L'inactivité physique est la 1ère cause de mortalité évitable

L'Etat pourrait économiser 500 millions d'euros par an, dans le cas où seul 5 % des personnes "sédentaires" se mettraient à une pratique sportive hebdomadaire.

Alors que les bienfaits de l'activité physique sur la santé sont désormais parfaitement connus de tous, près de 6 Européens sur 10 pratiquent rarement, voire jamais, une activité physique ou sportive.
Une situation qui pèse sur la santé des individus mais aussi sur l'économie. Pour preuve, le Conseil National des Activités Physiques et Sportives (CNAPS) démontre que l'Etat pourrait économiser 500 millions d'euros par an, dans le cas où seul 5 % des personnes "sédentaires" se mettraient à une pratique sportive hebdomadaire.
Cette publication inédite fait un état des lieux du "sport/santé" en Europe en présentant un panorama des politiques mises en œuvre pour promouvoir la pratique d'une activité physique, les mesures incitatives développées en Europe et plusieurs initiatives dans ce domaine.
Aujourd’hui le sport occupe une place non négligeable en France, alors que 28,5 millions de Français déclarent pratiquer une activité sportive au moins une fois par mois, parmi lesquels 22,5 millions (44 %) une fois par semaine [1].
Pourtant les impacts économiques et sociaux de la filière « Sport » sont encore mal appréhendés dans leurs différentes composantes.
A la demande du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), représentant l’ensemble du mouvement sportif national, nous avons tenté d’en chiffrer plusieurs éléments essentiels : l’impact économique direct, complété par les économies réalisées grâce à l’utilisation intensive du bénévolat et enfin celles potentielles réalisables grâce au sport dans le domaine du bien-être et de la santé.

Analyse d’impact économique

Trois dimensions semblent essentielles à considérer pour appréhender l’impact direct et indirect du poids économique du sport en France.
  • L’ensemble des dépenses réalisées par l’ensemble des acteurs privés et publics;
  • Le nombre d’emplois salariés directs concernés;
  • Les contributions sociales et fiscales perçues sur la filière ;

La dépense sportive française annuelle s’élève à 35 milliard d’euros, ce qui représente environ 1,8 % du PIB

Les ménages, consacrant 1,5 % de leur budget au sport, contribuent à près de 50 % de la dépense sportive nationale et 90 % de la dépense sportive privée pour l’achat d’équipements nécessaires à la pratique sportive ou de services liés au sport (licences, inscriptions, billets de match…).
La dépense des entreprises s’élève à 2,8 milliards d’euros en 2013, se limitant à deux postes : le parrainage sportif (1,6 milliards d’euros [2]) et l’achat des droits de diffusion des évènements sportifs (1,2 milliards d’euros) [3].
Dans l’ensemble, la dépense sportive des acteurs privés s’élève donc à 19,7 milliards d’euros, soit 56 % de la dépense sportive nationale totale et environ 1 % du PIB de la France.
La dépense sportive publique est estimée à 15,2 milliards en 2013, soit 44 % de la dépense sportive totale, dont les deux-tiers sont portées par les collectivités locales, majoritairement au niveau des communes. 3,8 milliards d’euros viennent du Ministère de l’Education Nationale et du Ministère de l’Enseignement Supérieur et servent à rémunérer les professeurs d’Education Physique et Sportive de l’enseignement secondaire et supérieur public et privé sous contrat [4].

La filière sport mobilise près de 350 000 salariés pour un volume de travail d’environ 275 000 ETP à fin 2013

La fonction publique concentre 115 000 ETP, soit environ 40 % du volume de travail total. Elle comprend à la fois des employés de la fonction publique territoriale (FPT), pour 70 000 et de la fonction publique d’Etat (FPE), pour 65 000, dont 45 000 enseignants.
Le secteur privé mobilise de son côté 160 000 ETP, principalement au sein du mouvement sportif (105 000) et chez les distributeurs spécialisés (45 000) [5].

Près de 7 à 8 Md€ de recettes indirectes sont également générées par le sport

La TVA générée par l’ensemble des consommations de sport se situe entre 3,5 et 4 milliards d’euros.
Le poids du reste de la fiscalité directe et indirecte est beaucoup plus limité avec moins de 500 M€ toutes taxes confondues. Le deuxième levier principal de contribution du sport aux finances publiques est celui des charges sociales payées sur les salaires des emplois du secteur évaluées entre 3,5 et 4 milliards d’euros en 2013.

Valorisation économique du bénévolat

Le sport est le premier domaine d’engagement bénévole en France, avec près d’un tiers des bénévoles (39 % des hommes et 26 % des femmes) [6]. Il concentre entre 4 et 7 millions de participations bénévoles par an, pour un volume de travail autour de 300 000 ETP.
D’un point de vue économique, nous valorisons cet engagement entre 7,5 milliards et 11 milliards d’euros (SMI ou salaire moyen du secteur), ce qui constitue une économie annuelle d’autant pour les associations sportives.

Impact sur le bien-être et les dépenses de santé

Les études sur le sport et la santé faites depuis plusieurs années par des chercheurs français ou étrangers se rejoignent sur le fait qu’une pratique sportive régulière et appropriée a des effets positifs mesurables sur la santé des individus. Ils peuvent notamment être évalués en termes d’économies potentielles sur les dépenses de santé, conduisant rapidement à des chiffrages importants tant les bénéfices sont tangibles et s’appliquent à des proportions larges de la population, que ce soient en matière de prévention de la sédentarité, de traitements médicamenteux, d’arrêt maladie ou même d’amélioration de la productivité.

