Les banques ont-elles raté le virage du digital ?

Le secteur bancaire, qui a connu plusieurs crises au cours de ces dernières années et subi de nombreuses transformations, ne sera pas épargné par la révolution digitale qui devrait l’inciter à repenser son modèle.

L’éclosion du digital dans le domaine bancaire résulte d’un mécontentement de la société dans son ensemble, qui a amené un changement profond des mentalités.

Depuis la crise des subprimes de 2008, la méfiance du grand public et des clients à l’égard des banques n’a cessé de croître, et les scandales successifs dans la finance n’ont rien arrangé. Cette défiance s’est traduite par une crise de confiance sévère et pour la première fois par le fait que la société a commencé à envisager un monde financier sans banques... "We need banking, not banks", commentait Bill Gates.

A ce climat délétère est venue s’ajouter la plaidoirie des gouvernements en faveur de plus de concurrence face aux banques, ce qui a favorisé l’arrivée de nouveaux entrants "digitaux".

La nouvelle réglementation : un levier de croissance

Les législateurs des pays industrialisés veulent faciliter l’arrivée des nouveaux entrants sur le marché bancaire, souhaitant amener plus de concurrence et relancer le financement de l’économie réelle.

La mise en place en France du cadre règlementaire lié à la finance participative ou l’initiative du Royaume-Uni autour des données bancaires ouvertes témoignent des efforts importants déployés par les administrations pour promouvoir la concurrence bancaire.

Aux Etats-Unis, où un cadre réglementaire a été voté il y a environ un an, les plates-formes de prêts comme LendingClub, ou d’investissement, comme Angellist, ont vu leur activité exploser. Lending Club, qui compte Google parmi ses principaux investisseurs, avait émis plus de 4 milliards de dollars de prêts à l’été 2014.

C’est dans ce contexte que les grandes opérations se sont intensifiées dans les fintech.

Les fintech : une puissante alternative

Concrètement, les fintech sont les technologies associées aux services financiers, qu’elles soient à destination des particuliers (BtoC) ou des entreprises (BtoB). Ce néologisme regroupe des firmes ou des start-ups de toutes tailles avec des projets aussi différents les uns que les autres.

L’atonie des banques en matière d’innovation, dans un secteur de plus en plus réglementé, a favorisé l’émergence des Financial Technology Company. Plus observatrices et attentives aux nouveaux besoins, elles concentrent leurs efforts sur l’amélioration de la vie des utilisateurs.

Grâce à la généralisation des technologies mobiles et au développement du cloud computing (infrastructure dans laquelle la puissance de calcul et le stockage sont gérés par des serveurs distants), les fintech attaquent depuis quelques années la quasi-totalité des segments du marché des services financiers.

Dans le domaine des moyens de paiement, la société américaine Square apporte une solution de paiement pour les PME et TPE permettant à de petites entreprises non équipées d’accéder à une solution de paiement via le téléphone mobile.

Sur le marché du crédit aux PME, certains acteurs comme Intuit, OnDeck ou encore Kabbage ont repensé la manière de faire du crédit, notamment en inventant de nouveaux modèles de scoring.

Autre secteur fortement bousculé, le crédit aux particuliers dont l’assèchement (ou credit crunch) a permis l’émergence de plateformes de finance participative : Lending Club, la plate-forme française de prêts entre particuliers ou Kickstarter société américaine de financement participatif, attestent de l’engouement des populations pour cette forme de financement.

Même le secteur de la banque privée est concerné, via le conseil et la gestion d’actifs. Le succès d’offres comme celles de Personal Capital ou de Wealthfront confirment que les particuliers fortunés sont prêts à confier leur argent à des acteurs non bancaires.

Toutes ces entreprises ont un point commun : la volonté de bousculer le secteur bancaire et financier à coup d’innovations technologiques ou d’usage.

Mieux encore, elles transforment profondément le secteur en rendant désuet le rôle d’intermédiaires joué historiquement par les banques, le web étant par essence une "machine à désintermédier".

Les banques bousculées…Quelle stratégie de riposte ?

La transformation digitale associée à la mise en œuvre des principes de l’économie collaborative constituent un défi redoutable pour les acteurs traditionnels de la finance.

Une chose est sûre : nous sommes en présence d’une "innovation de rupture". "La technologie permet des ratios d’efficacité nettement supérieurs à ce que l’on pouvait observer jusqu’à présent" assure Ronan le Moal, directeur du crédit mutuel Arkéa.

Avec l’apparition des fintech, la principale menace vient pour les banques de la pression exercée sur les marges, suivie de la perte de parts de marché et de la menace croissante pesant sur la sécurité des données.

D’un autre côté, les jeunes sociétés qui se lancent dans les services financiers ont habituellement besoin d’un statut (institut de paiement, de crédit,...) qu’il est difficile d’obtenir au départ. Elles vont donc s’appuyer sur les banques traditionnelles, qui délivrent ces statuts contre une commission.

Plus généralement, on constate que les faiblesses identifiées chez les fintech sont, pour la plupart, des facteurs de force pour les banques (gestion des risques, fonds de commerce, etc...) et inversement (esprit d’innovation, time to market...).

Ce qui amène à la question suivante : la coopération entre banques et FinTech n’est-elle pas mutuellement profitable ?

Comme dans la théorie économique des avantages comparatifs de David Ricardo, chacun doit apporter à l’autre ce qu’il sait le mieux faire, les deux acteurs tirant mutuellement profit de cette coopération.

Ainsi, la combinaison des avantages compétitifs propres aux deux modèles, doit les conduire à coopérer, plutôt qu’à s’affronter.

Les bénéfices de cette coopération sont d’autant accrus par les menaces que les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) font peser sur les banques.

La plupart des banques de détails, qui ont d’ailleurs augmenté leurs dépenses en matière d’innovation, reconnaissent que les start-up pourraient leur permettre de développer de nouveaux services.

Ainsi l’on voit s'amorcer aujourd’hui deux formes principales de coopérations : l’établissement de partenariats opérationnels et commerciaux entre banques et start-ups et par ailleurs l’investissement dans les start-ups dans une logique de Corporate Venture.

Pour illustrer ce propos, et ne citer qu’eux : la BPCE a créé S-Money afin de se positionner rapidement sur le créneau de l’offre de service de paiement aux marketplaces ; le Crédit Mutuel CIC a créé "Fivory" pour proposer à sa clientèle de commerçants un wallet, bouquet de services couplés au paiement, de fidélisation de leurs propres clients ; ou encore le Crédit Mutuel Arkéa qui a déboursé plus de 50 millions d'euros pour racheter 86% de la start-up Leetchi, spécialiste du paiement en ligne.

Ces rapprochements contribuent à l’émergence d’écosystèmes nouveaux, souvent favorisés par les pouvoirs publics, lesquels voient à travers eux un facteur de développement économique.

Les banques vont désormais devoir s’habituer à un changement dans le rapport de force avec le consommateur.

Dans ce contexte on voit apparaître de nouveaux acteurs très innovants qui utilisent la technologie pour casser les codes et bénéficient par la même occasion d’une belle carte à jouer.

Certes cela ne veut pas dire que la banque traditionnelle n’a plus d’avenir, mais elle va devoir se réinventer énergiquement et être actrice de son propre changement, si elle veut bien négocier le virage digital.

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