont bien compris ; ils forment en masse des ingénieurs et des techniciens spécialisés.
Les éducateurs et les formateurs doivent se rapprocher des entreprises non pas pour des accords financiers mais afin de se projeter sur l’avenir en matière de métiers nouveaux compatibles avec les évolutions technologiques. Ils doivent accepter une remise en cause de leurs méthodes et de leur façon de faire d’autant plus que les technologies avancent très vite.
La compétitivité des biens échangeables français ne passe pas forcément par la suppression du SMIC, ni par une grande flexibilité du marché du travail et  plus de précarité, mais par une meilleure spécialisation et une montée en gamme au niveau des produits et de la qualité. L’ouvrier français ne pourra jamais être en concurrence avec l’ouvrier chinois ou marocain. Celui-ci peut produire la Renault low cost à Tanger et celui-là pourra produire la nouvelle voiture électrique à Cléon. Les Allemands fabriquent des véhicules à Changchun sous la marque Audi qu’ils exportent dans les pays en développement, cela ne les empêchent pas de produire du moyen/haut de gamme en Allemagne.

II- L’échec de l’ultra-libéralisme

Le libéralisme a échoué, la question des crises financières de 2008 et 2011 ont montré les effets pervers voire dangereux de la dérégulation des marchés financiers sur l’économie réelle.
Dès le déclenchement de la crise en juillet 2011, j’ai été parmi les rares à dénoncer la cupidité des marchés et les turpitudes de certains opérateurs, j’ai parlé dans les médias internationaux
 de la dictature des marchés et les dangers d’une finance internationale dérégulée.
Ce qu’il faut penser des turbulences que connaissent les bourses internationales ?
Nous avions pu observer par le passé la déconnexion entre l’économie réelle et la finance internationale, mais en ce 1er semestre 2012, cela devient flagrant.
La plupart des pays européens sont en récession ou en croissance atone, le chômage augmente régulièrement mais les bourses flambent pour rechuter ensuite pour plusieurs raisons :

-un effet rattrapage car de nombreuses valeurs ont été massacrées sans pour autant avoir démérité au niveau de leurs fondamentaux,
-l’injection de près de 1000 Mds par la BCE dans les circuits bancaires sous forme de refinancement à un taux de 1% sur 3 ans créé des arbitrages en faveur des actions, des produits dérivés mais aussi sur les matières premières.
Cette nouvelle bulle éclatera plus tôt que l’on croit, si les économies européennes poursuivent leur descente aux enfers et s’il n’y a pas un plan de croissance. L’idée de mettre en place une banque d’investissements européenne fonctionnant avec des eurobonds dédiée uniquement à des investissements productifs est doublement avantageuse :
-ne pas créer un aléa moral en donnant un chèque en blanc aux pays qui cumulent les déficits.
-cofinancer et coproduire dans la perspective de générer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois.
L’euro zone en tant qu’entité n’est pas endettée, mais ce plan ne fonctionnera que si les investissements génèrent leurs propres ressources.
Il est possible de réindustrialiser l’Europe en se tournant vers des secteurs de haute technologie et dans les produits dédiés aux économies d’énergie. Cela va des lampes Led, aux panneaux photovoltaïques en passant par les mâts solaires, sans oublier les éoliennes, et les chaudières à bois.
En utilisant leurs produits et en changeant les comportements des consommateurs, il sera possible de diminuer de 15 % les consommations de fluides.
Le numérique, les nouvelles technologies, la robotique et la domotique, l’hyper industrie qui fait appel à l’électronique, les nano technologie, sont des secteurs à promouvoir.
Investir dans les infrastructures en s’endettant  peut être source de surendettement s’il n’y a pas une hausse de la productivité derrière.
L’Europe du Sud, dont la France, a opté pour une mauvaise spécialisation qui lui a fait perdre sa force de frappe à l’exportation.
Les Chinois peuvent concurrencer les produits français emblématiques comme le foie gras, le vin, le prêt à porter, les produits cosmétiques et autres biens de consommation mais ne sont pas encore en mesure de fabriquer de la machine-outil à commandes numériques et des biens d’équipements qui est le point fort des Allemands.
Lorsque l’on compare le modèle allemand et le modèle français, il est évoqué à l’aune des coûts salariaux, de la flexibilité du travail et des dépenses publiques. Les divergences  de spécialisation ne datent pas de ces dernières années mais depuis au moins une trentaine d’années.
A la casse de l’industrie en France, les allemands ont au contraire su maintenir une industrie lourde, diversifiée et innovante.

Il est temps que l’Europe se tourne vers une politique de croissance car dans l’équation du taux d’endettement il y a au numérateur la dette mais au numérateur le PIB. L’affaiblissement de celui-ci aggraverait ce ratio. Dans mes travaux universitaires (C.SARI, 2000) et dans mon dernier ouvrage (C.SARI, 2011), j’ai établit un bilan de 77 pays qui ont suivi les plans d’ajustements structurels imposés par le FMI. Plus de 62 d’entre eux ont connu une baisse drastique de leurs taux de croissance ou quasiment une récession. La cause en est qu’ils ont tous suivis des politiques d’austérité au lieu de stimuler la croissance.

Lorsque des pays, comme ceux de l’Union européenne s’échangent entre eux plus de 60% du leurs biens et services et appliquent simultanément des politiques sévères de réductions des déficits budgétaires, il ne peut en résulter qu’une récession généralisée.
Bien entendu il est indispensable de retrouver les points d’équilibre budgétaire mais pas sur un ou deux exercices mais le faire sur 10 ans en affichant des mesures budgétaires pluriannuelles. Aucun tabou ne doit empêcher la mise en ouvre d’une telle politique, cela va des hausses d’impôts à des réductions sélectives des dépenses publiques non productives au niveau de l’Etat mais aussi des collectivités territoriales. Soulignons que des efforts en ce sens sont déjà engagés.

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