SNCF, RTE, Engie : où en sont-ils dans leurs déploiements IoT ?

Ces trois groupes industriels ont décidé de se lancer à grande échelle dans l'IoT. De quelques dizaines de capteurs pour les cancres à plusieurs milliers pour les bons élèves.

Les entrepreneurs de l'Internet des objets font les yeux doux aux énergéticiens et aux géants du monde des transports, dont les infrastructures s'étalent sur tout le territoire. Signer un contrat avec Engie, SNCF ou RTE (Réseau de transport d'électricité) permet à ces jeunes pousses de faire la preuve de l'efficacité de leurs appareils intelligents. Comme Intesens, Hikob ou encore Ubiant, de nombreuses start-up présentent donc aujourd'hui ces groupes comme leurs partenaires, voire leurs clients. Mais derrière cette communication se cachent des stades différents de déploiement de capteurs, allant du proof of concept (POC) à l'industrialisation.

Le spécialiste du transport de l'électricité tricolore RTE n'a par exemple pas encore de plan IoT à proprement parler. Il effectue des tests dans le cadre d'un projet de recherche développement officialisé en juin 2015, dont le budget s'élève à peine à quelques centaines de milliers d'euros. Le groupe cherche notamment à exploiter plus efficacement son réseau grâce aux objets connectés, afin de n'installer de nouvelles lignes haute tension et de nouveaux postes électriques que lorsque c'est absolument nécessaire.

La SNCF posera à l'été 2017 entre 300 et 500 capteurs de température sur les rails de ses trains

Quand ils transportent de l'électricité, les câbles haute tension chauffent, ce qui provoque une dilatation du métal. Les fils électriques se détendent et se rapprochent du sol. La température extérieure, le vent et le rayonnement solaire influent sur ce phénomène. Pour éviter les accidents, RTE fait transiter moins de courant dans ses lignes l'été lorsqu'il fait chaud, afin qu'elles ne créent pas de court-circuit avec des véhicules circulant sur les routes par exemple. Mais en utilisant des objets connectés capables de lui envoyer des données en temps réel, cette filiale d'EDF pourrait orchestrer les flux d'électricité avec beaucoup plus de finesse qu'en se basant simplement sur les températures moyennes saisonnières.

RTE exploite depuis deux ans les capteurs développés par la société Ampacimon, fondée en 2008 et basée en Belgique. Cette solution a déjà fait ses preuves sur le réseau électrique belge. "Mais son prix actuel limite les possibilités de déploiement et elle ne nous permet pas de garder à 100% le contrôle de nos données. Dans le cadre de notre nouveau projet de recherche, nous testons actuellement des appareils alternatifs dans le département du Lot-et-Garonne avec quatre start-up et PME tricolores", explique François-Xavier Sardou, project manager R&D chez RTE, rencontré fin septembre 2016 aux Innovation Days organisés dans la banlieue de Toulouse par l'IoT Valley.

Le groupe n'est encore qu'en phase de proof of concept. La jeune pousse Intesens, créée en 2009, a par exemple installé dix inclinomètres (qui permettent de mesurer le niveau d'inclinaison d'un câble) et capteurs de température sur des lignes haute tension de RTE situées à Agen. "Nous testons en tout une dizaine d'appareils différents, mais nous n'en utiliserons peut-être que deux ou trois sur notre réseau. De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle du coût de maintenance de ces outils et de la cybersécurité", souligne François-Xavier Sardou. L'entreprise veut être certaine que ces objets connectés lui apporteront un retour sur investissement rapide et des gains opérationnels sur plusieurs de ses branches métiers avant d'étendre le process.

Pour le moment, RTE n'a pas programmé de déploiement massif de l'IoT à une date précise. "Mais si ces POC, qui devraient s'achever fin 2017, sont concluants, nous devrions déployer ces capteurs sur l'ensemble de notre infrastructure", avance le directeur de projet. Attention, il n'est pas garanti que le groupe travaille avec les start-up qui réalisent actuellement ces tests. "Nous sommes soumis à la procédure des appels d'offres. Pour que la procédure soit juste, nous veillerons à ne pas reproduire dans le cahier des charges le manuel d'utilisation des capteurs des jeunes pousses avec lesquelles nous avons déjà collaboré ", assure-t-il.

