Alain Fischer (Société Générale) "Plus de 450 API sont référencées sur notre plateforme BtoB"

A l'approche de la Nuit du Directeur Digital, le CDO de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs du groupe Société Générale fait le point sur sa stratégie.

JDN. Quel est votre projet le plus innovant mené en 2016 ?

Alain Fischer, CDO de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs du groupe Société Générale. © Société Générale

Alain Fischer. C'est un projet global qui va s'étendre sur plusieurs années. Nous avons lancé la construction d'une plateforme BtoB, SG Market. C'est un hub de services qui couvre l'ensemble de la chaîne de valeur de la banque d'investissement : le pre-trade, l'exécution, le post-trade et le financement. Dans les services de pre-trade, nous avons créé un outil, SG Market Insight, qui offre une sélection spécifique de publications et d'idées de trading. L'utilisateur peut y trouver des recommandations d'investissements, des analyses sur l'ensemble des classes d'actifs ou encore des synthèses sur un sujet spécifique. Tous ces documents sont rédigés par nos équipes de ventes et de trading mais aussi par plus de 250 économistes, stratégistes et analystes. 

Nous créons ainsi un mur de documents financiers en fonction du profil de l'utilisateur, de la même manière que le fait Amazon. Nous avons également créé SG Market Analytics, un ensemble d'instruments qui permettent de tester des stratégies et optimiser son portefeuille financier. Pour cela, nous mettons à disposition de nos clients une liste d'API, ce qui nous permet de leur proposer des offres à valeur ajoutée.  Nous sommes la première banque française à le faire ! Nous avons bien avancé puisque 450 API sont déjà référencées sur la plateforme et nous en comptons 20 nouvelles chaque semaine.  

Et le plus stratégique pour votre pôle ?

Une plateforme d'open innovation qui centralise toutes les idées des 18 000 collaborateurs de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs. A ce jour, plus de 1 300 innovations sont enregistrées sur ce site. Pour les sélectionner, nous organisons des sessions de pitch. Les porteurs de projet ont cinq minutes pour défendre leurs idées devant un jury interne. Les patrons représentent 50% des voix et les collaborateurs l'autre moitié. Les séances de pitch sont ouvertes, donc chaque personne peut donner son avis. A la fin de la session, trois idées sont sélectionnées. Celles-ci sont ensuite financées par le Digital Office, qui coordonne tous les projets innovants. Le porteur de projet est également épaulé par un profil expérience utilisateur, un profil métier et profil IT. Nous voulons  à la fois changer d'approche sur la gestion des projets et sur l'utilisation de nos briques techniques. Désormais, tous nos développements se font avec des interfaces agiles, un catalogue pour les utilisateurs et des outils pour mesurer leur utilisation.  

En quoi avez-vous transformé ce pôle de Société Générale depuis votre arrivée ?

"J'ai créé une équipe d'une dizaine de personnes dédiée à l'expérience utilisateur"

J'ai toujours été à la jonction de l'IT et du métier. C'est pourquoi je considère avoir une double casquette : un rôle de transformation des métiers de Société Générale et un rôle "très terrain" axé sur la plateforme d'exécution électronique des marchés financiers. Quand j'ai été nommé à ce poste, j'ai choisi de transformer le cœur du système en m'attaquant à ses trois niveaux : le front, le middle et le back office. J'ai créé une équipe d'une dizaine de personnes dédiée au front. Elle a pour mission d'améliorer l'expérience utilisateur de nos clients et de nos collaborateurs, sans distinction entre les deux. Pour le middle office, nous avons mis en place une couche d'API, ce qui signifie que tout ce qui est développé dans l'interface fait appel aux API. Demain, des hommes mais aussi des machines accéderont à notre interface. Il était donc indispensable de développer un catalogue de briques techniques. Même logique avec le back office. Nous sommes en train de le rendre accessible par des API. Nous l'avons déjà fait sur SG Market avec 80 services. Enfin, nous avons aussi mis l'accent sur la sécurité des API. Désormais, elles doivent toutes utiliser notre système d'authentification unique SG Connect. 

Quelle est l'importance de la data pour la Banque de Grande Clientèle et Solutions Investisseurs de Société Générale ? Comment l'utilisez-vous dans le cadre de vos projets ?

La data est au cœur de tous les métiers du groupe. Dans notre pôle, nous avons commencé par recruter un datascientist et nous venons d'embaucher le sixième… après trente entretiens ! Depuis trois ans, nous construisons un datalake centré sur le BtoB. Nous avons choisi une approche par cas d'usage pour bien sélectionner nos données, plutôt que de nous baser sur l'ensemble des données à notre disposition. Sur les trente use cases lancés, douze sont en production, une dizaine est en train de se réaliser et quatre ont été abandonnés. 

"Depuis trois ans, nous construisons un datalake centré sur le BtoB"

Par exemple, nous avons utilisé le machine learning pour l'appliquer à la gestion des KYC (Know Your Customer, un ensemble de procédures d'identification et de connaissance du client, ndlr). C'est un chantier très compliqué dans la banque d'investissement. Si un particulier souhaite ouvrir un compte, il doit fournir cinq ou six documents pour prouver son identité. Une entreprise doit en fournir entre 50 et 100 ! Quand on veut travailler avec un nouveau client grande entreprise, cela peut prendre six mois à un an. Les vendeurs n'avaient aucune notion du temps qu'un dossier pouvait leur prendre. Grâce à notre datalake, nous avons créé un algorithme qui leur permet de connaître avec une probabilité de 95% la durée de l'onboarding. Ils ont donc une meilleure visibilité sur leur planning. 

En quoi votre action a-t-elle permis à votre pôle de poursuivre sa transformation numérique en 2016 ? 

Notre action a permis d'aligner notre stratégie sur les attentes du régulateur. Il nous demande beaucoup d'éléments, ce qui est normal. L'ouverture de notre système d'information a apporté encore plus de transparence sur nos process. Dans le même temps, nous nous sommes focalisés sur les attentes de nos clients. Aujourd'hui, le consommateur particulier ou professionnel veut être de plus en plus autonome. La création d'interfaces plus intuitives et la transformation de notre système en briques et API nous a permis de mener des projets encore plus innovants et de nous rapprocher de nos clients car ils peuvent brancher directement leurs systèmes au nôtre. Cela a considérablement accéléré la digitalisation de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs. Et nous n'en sommes qu'au début.

Le JDN propose pour la troisième année consécutive le 21 juin prochain un événement destiné à récompenser les meilleurs chief digital officers de France. Pour en savoir plus : la Nuit du Directeur Digital.

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