Entrepreneurs, VC, startupeurs, attention : Ponzi est de retour !

Le modèle de certaines start-up aux valorisations énormes se rapproche d'un schéma de Ponzi.

Qui ne s’est pas un jour demandé comment une entreprise qui n’a jamais démontré la viabilité de son modèle peut être valorisée des dizaines de milliards de dollars ou d’euros. Non pas qu’elle ne les valle pas, ce n’est pas le débat, mais qu’au moins, qu'on puisse distinguer, dans un même secteur, la valorisation d’une entreprise qui n’a jamais engrangé le moindre bénéfice opérationnel d’une entreprise qui dégage des résultats et qui, parfois, est assise sur une trésorerie digne du PIB d’un pays développé. La faute à qui ? La faute à Ponzi. Celui-là même qui, au début des années 20, sur la côte Est américaine, a mis en place le schéma qui porte son nom. A l'époque, le principe est simple : promettre à l’investisseur un intérêt de 50% en 45 jours et de 100% en 90 jours, sous couvert de spéculations sur une classe d’actifs. Le fonctionnement est désormais bien connu : l’argent récolté auprès de chaque nouvel investisseur ne sert qu’à verser les intérêts promis aux plus anciens, le tout, jusqu’à ce que, par manque de nouveaux investisseurs, le système s’effondre. Si le système a duré suffisamment longtemps, au vu de l’importance des intérêts promis, les premiers investisseurs sortent largement gagnants – et peuvent alors réinvestir leurs gains -  quand les derniers y laissent tout leur investissement. Vu d'aujourd'hui, la ficelle est grosse et quand on parle de Ponzi, chacun sourit et se demande comment les investisseurs ont pu croire à de telles promesses. Car c’est bien de cela dont il s’agit : d’une promesse tellement impossible qu’elle en devient crédible. Finalement, il s’agit simplement d’un comportement d’anticipation de gains importants à venir, qui peut effacer tout jugement critique sur la manière dont, rationnellement, ce gain pourrait être obtenu.

C’est exactement ce qui est en train de se passer dans le cas particulier de l’entreprise qui prétend que son modèle deviendra rentable le jour où elle aura acquis une énorme base de clients, voire éliminée tous les autres concurrents. Les exemples récents de certaines défaillances ont montré que, malgré des exécutions parfaites, si le coût d’acquisition et de rétention d’un client ne dégage pas une marge suffisante pour permettre à l’entreprise de fonctionner sans la forcer à avoir recours en permanence à du financement additionnel, le tout dans un environnement concurrentiel, le risque d’échec l’emporte rationnellement sur l’espérance de succès.

Une rentabilité jamais questionnée

Il n’y a que dans l’internet, parce que l’actif est immatériel, que l’on peut demander à l’investisseur de remettre au pot plusieurs fois, et de préférence pour des montants astronomiques, sans que jamais la rentabilité soit questionnée. Car, sincèrement, hors monopoles d’états, combien sont les secteurs où il ne reste qu’un seul acteur ? Ou, du moins, un secteur dans lequel s’il n’y avait qu’un seul acteur, il serait rentable, mais que sans cela, la rentabilité ne soit pas possible ? Qui peut raisonnablement croire à une chose pareille ?

Dès lors qu’on pose des questions simples, les doutes apparaissent. Est-ce la faute aux entrepreneurs ? Peut-être un peu lorsqu’ils se rendent compte que la fuite en avant est la seule issue possible. Est-ce la faute aux investisseurs ? Peut-être, lorsqu’ils n’ont pour seule ambition, parfois non avouée, que de ne pas être le dernier maillon de la chaîne – dernier maillon qui se révèle souvent être le petit porteur, au moment de l’introduction en bourse… Mais surtout, la faute à l’inconscience et à la course au profit au détriment du bon sens.

Avec la participation de Frédéric Durand, fondateur et dirigeant de smartApps.

Acquisition / Rentabilité