Petit manifeste pour une économie du partage digne de ce nom

Que partage-t-on dans l’économie du partage ? Ma vieille machine à laver ? Non : le vrai partage, c’est celui qui crée ! Et si vous, hommes du digital, en étiez les catalyseurs ?

L’économie du partage, telle qu’on nous en parle, c’est partager son ordinateur, son logement, sa voiture. Sa particularité, c’est la plate-forme qui sert de marché électronique. Celui qui la possède s’enrichit vite et bien. Car, elle coûte peu et Internet favorise le monopole. Cela fait trouver des vertus à l’économie du partage. Mais nous, qui ne serons jamais milliardaires, devons-nous nous en réjouir ?

Avis de changement violent ?

Imaginons que l’on partage nos voitures. Cela pourrait réduire un peu (beaucoup ?) la demande d’automobiles neuves. Or, comme toute industrie fonctionne aux limites de l’équilibre, et même en surcapacité pour l’auto, une petite baisse peut la mettre en grosse difficulté. Donc créer une grosse crise. Et faire plonger l'économie dans un cercle vicieux, car tout est lié. Tous chômeurs ? Et plus d’industrie ? Ses compétences perdues ?

Et si l’économie du partage avait pour conséquence qu’il n’y ait plus rien à partager ?

L’Allemagne organise la résistance

Les économistes américains parlent de « stagnation séculaire ». Notre modèle actuel de développement réduit à l’indigence ceux qui ne peuvent pas entrer dans son moule, étroit. Pas d’emploi correct pour celui qui n’est pas un digital surdiplômé. Le retour des Misérables ?

Les entreprises traditionnelles semblent en être convaincues. Du moins si l’on en croit The Economist. Pourquoi investir si le marché se paupérise ? Elles sont paralysées. Voilà comment elles créent ce qu’elles redoutent. Les très puissants groupes allemands organiseraient même la résistance au numérique. Leur lobbying ferait envisager à l’Europe un démantèlement de Google.

Vont-ils tuer, dans l’œuf, l’économie du partage ?

Le vrai partage, c’est celui qui crée !

Jean-Louis Ermine, spécialiste de gestion des connaissances, dit quelque-chose de surprenant. Pour augmenter ses connaissances, il faut les partager. Ce n'est pas la connaissance qui est le pouvoir, mais l'information. L'information se perd lorsqu'on la donne. C'est le contraire pour la connaissance.

L’économie du partage telle que nous l’entendons aujourd’hui vient d’une idée fausse : le monde est fermé, fini ! On ne peut partager que l’existant. C’est ridicule. L’homme a la capacité de transformer une expérience en une connaissance. C’est cette production de connaissances qui est à l’origine du développement humain. Et chaque homme a une capacité de création spécifique. La créativité est le propre de l’homme, et elle produit une croissance durable ! (Si elle évite de fabriquer des déchets toxiques !)

Or, que la société nous mette au chômage, ou nous fasse entrer dans un carcan de normes, elle semble s’évertuer à vouloir tuer la poule aux œufs d’or. Je propose donc une nouvelle ambition à l’économie (numérique) du partage :

Comme un entraîneur qui révèle le talent du champion, le numérique doit être le catalyseur du talent humain. L’économie du partage doit être celle du génie humain !
Homme du digital, au boulot !

  • Compléments : Les articles que je cite : The Economist, Mammon’s Manichean turn, 31 janvier 2015 (la dépression de l’entreprise) ; The Economist, Closing the circle, 6 septembre 2014 (l’Allemagne s’oppose au numérique).
  • En ce qui concerne la « stagnation séculaire », wikipedia en parle à l’article « stagnation économique ». Le wikipedia anglais est un peu plus disert sur la question…
  • Jean-Louis Ermine est professeur à l’Ecole de Management de l’Institut Mines-Télécom.
  • Contrairement à ce que l’on pense, le rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance, n’en voulait pas à la croissance, en tant que telle. Voici ce que dit Dennis Meadows, un de ses rédacteurs : « Il faut (distinguer) la croissance quantitative et la croissance qualitative. Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement. » (LE LOET, Karine, Dennis Meadows : « Nous n’avons pas mis fin à la croissance, la nature va s’en charger », Terraeco, 29 mai 2012.)

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