"Engie a signé un partenariat avec Sigfox, qui transportera les données de 15 000 de ses objets connectés d'ici trois ans"

De son côté, la SNCF a atteint un stade de déploiement plus avancé. "Nous voulons sortir du POC. 2017 sera l'année de l'industrialisation de l'Internet des objets", affirme Emmanuel Cox, directeur du programme IoT du groupe ferroviaire. Le processus a été rapide. L'entreprise a commencé à s'intéresser au secteur début 2016. Elle a annoncé en avril un plan de déploiement de capteurs sur l'ensemble de son infrastructure, soit 50 000 kilomètres de voies, 40 000 centres techniques, 2 200 systèmes d'aiguillages, mais aussi dans l'ensemble de ses gares et de ses rames.  Dans ce cadre, plus de 300 millions d'euros d'investissements sont prévus en trois ans a annoncé le président du directoire Guillaume Pepy.

"Nous avons lancé une dizaine de grands projets. Nous allons par exemple poser des capteurs capables de vérifier que les ascenseurs et les escalators de nos gares fonctionnent, afin d'avertir rapidement les techniciens en cas de problème. Ces objets connectés ont déjà été testés et approuvés. Dans les deux ans qui viennent, nous aurons déployé ces petits appareils dans toutes nos gares", détaille Emmanuel Cox, également rencontré aux Innovation Days.

La SNCF posera également à l'été 2017 entre 300 et 500 capteurs de température fabriqués par la jeune pousse Intesens sur les rails de ses trains, afin d'éviter les catastrophes ferroviaires comme celle qui s'est produite en octobre 2014 à Brétigny-sur-Orge. L'industrialisation est prévue d'ici fin 2018. Le groupe connecte aussi les toilettes de ses rames de TGV, afin de vérifier le niveau de remplissage de leurs réservoirs d'eau. Lorsque plus de trois rames sont à sec, le train est obligé de s'arrêter pour être réapprovisionné. Si les appareils intelligents effectuent ces analyses en temps réel et avertissent le personnel de bord, il peut être rechargé lors de ses arrêts en gare. "Une cinquantaine de rames seront équipées fin 2016. L'ensemble de nos TGV seront appareillés en 2017", résume le directeur IoT.

RTE ne consacre que quelques centaines de milliers d'euros à ses tests IoT

L'énergéticien Engie veut quant à lui connecter dans "un temps court l'ensemble de ses actifs industriels", confiait au JDN Yves Le Gélard, directeur général adjoint, CDO et DSI du groupe en juin dernier. Il a par exemple déployé 4 000 sondes de température sur ses compteurs de gaz et électriques en partenariat avec sa filiale spécialisée dans l'efficacité énergétique Engie Cofely.

"Nous avons commencé par réaliser un POC avec 300 capteurs sur dix immeubles parisiens afin de valider la solution. Nous sommes en train d'industrialiser le process. Nous avons signé un partenariat avec l'opérateur IoT Sigfox, qui transportera les données de 15 000 de nos objets connectés d'ici trois ans", détaille Christian Faucon, responsable de l'IoT chez Engie Cofely. Le parc d'appareils intelligents de la société devrait franchir la barre des 100 000 pièces d'ici cinq ans. Engie est par ailleurs devenu en septembre partenaire de l'IoT Valley de Labège, association réunissant start-up et grands groupes auquel elle fournit des financements.

Cette industrialisation a un coût non négligeable, qu'Engie a pris en compte dans ses calculs : "Ces sondes connectées devraient avoir une durée de vie de cinq à huit ans, après il faudra les remplacer. Le géant du gaz a prévu des frais de maintenance de six euros par an et par objet, auxquels s'ajoute le prix de l'abonnement pour le transfert de données (qui n'est pas public, ndlr)", explique Christian Faucon.

 

 

SNCF / GDF Suez