"Les comptes fantastiques de la finance" ou comment regarder sans tabou la crise actuelle

Les « comptes » fantastiques de la finance sont une tentative de mariage entre la chronique et la peinture. La dureté de la crise actuelle est trop souvent vue de façon monocorde et elle mérite qu’on lui accorde une attention différente de celle que lui portent les économistes, toujours très pessimistes.

Le regard d’un peintre ou la mise en valeur d’une idée par la peinture, aussi peu évident soit le lien avec la chronique, apporte une décontraction bien méritée sur cette question sérieuse de la crise de la dette publique.
Les Comptes fantastiques sur la finance
proposent une première partie sous la forme d’idées toutes faites sur le monde de la finance, que nous essayons de démanteler.
Une fois cela fait, nous nous proposons de revivre ces deux années de crise de la dette publique à partir des chroniques que j’ai publiées dans la presse française, avec un souci permanent de les identifier
à un tableau, une peinture, non pas sous la forme d’une illustration mais davantage sous la forme d’une idée.
C’est ainsi que la première partie tente de faire le point sur « les mensonges » avec la contribution de Valérie Salem, peintre contemporain d’art abstrait. La seconde partie regroupe les « contes fantastiques » de la finance.
Ces « contes fantastiques » et non « comptes » tentent de montrer qu’une teinte d’humour est possible même sur un sujet sérieux, à l’image de ce qu’on peut faire outre-Atlantique.

Prenons le pari d’imaginer ce monde bien particulier de la finance internationale sous la forme d’une galerie d’art composée de deux salons, le premier salon constituant les peintures des mensonges de la finance, le second étant lui-même divisé en plusieurs sous salons bien distincts, les peintures de la crise de la régulation, les peintures de la gouvernance bancaire et financière, et les peintures de l’économie et de la mondialisation, ces sous-salons étant toujours accessibles par un couloir commun.

Vrai ou faux ?

On peut toujours emprunter auprès d’un banquier si l’on n’a pas assez d’argent, à condition d’en payer le prix…
Vrai ou faux ?
FAUX !

A une époque où plus personne n’ose sérieusement contester l’idée qu’une réelle crise financière s’abat sur l’ensemble des pays développés, et où tous les acteurs du système financier cherchent un moyen de sortir de la crise, la question de l’irresponsabilité des individus face à l’argent reste étrangement rarement posée.

En effet, ne serions-nous pas en train de subir aujourd’hui les dégâts collatéraux d’un modèle bancaire idéalisé, aux ambitions nobles à l’origine, d’une spirale interventionniste niant les individus et affaiblissant, parfois jusqu’au surendettement, l’esprit de responsabilité ? Les crises financières ayant embrasé le monde financier à un rythme à chaque fois plus soutenu ont eu au moins le mérite de mettre en évidence la chaîne des irresponsabilités qui a conduit à entretenir, dans la plupart des pays occidentaux, l’illusion d’un banquier humanitaire. « La prise de conscience est douloureuse » car l’Etat central ne s’est pas privé, via la multiplicité des règlementations financières en cascade, de distribuer toujours davantage de promesses de protection sans pouvoir les honorer.

Faire de la politique revient dans ce cadre à gérer des caprices de banquiers et de citoyens traités depuis trop longtemps comme des enfants et organisés en communautés pour profiter de l’état d’esprit d’un banquier humanitaire. Du crédit à la consommation au prêt personnel, voire même au découvert bancaire, l’Etat nous protège. Toutes ces gesticulations entretiennent l’idée que les directives financières sont en mesure de tout régler : la grande nurserie financière, c’est un système suicidaire d’infantilisation des citoyens face à leur responsabilité financière, dans un monde résolument capitaliste. C’est un refus aussi de compréhension de l’Histoire et un retranchement dans des dogmes anciens.

N’aurait-on pas oublié qu’une dette est le contraire d’une richesse et qu’il ne devrait pas être possible de dépenser plus que l’on ne gagne ?

Vrai ou faux ?

Il n’y plus d’alternative possible, tout a été essayé !
Vrai ou faux ?
FAUX !

