Ces Chinois qui ont fait fortune en France

Chinois en France En France, la diaspora chinoise est estimée à 700 000 personnes. Une poignée d'entrepreneurs a fait fortune.

 

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Le jour de l'introduction en bourse de l'action Eurasia Groupe, en février 2010. © Eurasia Groupe

Les Chinois naturalisés français n'ont pas attendu le réveil de l'empire du Milieu pour faire fortune en France dans le business. Dernière preuve en date de la réussite de certains d'entre eux, le rachat par Hsueh Sheng Wang début septembre pour 8 millions d'euros d'une partie du port du Havre.

Arrivé en France à l'âge de 13 ans, ce Chinois originaire de Wenzhou, à 400 kilomètres au sud de Shanghai, a patiemment construit sa réussite. Comme bon nombre de ses compatriotes, il a commencé par un restaurant dans les années 80 en région parisienne, avant de le revendre pour se lancer dans la confection textile, puis les solderies. Et à partir des années 2000, il s'est concentré sur l'immobilier.

Aujourd'hui, son groupe Eurasia, cotée sur Alternext, gère 300 000 m2 d'entrepôts et d'immobilier commercial en région parisienne qu'il loue à des grossistes d'origine chinoise pour la plupart, mais aussi à Pôle Emploi. Au Havre, il envisage de dépenser 14 millions d'euros pour rénover 15 hectares d'entrepôts et le transformer en centre d'import-export vers la Chine. A 46 ans, c'est désormais un homme d'affaires incontournable qui promet 700 emplois à la ville normande.

Une présence outremer

Et pourtant, le premier endroit où les Français d'origine chinoise ont réussi à s'imposer dans le paysage économique ne se trouve pas en métropole, mais en outremer. A La Réunion plus précisément. Là-bas, la diaspora chinoise s'est investie dès les années 70 dans le commerce de gros d'abord, dans l'industrie ensuite et le commerce de détail enfin.

A la Réunion, une dizaine de familles contrôle des pans entiers de l'économie locale.

Aujourd'hui, une dizaine de familles contrôle des pans entiers de l'économie locale. A l'instar de Joseph Chong Fah-Shen, un Réunionnais d'origine chinoise qui contrôle quatre hypermarchés Leclerc, la majeure partie de la production rizicole locale et détient le quasi-monopole de la production d'œufs de poule. Au total la quinzaine d'entreprises de son groupe réalise 100 millions d'euros de chiffre d'affaires par an. En Polynésie française, c'est Robert Wan, le fils d'un immigré chinois, qui a fait fortune dans la perle. Au début des années 70, il a industrialisé la fabrication de perles nacrées. Il contrôle aujourd'hui la quasi-totalité de ce business unique au monde et exporte ses produits dans le monde entier.

Les eldorados de la distribution et du textile

Mais c'est à Paris que les fortunes d'origine chinoise sont les plus éclatantes. Avec une certaine prédilection pour la restauration et la distribution. Il y a bien sûr les fameux frères Tang, de leur vrai nom Rattanavan. Arrivés en France il y a 35 ans, ces deux Chinois du Laos ont fait fortune dans l'épicerie. Bounmy et Bou ont poussé leur avantage jusqu'à créer une chaîne de restaurants à leur nom et des services audiovisuels pour la communauté sinophone. Leur empire pesait 145 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009 et affichait une rentabilité nette affolante de 18,35% (26,7 millions d'euros de bénéfices). Leur principal concurrent n'est pas en reste. Avec ses 21 supermarchés Paris Store répartis dans toute la France, Huy Trinh s'est lui aussi imposé dans le secteur de distribution. Il revendique un chiffre d'affaires annuel de 200 millions d'euros. En 2009, la maison mère de son groupe dégageait un bénéfice net de 6,3 millions d'euros.

Certains Chinois ont pour leur part réussi à s'imposer à la tête d'entreprises authentiquement française.

Certains Chinois ont pour leur part réussi à s'imposer à la tête d'entreprises authentiquement françaises. C'est le cas de Franck Lu, 40 ans, qui a racheté en 2005 le maroquinier parisien Pourchet.  Cette maison centenaire a retrouvé un certain lustre sous sa houlette, même si son chiffre d'affaires plafonne à 3,5 millions d'euros. Dans le même secteur, signalons aussi la réussite de Thomas Tchen, 40 ans également. En une décennie il a multiplié par trois le le chiffre d'affaires du maroquinier Lancaster, passé de 11,2 millions d'euros en 2001 à un peu plus de 30 millions en 2010. Symbole de leur réussite et de leur volonté d'intégration, ces rois de la maroquinerie et du commerce de gros ont francisé leurs prénoms. Tous les deux sont aussi des membres actifs de l'association des commerçants de Whenzhou en France.  

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Les grossistes chinois sont très présents dans le quartier Sedaine-Popincourt, à Paris. © JDN

Le bureau de l'association est composé d'autres fortunes faites en quelques années. Comme Xiao Jie Wang qui dirige Raxmax, un important grossiste parisien de chaussures. Dans le même secteur, le benjamin des fortunes françaises d'origine chinoise s'appelle Zhiwen Liu. 31 ans tout juste, mais déjà à la tête d'un empire qui pèse 120 millions d'euros au bas mot.  Il dirige ou est actionnaire d'une demi-douzaine d'entreprises textiles du Sentier positionnées sur les produits discount. La plus importante, Mystic, réalise à elle seule 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. Une fortune faite en quelques années qui lui a permis un coup d'éclat en 2010 en mettant la main sur un quart du capital de JL Distribution, la centrale d'achat propriétaire de la plupart des magasins de prêt-à-porter Styleco (160 magasins).

Des reconversions réussies

D'autres encore ont fait fortune à mille lieues de ces secteurs. C'est le cas de Bernard Leng, un français d'origine chinoise de 58 ans. Envoyé par ses parents pour finir ses études en France en 1972, il se forme à l'informatique alors balbutiante et devient analyste-programmateur au début des années 80. Moins de 10 ans plus tard, il a lancé sa propre SSII, Team Partners. Son développement sera tel qu'il l'introduit en bourse en 1998. 

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Bernard Leng. © Hôtel Summer Group

Au milieu des années 2000, il vend ses 42% du capital pour les investir dans l'hôtellerie de luxe qu'il devine en plein essor. Aujourd'hui, avec son Summer Hôtel Group, il contrôle trois établissements haut de gamme très rentables à Paris, Menton et Nice.

Dans la même veine, le médiatique Chenva Tieu est une success-story entrepreneuriale révélatrice de la variété des parcours des Français d'origine chinoise. Arrivé dans l'Hexagone en 1975, diplômé de Dauphine, il a créé Eurotrésorerie Consultants, un cabinet de conseil en organisation de trésorerie, puis Discountis, un distributeur de crédit immobilier en ligne. Deux aventures entrepreneuriales qui assurent sa fortune. A tel point qu'il s'en est désengagé pour devenir à partir de 2007 producteur de films documentaires et d'émissions (On Line Productions). Loin, très loin, du cliché des restaurants chinois.

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