Etats-Unis : des consommateurs de nouveau confiants

Les performances de croissance sont confirmées au T1 2013, alors que la confiance des ménages est au plus haut depuis cinq ans.

Les performances de croissance sont confirmées au T1 2013, alors que la confiance des ménages est au plus haut depuis cinq ans. La consommation américaine ne flanche pas.

La croissance du PIB n’aura été que marginalement révisée, à +2,4 % au T1 (rythme trimestriel annualisé) contre +2,5 % en première estimation. L’essentiel des révisions se retrouve dans les contributions des stocks (+0,7 point, contre +1,1 en première estimation) et du commerce extérieur (-0,2 point contre -0,5 en première estimation). Le tableau général reste donc inchangé, avec une croissance décevante des dépenses des entreprises, un nouveau recul marqué des dépenses publiques et une très forte contribution des ménages, aussi bien au travers de leur consommation (en hausse de +3,4 %) que de l’investissement résidentiel (+12,6 %). Le total des dépenses des ménages a ainsi apporté 2,7 points à la croissance de l’activité au premier trimestre 2013.

Ce dynamisme des dépenses des ménages a pu surprendre, eu égard à une charge fiscale augmentée. Au 1er janvier, le taux de cotisation salariale ainsi que le taux d’imposition sur le revenu des ménages les plus aisés ont, en effet, été augmentés. Mais ces hausses ont été compensées par une solide croissance des revenus avant impôts. Ainsi, les revenus salariaux nets n’ont que marginalement reculé, grâce au dynamisme retrouvé des créations d’emplois.

Le rapport emploi pour le mois de mai sera publié la semaine prochaine, et il sera possible d’être un peu plus précis sur la tendance du deuxième trimestre. Sur le seul mois d’avril, les données de consommation sont plutôt encourageantes. Les ménages ont vu leur revenu disponible réel progresser de 0,1% m/m leur permettant d’accroître leurs dépenses réelles de consommation dans les mêmes proportions (soit +3,3 % en rythme annualisé sur trois mois) tout en augmentant légèrement leur taux d’épargne (à 2,5 %). La consommation, principale composante de la demande américaine, semble ainsi se maintenir, le dynamisme retrouvé sur le marché du travail soutenant aussi bien le revenu que la confiance.

En effet, l’indice du Conference Board indique que la confiance des ménages a atteint en mai son niveau le plus élevé en cinq ans. L’ensemble des composantes de l’indice est bien orienté, les indicateurs relatifs au marché du travail et aux revenus étant particulièrement encourageants. Les raisons d'être optimiste sont nombreuses. Le marché du travail est bien orienté, comme la richesse des ménages, avec une progression des indices actions et des prix de l’immobilier. En mars, ces derniers ont augmenté de 10,9 % en glissement sur un an (selon l’indice S&P/Case-Shiller couvrant les vingt principales agglomérations du pays), soit le rythme le plus rapide depuis sept ans.

La vigueur retrouvée du marché de l’immobilier lève un frein à la croissance. Tout d'abord, l'immobilier demeure l'élément principal du patrimoine des ménages. En 2012, ces actifs représentaient 22 % du total des actifs des ménages (27 % de leur richesse nette), et 14 % lorsqu’on retient la mesure nette des encours de prêts hypothécaires.
Deuxièmement, comme les prix de l'immobilier augmentent, on assiste à une diminution du nombre de ménages "under-water" (c'est-à-dire dont la dette hypothécaire est plus élevée que la valeur de marché du bien immobilier à laquelle elle est adossée – on parle aussi de negative equity).

Dans la mesure où la récession de 2008-09 et la crise financière ont été déclenchées par l'éclatement de la bulle immobilière américaine, l'augmentation des prix de l'immobilier pourrait être considérée comme une menace. Mais les actuels taux de croissance des prix sont impressionnants aussi parce que les prix se sont préalablement effondrés. Les prix ont atteint leur point bas en mars 2012, en baisse de 35 % par rapport à leur point haut. L'augmentation récente conduit ainsi les prix à retrouver leurs niveaux de l'été 2010. Par ailleurs, cette hausse n'est pas alimentée par une croissance de la dette, bien au contraire : la dette hypothécaire est en baisse constante depuis son point haut du début de 2008, de 11 % à la fin 2012. De plus, les prix de l’immobilier ne sont pas tirés par la demande mais par une pénurie de l’offre. Cette progression de l’immobilier est l’une des illustrations de l’efficacité de la politique très agressive menée par la Fed. En achetant des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS), la Fed a ainsi permis d’abaisser substantiellement les taux hypothécaires, soutenant la demande.

Ces dernières semaines, les taux d’intérêt, que ce soit sur les Treasuries ou sur les MBS, se sont tendus, en réponse à des anticipations d’une politique moins souple de la part de la Fed. En effet, un certain nombre de membres de la Fed se sont dits prêts à freiner le rythme des achats mensuels d’actifs au titre de QE3 (la troisième vague d’assouplissement quantitatif), si les données confirmaient le rebond des créations d’emplois. Les données couvrant les premiers mois de 2013 sont, en effet, rassurantes quant au rythme de croissance de l’activité et de l’emploi, et l’économie américaine n’a peut-être plus besoin de bénéficier chaque mois d’une telle dose additionnelle de stimulus monétaire.

Au cours des prochaines semaines, les membres de la Fed vont ainsi très certainement continuer à exposer aussi pédagogiquement que possible leur politique. Il s’agira d’éviter une remontée trop violente des rendements obligataires, qui interviendraient alors que l’inflation ralentit. Le déflateur de la consommation privée a une fois de plus reculé en avril, conduisant à un ralentissement violent de son glissement annuel à 0,7 %. Hors énergie et alimentaire, il progresse un peu plus rapidement, à +1,1 %, mais certainement pas assez rapidement pour ne pas susciter la prudence de la Fed.

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