Santé connectée : la nouvelle relation à construire avec le patient 2.0

En 2014, le marché numérique de la santé était évalué à 2,7 milliards d’euros. Un marché très dynamique grâce au boom de la santé connectée et à la multiplication d’objets et d’applications. Avec ce virage numérique qui bouleverse leurs métiers et redistribue les rôles, les soignants doivent évoluer et s’adapter.

Les patients 2.0 sont de plus en plus reconnus comme experts, acteurs de leur propre santé. Ils ne veulent plus être objets de soins et apportent aujourd’hui leur expertise de la maladie. L’intérêt pour le quantified self, ou la possibilité de mesurer soi-même son état de santé, se développe aussi via la multiplication d’applis et d’objets connectés : auto-tensiomètres, calculateurs de constantes, glucomètres, etc. Le patient de demain aura accès en temps réel à toutes les données le concernant, aux informations sur les délais d’attente pour un examen, une opération, sur la manière de prendre soin de lui au quotidien.

 

Ce nouveau pouvoir du patient informé et exigeant modifiera aussi la relation avec le soignant. L'un et l'autre s'engagent dans une relation collaborative et non plus dans un rapport de “force” entre un “patient ignorant” et un “soignant sachant”. L’interaction sera constante et devra intégrer les nouveaux outils. Les soignants ont appris, depuis bien longtemps, à utiliser le téléphone pour échanger avec douceur et clarté avec les malades, leurs proches. Ils devront, demain, le faire en échangeant par vidéo, SMS, etc.

 

Les nouveaux pouvoirs de ce patient autonome nécessitent un véritable coaching thérapeutique. C’est le rôle des professionnels de santé, de ceux du médico-social, mais aussi de l’État, des fabricants, etc. Il doit être informé de ses droits, formé aux nouvelles technologies et préservé des risques d’hyperconnexion et de perdition dans la masse d’informations disponible.

 

Entre partage des informations et respect des données, l’équilibre reste encore à trouver. Malgré les dégâts de la non-observance thérapeutique[1], le patient reste maître de lui-même. Il a le droit de ne pas se soigner, de refuser les traitements. Encore faut-il qu’il soit bien informé. Le système doit être encadré et régulé pour éviter les dérives et l’émergence de conseils pseudo médicaux délivrés sans véritable contrôle des autorités de santé.

 

La digitalisation rendra les interactions entre le patient et le soignant plus fréquentes et permettra aussi d’améliorer l’observance thérapeutique, c’est-à-dire le fait de prendre correctement un traitement prescrit : grâce au rappel de prise de médicaments, à un soutien psychologique, à une aide à la prise de conscience de l’importance d’un traitement à distance et à la demande, etc.

Malgré ces nouveaux (super) pouvoirs, le patient aura toujours besoin d’aide et de conseils éclairés pour prendre soin de lui et faire les bons choix. Cette nouvelle relation, est un des enjeux majeurs du monde de la santé. Sans l’ombre d’un doute, les "super soignants" d'aujourd'hui et de demain seront y répondre avec passion et conviction !


[1] Selon l’OMS, la non-observance thérapeutique concerne près de 50 % des malades touchés par le VIH, le cancer, les maladies psychiatriques.

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