Comment Chartres devient une smart city grâce à son réseau électrique

Développer de nouvelles technologies autour d'installations déjà existantes permet à la ville d'Eure-et-Loir de s'équiper à moindres frais.

La solution était là, juste au-dessus de leur tête mais encore fallait-il y penser. Chartres, le spécialiste des solutions intelligentes d'éclairage Citeos et la start-up locale SysPlug ont eu l'idée simple de s'appuyer sur les lignes qui transportent le courant pour déployer capteurs et autres solutions connectées destinés à optimiser les usages de la ville.

"On peut placer des capteurs sur les poteaux d'éclairage public, placés tous les 25 à 30 mètres. C'est un réseau que l'on ignore et pourtant c'est malin", confirme Paulino Lopes, dirigeant de SysPlug.

"On peut placer des capteurs sur les poteaux d'éclairage public"

Sur la première zone de test, un dispositif de smart lighting permet notamment, grâce à 17 luminaires LED intelligents, d'adapter en permanence la luminosité : "des capteurs thermiques à rayon infrarouge détectent les passants et enclenchent un éclairage plus intense pour les guider au mieux dans l'obscurité. Une fois qu'ils sont partis, les lampadaires repassent en mode balisage, c'est-à-dire un éclairage de sécurité qui délimite les rues même quand personne n'y circule", précise Pierre Fillastre, dirigeant de Citeos Eure-et-Loir.

L'objectif ? "Améliorer l'attractivité de la ville, les services aux citoyens et le confort urbain tout en faisant des économies d'énergie", explique le patron de cette filiale de Vinci Energies. Et les résultats obtenus par le démonstrateur grandeur nature inauguré en novembre 2015 dans les rues Georges Fessard et Charles Brune ainsi que sur la place Châtelet, en plein centre-ville, sont encourageants : "Ce dispositif offre à la ville 65% d'économies d'énergie". A tel point que, petit à petit, d'autres solutions sont venues se greffer au projet : 8 places de parking minute, 6 conteneurs à déchets intelligents et une station météo connectée.

"Le stationnement intelligent nous permet de dynamiser le commerce"

"Le système de stationnement intelligent, qui détecte la présence ou non d'un véhicule en temps réel, nous permet de voir le taux de rotation et le temps de présence. Cela nous permet de travailler, avec la police notamment, sur des solutions pour éviter les voitures qui accaparent certaines places à longueur de journée. C'est essentiel pour dynamiser le commerce", se félicite Jean-Luc Woisard, directeur du patrimoine à la mairie de Chartres.

Les compteurs d'eau, et cela concernera bientôt toutes les énergies à en croire Jean-Luc Woisard, sont quant à eux relevés à distance grâce au courant porteur. "Des récepteurs implantés dans le mât de l'éclairage public et reliés au compteur récupèrent les données et les envoient vers le réseau", explique Paulino Lopes.

La facture totale pour l'ensemble de l'expérimentation menée dans le centre touristique de Chartres est estimée par le responsable de Citeos à 55 000 euros, dont 25 000 sont pris en charge par Citeos, 10 000 par l'agglomération, 10 000 par SysPlug, et 5 000 par la ville.

"Nous avons glané plus de 4 millions de data, il faut maintenant les rendre utiles"

Ces équipements génèrent de la data qui permettra à la ville de s'adapter aux nouveaux besoins des Chartrains mais aussi de mieux les informer : "Nous avons glané plus de 4 millions de données, il faut maintenant les traiter et les rendre utiles. C'est pourquoi ces installations ont été couplées à une interface homme-machine qui permet de connaître les informations en temps réel, comme le nombre de places disponibles ou le taux de remplissage des poubelles à proximité, depuis l'application développée pour ça", affirme Pierre Fillastre.

Cette application, c'est Smartgeo, un portail dédié développé par le français GiSmartware. Concrètement, il suffit aux habitants de s'y connecter pour découvrir une carte interactive et avec vue satellite de la zone équipée. Chaque équipement, poubelle ou place de parking en particulier, est représenté par un logo. Ils peuvent y trouver les poubelles à leur emplacement exact. Certaines sont violettes, d'autres jaunes ou vertes, selon leur taux de remplissage.

