Affaire DSK : que dit l'accusation, que répond la défense

D'Ophélia à Bernard Debré en passant par la police de New-York et une poignée d'avocats brillants, adversaires et partisans de Dominique Strauss-Kahn s'affrontent par voie de presse. Morceaux choisis.

"Acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration" : tels sont les trois motifs d'inculpation de Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis. Une inculpation intervenue dimanche et qui fait suite au témoignage d'une femme de chambre du Sofitel de New York. Mais elle n'est pas la seule accusatrice du directeur général du fonds monétaire international, qui compte également de nombreux défenseurs. Qui sont ces acteurs, que disent-ils ? Revue de détails.

 

Ce que dit l'accusation

 

Ophélia, la victime présumée

Femme de chambre de 32 ans, d'origine africaine ou portoricaine, originaire du Bronx, mère d'une adolescente : voilà ce que l'on sait d'Ophélia (un prénom que personne n'a confirmé officiellement), employée apparemment sans histoire du Sofitel de New York depuis trois ans. C'est elle qui accuse Dominique Strauss-Kahn de l'avoir agressée sexuellement et qui l'a formellement identifié parmi d'autres individus au commissariat.

Que dit-elle ? Qu'une fois entrée dans la suite de l'hôtel, DSK est sorti nu de la salle de bain, "l'a maintenue sur le lit" et "a inséré son pénis dans sa bouche" à en croire une copie du rapport de police obtenue par le site Atlantico.fr.

La police de New-York, très bavarde

La célèbre NYPD se montre plutôt diserte concernant le cas DSK, notamment en affirmant très tôt que le directeur général du FMI a pris la fuite après les faits qui lui sont reprochés, quittant précipitamment l'hôtel, d'où l'oubli de l'un de ses téléphones portables, et tentant de regagner la France.

La police aurait constaté des griffures sur le torse de DSK.

Selon un rapport de diplomate français obtenu par Atlantico, la police aurait par ailleurs constaté des griffures sur le torse de Dominique Strauss-Kahn et pratiqué des examens médicaux. De plus, "des traces ADN (vraisemblablement de sperme)" auraient été découvertes et seraient "en cours d'exploitation et de comparaison. Les résultats des prélèvements ne sont pas attendus avant un délai minimum de cinq jours", selon ce même rapport.

Bernard Debré, très virulent

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Bernard Debré. © Journal du Net.

Alors que la classe politique française appelle dans sa majorité à la retenue et au respect de la présomption d'innocence, le député de Paris Bernard Debré se montre particulièrement virulent à l'égard de Dominique Strauss-Kahn. Dès le dimanche, à 12h49 précisément, l'ancien ministre se fend sur son blog d'une lettre ouverte au directeur du FMI. Morceaux choisis :

- "Il était connu de beaucoup que vous aviez des attitudes sexuelles débridées, en France, en Belgique. Les choses étant connues, les participants à ces parties fines s'en vantaient (...)."

- "Trop c'est trop, vous avez humilié la France ! Vous l'avez ridiculisée. (...) Vous allez peut-être être condamné à une peine de prison. Bravo ! Vous allez peut être devoir payer une caution, vous avez suffisamment d'argent".

- " Ce que je vous souhaite c'est maintenant de vous soigner, il existe des médicaments pour les délinquants sexuels."

Le lendemain, dans des propos tenus à L'Express, Bernard Debré va encore plus loin : "Ce n'est pas la première fois que DSK se livrait à ce genre d'agissements au Sofitel. (...) Ça s'est produit plusieurs fois et depuis plusieurs années. (...) La direction était au courant mais jusque là n'osait rien dire. Elle a étouffé toutes les autres affaires. D'autres femmes de chambre avant Ophelia - une femme charmante de 32 ans qui travaillait très bien - avaient été agressées", affirme-t-il.

 

Ce que répond la défense : piège, complot et incohérences

 

Anne Sinclair ne croit pas "une seule seconde aux accusations" portées contre son mari et la plupart des personnalités politiques, de gauche comme de droite, appellent au respect de la présomption d'innocence. Mais plusieurs vont plus loin, comme l'ancienne ministre Christine Boutin ou le sénateur socialiste François Patriat, qui évoquent plus volontiers un "piège" tendu à DSK. Et de pointer des incohérences.

Un déjeuner avec sa fille

Pour l'heure, il règne la plus grande confusion sur l'horaire auquel aurait eu lieu l'agression présumée. La police newyorkaise avançait 13 heures dans un premier temps. Problème, le directeur du FMI aurait été en train de déjeuner avec sa fille à ce moment là. La police, finalement, explique que les faits se seraient déroulés en fait aux alentours de midi.

Un avion prévu de longue date

En évoquant un départ précipité, la police de New-York laissait entendre que DSK avait pris la fuite après les faits qui lui sont reprochés. Une fuite qui ne peut être que l'acte d'un coupable. Mais là aussi, problème : le billet aurait été réservé bien à l'avance.

Un portable oublié mais...

Autre élément accréditant une coupable fuite : l'un des sept portables de DSK oublié dans sa chambre d'hôtel. Mais dans ce cas-là, "pourquoi DSK aurait-il lui même téléphoné à l'hôtel pour faire récupérer son portable et se le faire apporter à l'aéroport ?", s'interrogent Les Echos.

Une présence incongrue

Dans un entretien à 20Minutes.fr, le sénateur Françoit Patriat s'interroge lui-aussi, mais cette fois sur la présence de la femme de chambre alors que DSK était dans sa suite : "Comment se fait-il qu'on envoie une femme de ménage dans une chambre soi-disant libre alors qu'elle est en fait occupée par le directeur du FMI ? Et comment se fait-il que cette dernière soit restée dans la chambre alors qu'il devait y avoir des affaires et qu'elle devait entendre le bruit de la douche ?"

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