La folie du football à 5

La folie du football à 5 En moins de 5 ans, cette nouvelle pratique a séduit 2 millions d'amateurs... vite suivis par une cohorte de businessmen.


Les amateurs de football se mettraient-ils à plébisciter le jeu à 5 plutôt qu'à 11 ? En un an, le nombre de licenciés à la FFF a chuté de 7% pour tomber sous la barre des 2 millions. Le nombre de joueurs de football à 5, lui, "a atteint les 2 millions de pratiquants en France", selon Stéphane Garcia-Andreotti, économiste auteur de plusieurs études sur ce marché. Et dire qu'il y a 10 ans ce football, qui se pratique sur un terrain grand comme un tennis, n'existait pas.

De nombreux centres de football à 5 sont en fait d'anciens clubs de tennis.

Aujourd'hui, c'est en Grande-Bretagne  que le business du foot-salle est le plus abouti. "C'est notre modèle", reconnait Nicolas Warter, co-fondateur d'Urban football, le numéro 1 français en nombre de salles. Un modèle dans lequel se sont engouffrés également une trentaine d'autres sociétés depuis 2005. C'est cette année-là que la discipline a véritablement pris son essor dans l'Hexagone. On comptait alors 8 petits complexes en France. L'an dernier, il y en avait 71 qui hébergeaient 264 terrains. "Depuis 2005, chaque année, ce sont 11,3 centres qui ouvrent", précise Stéphane Garcia-Andreotti, autrement dit un par mois ou presque. Tant est si bien que le marché pèse aujourd'hui 20 millions d'euros par an. Une manne exponentielle qui pourrait bientôt être comparable à celle de la Grande-Bretagne. Là-bas, le marché est quatre fois plus important... avec une fois et demie plus de complexes et trois sociétés qui contrôlent 85% des terrains.

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L'Urban football de Lille. © Urban football

C'est tout le contraire aujourd'hui en France où le marché est très éclaté. Quelques groupes, comme Urban Football, Soccer 5 ou Temple du foot comptent entre 5 et 10 centres chacun. Mais tous les autres complexes ont été lancés par des entrepreneurs indépendants ou d'anciens joueurs de football. "C'est un peu comme le tennis dans les années 80 ou le fitness dans les années 90, ce sont des sports à la mode, alors beaucoup surfent sur cette vague", observe Stéphane Garcia-Andreotti. Il faut dire qu'ouvrir un centre n'est pas trop compliqué. Pour trouver des terrains, rien de plus simple. De nombreux centres de football à 5 sont en fait d'anciens clubs de tennis.

Et pour cause, un terrain de football à 5 fait peu ou prou la même superficie qu'un court de tennis. Pour remplacer de la terre battue par une pelouse synthétique, comptez entre 15 000 et 40 000 euros en fonction des aménagements annexes. Et en louant un terrain entre 50 et 120 euros de l'heure, l'équipement peut être rentabilisé en deux ans. Ce que confirme Nicolas Warter, d'Urban football. Reste à ne pas être trop dépendant financièrement du foncier et à assurer un taux d'occupation de 50 à 60% au moins pour être dans les clous. Ce qu'ont du mal à réaliser certains centres. A Nancy, un ancien footballeur professionnel a été obligé de mettre la clef sous la porte, faute de rentabilité.


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Trois groupes commencent à dominer le marché. © JDN

"Dès le départ, nous avons segmenté notre offre sur trois cibles, explique Nicolas Warter dont l'entreprise a déjà réussi à lever quatre fois des fonds depuis sa création pour grandir : les adultes avec une location à l'heure et des abonnements, les enfants à qui on propose des stages et les entreprises pour lesquelles on organise conventions et séminaires. Et ce business model n'a pas bougé d'un pouce depuis le démarrage," explique-t-il. "C'est le seul business model qui marche", confirme Stéphane Garcia-Andreotti pour qui la rentabilité d'un tel complexe passe par un nombre important de terrains, de 5 à 10, et par un indispensable service de restauration. "Pour les grands complexes, c'est 30% de leur chiffre d'affaires en moyenne, " assure-il. "La superficie et le nombre de terrains sont les principaux critères pour nous installer", valide Nicolas Warter. Chaque Urban Football compte 8 à 10 terrains par centre. Idem pour ses challengers Soccer 5 et Temple du foot.

Le chiffre d'affaires des opérateurs dépassera bientôt les 50 millions d'euros annuels.

Fruit de différentes initiatives entrepreneuriales, chaque enseigne à ses bastions. A Paris et dans le Nord, Urban football domine. Soccer 5, elle, est partie de Saint-Etienne pour décliner son offre dans l'Ouest et le Massif Central. Et on trouve les petits complexes Temple du Foot au sud de la Loire essentiellement. De nombreuses villes de plus de 100 000 habitants ne sont pas encore couvertes.

Et c'est encore la course entre les trois leaders qui envisagent 25 ouvertures d'ici fin 2012. Stéphane Garcia-Andreotti prédit que d'ici 2014 le chiffre d'affaires des opérateurs dépassera les 50 millions d'euros annuels et les 100  centres ouverts contre 70 actuellement. "Nous sommes très opportunistes dans nos implantations, avoue Nicolas Warter qui souhaite tripler de taille avant 2020. Se lancer seul deviendra alors risqué. "Le secteur va se concentrer", prévient Stéphane Garcia-Andreotti. La preuve, ces derniers mois, Urban football a racheté un centre indépendant à Nantes, et son challenger Soccer 5 a fait main basse sur un complexe lyonnais. Le match est donc loin d'être terminé.



 

L'autre match du foot à 5 : les équipementiers

L'autre match du business du football à 5, c'est celui des équipementiers. Chaussures, ballons (ce ne sont pas exactement les mêmes qu'au football)...  les grandes marques n'ont pas toute réagi à la même vitesse pour satisfaire la demande des amateurs de football à 5. Le premier à avoir flairé l'aubaine, c'est Umbro qui depuis une décennie dispose d'une gamme dédiée. C'est le numéro 1. Nike qui lui a emboité le pas avec sa gamme Nike five et est partenaire d'Urban Football. Adi5, la marque récemment lancée par Adidas tente de rattraper son retard avec sa locomotive marketing, Zinedine Zidane himself, propriétaire d'un centre de football à 5 flambant neuf à Aix-en Provence.

Idée de business / Rentabilité