Au moment où cet article est écrit, celle de la rue Georges Fessard est affichée en jaune, par exemple. Elle n'est remplie qu'à 20%. Il faudra donc se diriger vers elle pour déposer ses déchets plutôt que celle placée de l'autre côté de la rue, qui est presque pleine.

Grâce à Smartgeo, les Chartrains savent quelles places de parking sont libres ou quelles poubelles ne sont pas pleines. © GiSmartware

"Cela nous permet aussi d'optimiser le nombre de kilomètres parcourus par les camions poubelle car le ramassage ne se fait que lorsque que c'est nécessaire. Cela réduit considérablement les nuisances aux riverains en évitant le bruit mais aussi les odeurs car les conteneurs ne déborderont plus", ajoute Jean-Luc Woisard.

Et pour ceux qui ne seraient pas équipés, une borne tactile libre d'usage a été installée en pleine rue pour les informer. Depuis son installation à la mi-2015, elle est utilisée en moyenne entre 7 et 10 fois par jour.

"Nous allons associer tout le réaménagement de la ville à ce projet et devenir une smart city à part entière"

"Des QR codes sont également placés sur les équipement pour obtenir des vidéos explicatives et répondre à des sondages qui nous permettent de nous adapter en permanence aux besoins des utilisateurs. Ces questionnaires nous montrent aussi que les avis sont pour l'instant très favorables", renchérit Pierre Fillastre.

Si favorables qu'en à peine un semestre ce qui n'était qu'un démonstrateur a donné des envies de grandeur aux Chartrains. "Cette zone d'essai a montré que cela pouvait fonctionner. C'est bien, mais il faut continuer. Il ne faut pas rester sur une démarche technique mais faire en sorte que cela évolue en un véritable projet urbain. C'est pourquoi nous allons associer tout le réaménagement de la ville à ce projet et en profiter pour devenir une smart city à part entière", martèle Jean-Luc Woisard. "Aujourd'hui, au niveau de Chartres Métropole, un comité de pilotage a été formé pour continuer à travailler sur de nouveaux axes de développement", ajoute-t-il.

Un réseau Li-Fi est en cours de test par des élus et des membres des services techniques de la ville

Parmi les technologies que la métropole souhaite développer, le Li-Fi, une technologie qui utilise la lumière via les luminaires urbains pour connecter ses utilisateurs à Internet avec un débit beaucoup plus rapide que l'offre existante, est actuellement testé par SysPlug et Optimal Solutions, filiale d'EDF. "Nous avons déjà installé un réseau test et quelques tablettes compatibles ont été distribuées à des élus et à des membres des services techniques de la ville. Nous voulons montrer que cela va naître avec l'éclairage public mais cela reste limité dans l'utilisation car pour l'instant les administrés ne sont pas équipés", affirme Pierre Fillastre.

"Les poteaux deviennent un moyen de communication avec les smartphones des passants"

Et les partenaires de ce projet ne semblent pas manquer d'imagination pour faire de Chartres une ville toujours plus intelligente : "Il y a aussi la possibilité d'implanter des small cells, ces petits relais cellulaires qui pourront à l'avenir remplacer les antennes relais et couvrir les zones blanches, où le réseau est faible voire inexistant", imagine Paulino Lopes.

Mais là où Chartres compte bien se démarquer, c'est avec un projet ambitieux et jusqu'ici réservé aux centres commerciaux : "Nous travaillons sur du marketing digital grâce au réseau d'éclairage public. Equipés de balises communicantes semblables à des beacons, les poteaux deviendront un moyen de communication avec les smartphones des passants, en leur envoyant des notifications push notamment", explique-t-il. Une idée qui n'a pas tardé d'attirer l'attention si l'on en croît le jeune entrepreneur : "Des régies publicitaires comme JCDecaux s'intéressent déjà à nous sur ce sujet."

 

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