Linky, surveillance ou intelligence ?

Fin août ont été dévoilés les résultats de l’appel d’offres ERDF pour la fabrication des compteurs communicants Linky. Bientôt réalité, ces boitiers nouvelle génération suscitent de nombreuses interrogations.

Si leur utilité est encore peu connue du grand public, ces compteurs ne manquent pourtant pas de soulever des critiques quant à leur mode de fonctionnement. Quand certains voient dans Linky un pas de plus vers une société Orwellienne, d’autres préfèrent y voir un progrès technologique aux retombées environnementales nécessaires.

Linky au service de l’efficacité énergétique

Fer de lance de la transition énergétique souhaitée par le gouvernement, les compteurs Linky sont sur les rails et 35 millions de boitiers devront être installés dans nos foyers d’ici 2021. Pour l’heure, la première vague de production est lancée avec un déploiement prévu à partir de la mi-2015. Un calendrier qui coïncide avec la volonté de la ministre de l’Écologie Ségolène Royal de faire voter « le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte » avant la fin d’année. Un nom à rallonge mais qui porte de grandes ambitions tant sur le plan écologique puisque ce projet aspire à lutter contre les conséquences néfastes du dérèglement climatique et réduire la facture énergétique de la France (près de 70 milliards d’euros), qu’économique avec un potentiel de création de 100 000 emplois d’après la ministre.
Et le rôle de Linky dans toute cette avalanche de bonnes intentions ? Le boitier vert est censé transformer chaque foyer en un acteur de la transition énergétique à part entière. Communicant, Linky doit permettre d’envoyer et recevoir des données en se passant d’intervention physique. Les informations enregistrées vont également donner une meilleure lisibilité sur la consommation d’électricité des ménages et ainsi leur donner l’opportunité de la maitriser, puis par ricochet de la faire baisser. Adieu facture estimée, on devrait dorénavant payer ce que l’on consomme.
Sur la papier, le principe de Linky a de quoi remporter tous les suffrages. Réduire la facture d’électricité, redonner du pouvoir d’achat, instaurer de nouvelles habitudes éco-responsables, sont autant d’arguments auxquels on peut facilement adhérer. C’est sur le principe que ça commence à tiquer. Le ramassage de données personnelles opéré par ces compteurs communicants inquiète et interpelle sur leur utilisation. À l’heure où la confidentialité de nos informations n’a jamais fait autant débat, certains s’empressent pour pointer du doigt ces nouvelles installations et crier au non respect de la vie privée.

ERDF, gestionnaire de données ?

De fournisseur d’énergie, ERDF devient donc gestionnaire de données, un nouveau statut que la filiale d’EDF va devoir apprendre à assurer en préservant ses clients de toute dérive. « Imaginez que les compteurs Linky fournissent toutes les 10 min de nouvelles données. Nous ne pourrons donc plus gérer les données comme nous le faisons aujourd'hui. La sécurité complète des données de nos clients est prioritaire », indiquait Philippe Monloubou, Président du Directoire d’ERDF. Une sécurité qui semble donc prioritaire pour le groupe et des propos qui répondent directement aux craintes formulées par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en 2013 : « Linky n’est pas sans risque au regard de la vie privée, tant au regard du nombre et du niveau de détail des données qu’ils permettent de collecter, que des problématiques qu’ils soulèvent en termes de sécurité et de confidentialité de ces données ».

L’ombre de Big Brother plane donc sur Linky

Un travail de communication d’ERDF doit être fait pour rassurer les Français sur cette nouveauté dans leur quotidien. Pour Michèle Bellon, l’ancienne Présidente du Directoire d’ERDF, ce débat relèverait davantage d’une peur par ignorance que de craintes véritablement justifiées puisqu’il sera « impossible de savoir quand les gens prennent leur douche » car « le ballon d’eau chaude chauffe pendant la nuit ». Un exemple anecdotique mais symptomatique de fantasmes récurrents chez les détracteurs du boitier intelligent.
Heures de présence, nombres d’appareils ménagers utilisés, temps passé devant la télé, etc., toutes ces informations nourrissent la paranoïa collective. Leur divulgation à des fins commerciales relèvent pourtant de la fiction. Encadré par la CNIL, ERDF n’aura en effet accès « qu’à la consommation totale des foyers et cette dernière ne sera en rien détaillée au détail pièce par pièce ou par appareil ». 
De plus, les données récoltées resteront la propriété du client et leur utilisation en dehors du contrat ERDF ne pourrait se faire sans leur accord. Enfin, la CRE (Commission de Régulation de l'énergie) veille à ce que le groupe respecte un code de bonnes conduites.

3 millions de compteurs Linky devraient prochainement trouver le chemin de nos maisons

Si la méthode est discutable sur la forme, ces nouveaux appareils n’ont qu’une seule vocation : aider les consommateurs à mieux appréhender leur consommation d’énergie et impacter positivement notre quotidien et le devenir de notre planète. Une prise de conscience de nos comportements énergivores, couplée au développement des énergies renouvelables peut permettre à la France d’atteindre ses objectifs fixés en matière de transition énergétique. Surveillance ? Peut-être, mais le consommateur reste seul maitre à bord. Intelligence ? Assurément. L’intelligence de mettre le progrès technologique au service de l’amélioration de la qualité de notre mode de vie. 

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