Prévention de la sédentarité et éducation

Aujourd’hui, environ 30 millions de Français n’ont pas une activité sportive suffisante, qui permet de brûler 1 000 à 1 700 kcal par semaine, soit 2 à 3 fois par semaine de sport peu intensif ou une marche rapide quotidienne d’environ 30min ; parmi eux près de 6 millions sont même considérés comme totalement sédentaires [7].
Il est pourtant largement convenu qu’une pratique régulière et appropriée du sport a des effets positifs sur la santé : une étude prospective, publiée en 2007, portant sur 250 000 sujets montre qu’une pratique d’APS d’intensité modérée s’accompagne d’une réduction du risque de mortalité de l’ordre de 30 % [8].
La consolidation des différentes études sur le sujet [9] nous permet d’estimer que chaque personne pratiquant une activité physique et sportive, de manière régulière et appropriée, permettrait une économie directe sur les dépenses de santé comprise entre 65 et 250 € par an.

Réduction des dépenses de santé

De façon plus spécifique, certaines pathologies sont très sensibles à la pratique sportive, comme la dépression, l’obésité ou le diabète de type 2 : elle permet alors de réduire de façon non négligeable les dépenses de santé nécessaires à leur traitement et d’en limiter les risques de complication ou de rechute [10].
En combinant les effets sur la prévention et sur les dépenses de soins, nous estimons que le développement de la pratique sportive permettrait de réaliser jusqu’à 5 milliards d’euros d’économies à moyen/long terme sur les coûts de traitement des maladies chroniques.
La prescription du sport en plus de médicaments par les médecins et le remboursement par la Sécurité Sociale est d’ailleurs une idée qui fait son chemin, sous l’impulsion de l’Inserm et de l’Académie national de Médecine. Le principe est testé depuis plus d’un an à Strasbourg dans le cadre du programme « Sport sur ordonnance » à destination des patients atteints de maladies chroniques.

Amélioration de la productivité et baisse de l’absentéisme

L’absentéisme représente un coût important pour la collectivité, de 16 milliards d’euros en 2012 : 9 milliards d’euros pour la sécurité sociale et 7 milliards d’euros pour le privé [11].
Une expérience en Australie de mise en place d’un kit d’activité en entreprise a permis de le faire baisser de plus de 30 % les arrêts maladie, soit une économie potentielle de 4,8 milliards d’euros par an en France par extrapolation [12].
Une étude néerlandaise a même mis en évidence qu’en 2 ans une entreprise pouvait rentabiliser les investissements faits : ainsi, la mise en place d’un programme de développement de la pratique sportive en entreprise d’un coût de 430 € par personne et par an a permis après 2 ans, un gain sur les congés maladie de 635€ par an, soit de plus de 200 euros d’économie annuelle par personne concernée [13].
Le sport permet notamment de lutter contre les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) responsables de 10,4 millions de journées de travail perdues en 2011, pour un coût supérieur à 1 milliards d’euros pour la Sécurité Sociale (première cause de maladie professionnelle) [14] ou encore sur le stress qui serait responsable de 50 % de l’absentéisme [15].
Le développement de la pratique sportive aurait également un effet direct sur la productivité des salariés de l’entreprise de 30% à 50% selon les études. D’où un enjeu crucial autour du sport en entreprise, bon pour la santé des employés, mais également pour les finances des organismes publics et privés en charge des dépenses maladies et pour les entreprises qui pourraient améliorer la productivité et voir diminuer l’absentéisme de leurs employés en favorisant une pratique sportive plus assidue.


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[1] Enquête Kantar Sport en ligne, 28 janvier au 3 février 2013 sur un échantillon représentatif de la population française de plus de 1000 personnes de 15 ans et plus (méthode des quotas- sexe, age, CSP, région).
[2] Estimation réalisée sur la base des chiffres publiés dans l’étude « Changing the game », PwC 2012.
[3] Etude CSA 2013.
[4] Chiffrage réalisé sur la base des estimations du compte du sport du Ministère de l’Education Nationale, données 2010.
[5] INSEE et Le Paysage associatif français, V. Tchernonog, édition 2013.
[6] Enquête KantarSport dont le terrain a été réalisé « online » du 11 au 18 décembre 2013 auprès d’un échantillon  de 1000 personnes de 15 à 65 ans représentatif de la population française (sexe, âge, CSP, région).
[7] Stat-info Ministère de la Jeunesse des Sports et de la Vie associative, décembre 2010.
[8] Les activités physiques et sportives — la santé —la société, Académie National de Médecine, 2012.
[9] INSERM 2008, CNAPS 2008 ou encore « Retrouver sa liberté de mouvement » PNAPS, Jean François Toussaint, 2008.
[10] Les effets de l’activité physique sur les dépenses de santé, Jurisport 122 – juillet-aout 2012,  par Jean Luc Saladin (compilation des études existant sur le sujet).
[11] Alma Consulting Group, 2013.
[12] Les effets de l’activité physique sur les dépenses de santé, Jurisport 122 – juillet-aout 2012,  par Jean Luc Saladin (compilation des études existant sur le sujet).
[13] Rapport du CNPAS 2008, « Impact des activités physiques et sportives sur les dépenses de santé
[14] Alma Consulting Group, baromètre de l’absentéisme 2012.
[15] Retrouver sa liberté de mouvement, PNAPS, Jean-François Toussaint, Ministère de la santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, 2008.

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