Comment Malakoff Médéric mutualise ses compétences dans le digital

Comment Malakoff Médéric mutualise ses compétences dans le digital Le deuxième groupe de protection sociale français se réorganise pour améliorer l'expérience client et faire monter en compétences ses 5 600 salariés sur le digital et la data.

En novembre 2016, Malakoff Médéric, deuxième groupe de protection sociale français, lançait son plan stratégique m2020. Mais pour le directeur général Thomas Saunier, pas question de monter un lab, des "proof of concept" (POC) ou des projets éclairs. S'il s'agit certes de mettre l'accent sur le digital et la data, le plan porte surtout sur le changement culturel de l'entreprise. En avril dernier, une direction Innovation, digitale et data a vu le jour dotée d'un budget de 100 millions d'euros. A sa tête, David Giblas, ancien associé du cabinet Olivier Wyman, qui chapeaute une quarantaine de personnes. L'équipe n'est pas nouvelle puisqu'il existait déjà une direction de l'innovation composée d'une quinzaine de personnes en charge de la veille, des sujets prospectifs et de la R&D. Le CDO, Ivan Rignault, est en place depuis janvier 2017 et une équipe data est déjà constituée.

David Giblas, directeur innovation, digital et data de Malakoff Médéric. © Jean Chiscano

"Cette nouvelle direction est avant tout un accélérateur puisque la transformation est faite. Nous avons déjà pris le virage des services depuis quelques temps", pointe David Giblas. Le numéro 1 de la santé collective, d'après L'Argus de l'Assurance, a notamment lancé en 2015 un portefeuille de services autour de la santé (baromètre santé bien-être, coaching personnalisé, tableau de bord de santé individuel...) et de la performance (formation en ligne des risques professionnels, accompagnement de retour à l'emploi, simulateur d'absentéisme...) à destination de ses 212 000 entreprises clientes.

A quoi sont donc destinés ces 100 millions d'euros ? Tout d'abord au fonctionnement des projets internes. Au lieu d'appliquer les méthodes agiles tant prônées par les grandes entreprises, le groupe de 5 600 salariés milite plutôt pour l'allongement des projets. "Au lieu de les faire en trois mois, on va les faire en six parce que c'est le temps nécessaire pour que des personnes s'approprient de nouvelles pratiques. Sur le papier le mode agile est séduisant. Mais rejoindre une équipe qui fait de la fabrication de produits logiciels en mode agile n'est pas simple pour un collaborateur qui travaille dans une direction métier. C'est un mode de fonctionnement très différent", estime le dirigeant. Même logique pour les sprints (une période pendant laquelle un travail spécifique est mené) qui passent d'une à deux semaines.

Une montée en compétences

Le leader de la prévoyance collective en France a aussi pour ambition de faire monter en compétences les salariés. Il a notamment mis en place un cycle de conférences portant sur des sujets variés. Les deux derniers en date concernaient les smart cities et les matériaux intelligents. Un réseau d'une centaine de correspondants innovation a également été crée.  Issus de l'ensemble des directions du groupe, ils identifient les tendances et font remonter des idées qui sont ensuite sélectionnées par la direction innovation, digital et data. Une fois le filtrage effectué, la direction de David Giblas finance le MVP (minimum viable product), une technique pour tester la viabilité d'un produit dont le développement est envisagé. "Nous ne sommes pas une usine à POC. Nous préfèrons financer six mois de MVP car cela nous permet de connaître vraiment la valeur d'usage du produit ou service", explique le directeur, membre du comité exécutif du groupe.

"On reçoit 100 dossiers par mois de start-up et on en sélectionne quatre avec lesquelles on va collaborer"

Ces changements organisationnels ont pour but d'améliorer l'expérience client, nouvelle bataille des acteurs de l'assurance et la mutuelle. "Jusqu'à récemment, on avait une fâcheuse tendance à être dans un état d'esprit "produit cherche usage ou cherche client". Nous voulons inverser la tendance pour partir des usages.  C'est pourquoi, nous observons les pratiques et sommes à l'écoute des problématiques des chefs d'entreprise et des DRH", raconte David Giblas. Malakoff Médéric applique cette méthodologie dans plusieurs domaines : la prévision de l'absentéisme, la réalité virtuelle pour réduire certains troubles musculo-squelettiques ou encore l'Internet des objets pour améliorer la qualité de vie au travail. Le groupe fait même appel à des ethnologues et compte à terme en recruter.

Le mutualiste déniche aussi des idées auprès des start-up. Une trentaine travaille activement avec Malakoff Médéric. "Nous recevons environ 100 dossiers par mois et en sélectionnons quatre avec lesquelles nous collaborons sous différentes formes : prise de participation financière, élaboration de projets communs", confie David Giblas. En janvier dernier, il a investi 1 million d'euros dans Nouveal e-santé, une jeune entreprise lyonnaise qui a conçu une plateforme de suivi médical. Le groupe a aussi signé des partenariats avec des pôles de compétitivité, des incubateurs et prochainement des grandes écoles. Il prévoit également de créer un fonds d'investissement. Pour l'instant, la date et le montant ne sont pas connus.

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