Depuis la récente crise financière, les attentes des clients et des actionnaires des banques (stakeholders) ont bel et bien changé : en effet, le modèle « rendement conséquence du risque pris » a montré ses limites et les petits épargnants ainsi que les investisseurs institutionnels vont se focaliser davantage sur la sauvegarde de leur épargne que sur sa croissance. Ces raisons poussent à envisager un nouveau modèle bancaire qui reposerait sur la confiance et la capacité des épargnants et des investisseurs à orienter les crédits vers des projets d’investissement industriel rentables qui justifieraient un retour au mutualisme bancaire. Dans ce modèle, les banques mutualistes ou coopératives sont des banques possédées par des sociétaires qui sont la plupart du temps ses clients. C’est un régime qui provient de l’esprit coopératif initié notamment par le milieu agricole, que l’on oppose aux banques commerciales dont le capital est détenu par des actionnaires et cotées en bourse. Citons sans les énumérer les principaux axes de développement justifiant le mutualisme bancaire.

Peur, confiance et mondialisation : les gens ont malgré tout peur de la mondialisation. Ainsi, nous sommes non seulement submergés par des produits étrangers mais aussi par des capitaux étrangers. In extenso, cette liquidité des capitaux fait qu’ils peuvent craindre que leur banquier aille perdre leur argent à l’étranger, ce qui est un risque pour toute banque opérant sur plusieurs pays. Ici, il semblerait que le mutualisme bancaire, de par sa tradition locale, soit plus adapté aux attentes de régionalisation des citoyens clients…

Car si nos concitoyens (nous) veulent très souvent le beurre et l’argent du beurre ou plutôt la richesse et la bonne conscience, personne ne souhaite bien évidemment apprendre que son épargne investie dans un OPCVM est responsable de la saisie d’une maison en Californie ! Ceci plaide à nouveau pour un modèle bancaire à partir duquel les clients peuvent orienter les investissements dans des choix de proximité et réconcilie la banque avec le développement durable. De plus, ceci conforte assez bien l’esprit régionaliste souvent cité dans les attentes des clients : une institution financière disposant d’un puissant dispositif de distribution peut l’utiliser pour créer et maintenir une base de données riche en informations sur ses PME locales. D’un autre côté, les épargnants préfèrent voir que leur argent est investi dans des projets régionaux (leur région) qu’ailleurs…

Conclusion

Si les marchés financiers sont actuellement mal perçus dans une atmosphère de « cassage » de banquiers, comment convaincre les clients d’épargner ? Il faut proposer un nouveau modèle de proximité : des banques locales et des produits d’investissement fondés sur des tissus locaux d’activité via le développement durable. En effet, « votre épargne aide à maintenir l’emploi autour de vous » ! Il faut également envisager la création d’entreprises innovantes permettant de bénéficier d’aides à l’investissement en PME et dans les technologies nouvelles et la Recherche Développement. L’idée principale c’est qu’une banque mutualiste, au lieu d’appartenir à des Rockefeller en haut de forme avec cigare, est détenue par ses membres… Les produits & services financiers (collectivités locales, high tech, prêts étudiants, hypothèques, etc.) doivent garder une dimension locale et fonctionner en mode de déploiement de type franchise pour développer les économies d’échelle, mais garder cette dimension quasi tangible pour le public, la région, ce qui rassure.
C’est moins rentable que d’investir dans l’immobilier à Vegas, mais cela permettra de maintenir le caractère éthique de la finance. L’essentiel reposera alors sur la capacité à faire vivre la démocratie mutualiste participative sans qu’elle ne soit confisquée par « les initiés » ou les experts, mais aussi en promouvant le service universel bancaire, en renforçant le contrôle de certains produits financiers, produits qui pendant très longtemps ont poussé les gestionnaires à exiger des rentabilités (des retours sur Fonds Propres ou des « Returns on equity » pour les spécialistes) de 15 à 20 %.
Dans cette perspective, on pourrait même imaginer la mise en place d’un système de retraite par capitalisation, complémentaire au système de répartition cher aux Français. Mais continuons notre visite et passons au salon suivant. A l’entrée ? Il était une fois un épargnant américain qui avait tout perdu en bourse…

Cette chronique est extraite du dernier livre de Pascal de Lima : Les « comptes » fantastiques de la finance publié aux éditions « La Voix au Chat Libre » en mai 2013.

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