R3, le consortium blockchain qui divise les banques

R3, le consortium blockchain qui divise les banques Le principal rassemblement de banques autour de la blockchain est vite devenu incontournable. Pourtant, plusieurs banques ont claqué la porte de l'organisation.

Les banques ne veulent pas louper le coche de la blockchain. Mais difficile de trouver la bonne voie quand on est novice en la matière. Pour avancer vite et bien, les institutions financières se regroupent dans des consortiums. R3 est l'un des plus importants. Créé le 15 septembre 2015 par une start-up américaine qui porte le même nom, il comptait dès son lancement neuf banques : Barclays, BBVA, Commonwealth Bank of Australia, Credit Suisse, Goldman Sachs, JP Morgan, Royal Bank of Scotland, State Street et UBS. En quelques mois, d'autres établissements ont rejoint le consortium. La Société Générale fut la première banque française à entrer dans ce cercle fin septembre 2015. BNP Paribas et Natixis ont suivi deux mois plus tard. Aujourd'hui, plus de 80 établissements financiers du monde entier mènent conjointement des travaux sur la blockchain.

"Avoir les équipes de R3 au milieu du consortium est un avantage car c'est un acteur neutre qui est là pour aiguillonner tout le monde"

Le modèle du consortium séduit les banques pour plusieurs raisons. C'est un bon moyen pour faire de la veille concurrentielle sur le sujet et de rencontrer de futurs partenaires (techniques, financiers et institutionnels). C'est aussi une façon de parvenir à des développements techniques solides. "Le CTO, Richard Brown, le lead developer Mike Hearn, et tout le reste de l'équipe de développement produisent un travail de grande qualité", assure Frédéric Dalibard, responsable du digital de la banque de grande clientèle de Natixis. R3 a notamment créé Corda, une plateforme open source qui vise à faciliter les accords financiers entre les institutions. "Il faut voir Corda comme un Androïd ou iOS du monde financier. A terme, elle permettra aux acteurs d'échanger entre eux et de déployer des applications qui communiqueront entre elles via le réseau mis en place par R3. Il faut donc continuer à faire partie de ce consortium", ajoute-t-il.

Une équipe technique expérimentée

Le responsable de Natixis apprécie aussi le fonctionnement de R3 qui s'organise autour de trois piliers. Le premier vise à explorer les prérequis du secteur financier pour implémenter la blockchain. Le deuxième est un lab qui sert à expérimenter la technologie en s'affranchissant des problématiques de sécurité. Le troisième permet de décortiquer des cas d'usage métier. L'ensemble des travaux sont animés par la start-up. "Avoir les équipes de R3 au milieu du consortium est un avantage car c'est un acteur neutre qui est là pour aiguillonner tout le monde. Cela évite d'avoir une gouvernance molle", estime Frédéric Dalibard. Avec plus de 80 membres répartis dans le monde, les réunions sont organisées par téléphone et un wiki a été mis en place pour échanger plus régulièrement. "Les autres initiatives que nous pouvons voir en dehors de R3 fonctionnent plus en silos et offrent moins une approche cohérente sur l'ensemble de notre écosystème. De notre point de vue, c'est économiquement moins efficient", poursuit-il.

"Aujourd'hui, certains participants ne savent plus ce qu'ils attendent de R3" 

Preuve que le modèle séduit, R3 a levé 107 millions d'euros en mai dernier auprès de 40 banques dont Société Générale, BNP Paribas et Natixis. Aucune d'entre-elle ne communique sur le montant individuel de leur participation mais le responsable digital de Natixis assure que la répartition était "équitable". Goldman Sachs et JP Morgan, deux membres fondateurs, n'ont pas participé à ce tour de table record. Et pour cause, avec Morgan Stanley et Santander, ils ont claqué la porte du consortium en novembre 2016. Contactés, Morgan Stanley et Santander n'ont pas souhaité commenté ce départ. Goldman Sachs nous a, quant à lui, redirigé vers un article du Wall Street Journal. La journaliste Kim Nash a reçu la même réponse que le Journal du Net de la part de R3 : "Développer des technologies de ce type requiert du dévouement et des ressources significatives. Nos membres ont tous des capacités différentes qui changent naturellement avec le temps", nous écrit-on.

Un consortium cher

L'autre argument expliquant ce départ serait le coût de participation au consortium R3. Le secret est bien gardé mais le site Fortune parle d'une cotisation de 100 000 dollars à l'année. "R3 est très cher et abuse de son statut de quasi-monopole sur le sujet. L'argent investit dessert les expérimentations métiers parce qu'on considère que le forfait R3 est autant d'argent investit dans la blockchain alors qu'une très faible partie est destiné aux cas d'usages", souligne Antoine Yeretzian, cofondateur de Blockchain Partner (ex-Blockchain France). "Si l'entreprise a de l'argent et a besoin de rassurer la hiérarchie, R3 est bien. Si l'objectif est d'avancer vite et bien à budget raisonnable, mieux vaut éviter pour le moment le consortium", ajoute-t-il.

"Il est plus simple d'aboutir à des projets dans des modèles de consortium à quatre ou cinq participants"

Autre inconvénient de R3 : les motivations des participants. Chaque institution a rejoint le consortium pour des raisons différentes. "Il y a clairement un problème entre les participants. Ils ne savent pas tous ce qu'ils font là. Aujourd'hui, certains ne savent plus ce qu'ils attendent de R3. Pourtant, il faut se mettre d'accord sur les raisons pour lesquelles vous acceptez de travailler avec vos concurrents", observe Sébastien Choukroun, spécialiste blockchain chez PwC. Dans ce contexte, difficile de prendre des décisions. Selon le spécialiste de PwC, il est plus simple d'aboutir à des projets dans des modèles de consortium à quatre ou cinq participants. De son côté, Natixis compte rester chez R3 pendant quelques temps. "On y sera moins pour des raisons de recherche mais plus pour être participant d'un réseau", explique Frédéric Dalibard. R3 et consorts ont encore de beaux jours devant eux.

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