Groupama choisit la formule digitale tous risques

Groupama choisit la formule digitale tous risques Depuis deux ans, l'assureur français lance des offres basées sur le big data et les objets connectés et multiplie les partenariats avec des acteurs innovants.

Derrière la grosse machine Orange Bank se cache un assureur : Groupama. En novembre 2016, l'opérateur télécom rachète 65% du capital de la filiale bancaire du groupe d'assurance, Groupama Banque (540 000 clients). Depuis, les équipes de l'assureur travaillent en partenariat sur le projet de banque 100% mobile de l'opérateur qui sera lancée le 6 juillet. L'offre Orange Bank sera même commercialisée sous la marque Groupama dans le réseau de distribution physique Groupama (2 000 agences) et Gan Assurances (1 000 agences), filiale du groupe. Ce projet digital ne fait pas figure d'exception chez le huitième assureur français. Depuis juillet 2015, date de la validation de son plan de transformation numérique, Groupama multiplie les initiatives. Il compte accélérer en 2017 car l'assureur a vu son résultat net baisser de 12,5% l'année dernière.

Cap sur l'assurance auto connectée

Dans le domaine de l'assurance automobile, le groupe a des parts de marché à prendre. Il est le quatrième assureur automobile en France, derrière Covéa, Macif et Axa. Groupama assure 3,8 millions de véhicules de tourisme pour un chiffre d'affaires d'1,5 milliard d'euros en 2016, en baisse de 0,2% par rapport à 2015. Pour faire mieux, l'assureur a décidé de miser sur la voiture connectée. Fin 2016, les caisses régionales Groupama Loire Bretagne et Groupama Grand Est ont lancé Groupama OnBoard, une offre qui sensibilise les jeunes conducteurs (moins de trois ans de permis et moins de 25 ans) à leur comportement au volant. "Grâce à un boîtier télématique qui se branche sur la prise diagnostic du véhicule, on peut collecter des données de conduite et sur le véhicule. On restitue le tout au client pour lui proposer des services innovants et adaptés à ses besoins", explique Meriem Riadi, CDO de Groupama depuis juillet 2016. Si la conduite est satisfaisante, l'assureur peut réduire la prime d'assurance.

"Grâce à un boîtier télématique, on peut collecter des données de conduite et sur le véhicule"

Dans l'assurance automobile, Groupama s'appuie aussi sur sa filiale Amaguiz. Cette assurance 100% en ligne a été créée en 2008 et s'est fait connaître par son offre sur-mesure, le "Pay as you drive", une assurance dont le tarif évolue au fur et à mesure des kilomètres parcourus. Ce modèle n'est pas le plus rentable du groupe puisque la marque a enregistré des pertes nettes de plusieurs dizaines de millions d'euros ces dernières années. En cause : un budget de communication très élevé. Il était principalement concentré sur les publicités avec des stars, ce qui a engendré des coûts d'acquisition de 1 000 euros le contrat (pour une valeur de 100 euros). Amaguiz a donc décidé de changer sa stratégie de communication et de s'allier avec de jeunes acteurs. En avril dernier, elle a signé un partenariat avec PayCar. Fondée en 2015 par Vincent Marty et Mike Waldma, cette start-up propose une solution de paiement pour l'achat et la vente de véhicules d'occasion entre particuliers. Grâce à Amaguiz, PayCar est beaucoup plus visible sur ce marché qui enregistre six millions de transactions par an. "Notre site est très peu connu du grand public. Quand une personne reçoit un mail de Groupama avec notre nom, ça le rassure", souligne Vincent Marty. Pour la filiale de Groupama, cette alliance est une opportunité pour garder le contact avec ses assurés. "Amaguiz, comme la plupart des assureurs, perd environ 12% de ses clients chaque année. Car très souvent, quand un assuré change son véhicule, il change d'assurance", raconte le patron de la jeune pousse. "Lorsque que quelqu'un s'inscrit sur notre plateforme, Groupama sait qu'un client a changé de véhicule. Il peut donc lui proposer une meilleure offre", ajoute-t-il. Ce premier test concernait seulement Amaguiz et ses 150 000 clients. La start-up espère étendre son partenariat avec le groupe et ses 13 millions de sociétaires et clients.

Un lab à San Francisco

PayCar n'est pas la seule start-up à collaborer avec Groupama. Depuis quelques mois, le groupe construit un écosystème en France. Dans le domaine de la data, il collabore notamment avec Dataïku, une jeune pousse qui simplifie les projets big data avec ses interfaces conviviales et ses modèles prédictifs prêts à l'emploi. Dans le domaine agricole, Groupama veut rester une référence. Il assure 65% des agriculteurs pour un chiffre d'affaire d'1 milliard d'euros en 2016 (en progression de 0,8% par rapport à 2015). Le groupe s'est notamment associé à WeFarmUp.com, une plateforme de partage de matériels agricoles, à Airinov, le spécialiste des drones agricoles ou encore à Naïo technologies, constructeur de robots agricoles…

"Nous sommes attentifs aux technologies comme la blockchain et la micro-assurance"

L'assureur tisse aussi des liens avec des lieux d'innovation. Par exemple, il est partenaire du célèbre incubateur américain Techstars, qui s'est installé à Paris dans les locaux du Partech Shaker. La première promotion de start-up fera sa rentrée en septembre 2017. Groupama compte accompagner les jeunes pousses pendant leurs treize semaines de de formation sur des expérimentations concrètes et des domaines-clés comme les objets connectés ou l'intelligence artificielle. "Nous voulons identifier les nouveaux cas d'usage pour les tester dans nos entités", explique Meriem Riadi. Début 2017, l'assureur a aussi annoncé son partenariat avec le fonds Paris-Saclay (50 millions d'euros) aux côtés d'une dizaine d'autres grands groupes français. Ce fonds vise à financer tous types de projets menés sur le plateau de Saclay. Pour le moment, aucun investissement n'a encore été communiqué.

Groupama cherche enfin des pépites à l'international. En 2016, l'assureur a lancé un lab à San Francisco en partenariat avec l'agence FaberNovel. "Nous avons une personne sur place qui est en charge de sourcer pour nous les bons partenaires et défricher des sujets en lien avec des signaux faibles qui viennent disrupter le monde de l'assurance. Nous sommes attentifs aux technologies comme la blockchain et les nouvelles manières de consommer de l'assurance comme la micro-assurance", précise Meriem Riadi. L'année 2017 devrait donc donner naissance à de nouvelles collaborations et de nouvelles offres. Avec en ligne de mire un résultat net positif.

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