Pierre-Etienne Lorenceau (Leaders League) "L'art de bien piloter son groupe devient de plus en plus nécessaire"

Le groupe Leaders League réunit 400 PDG et membres de comité de direction le 9 avril prochain pour parler stratégie globale de l'entreprise, gouvernance et financement.

Pierre-Etienne Lorenceau est président-fondateur du groupe Leaders League, éditeur du magazine Décideurs, à l'initiative du G20 Strategy & Management Summit, un grand rassemblement de près de 400 chefs d'entreprise et membres de comité de direction ce mercredi 9 avril. "Il s'agit de dépasser l'état de l'art en termes de pensée stratégique et de réflexion sur le management et le leadership, explique l'organisateur de l'évènement. L'objectif n'est pas de s'interroger sur ce qu'est le management, mais sur ce qu'est le management en 2014, avec les outils technologiques dont on dispose aujourd'hui." L'occasion aussi, pour les participants, de "tisser du lien, autant personnel qu'intellectuel".

 

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Pierre-Etienne Lorenceau, président-fondateur du groupe Leaders League. © Magazine Décideurs

JDN. La première édition de ce sommet a eu lieu en 2011. Est-ce que cela répond à un besoin récent ?

Pierre-Etienne Lorenceau. Non. Cela répond au besoin structurel et permanent de rester à la pointe de la réflexion sur les thématiques de la stratégie, le management, le leadership et les révolutions digitales. Si le contenu des échanges évolue d'une édition à l'autre, les thématiques, elles, restent d'actualité d'année en année. L'accélération du monde économique et de la dynamique concurrentielle rend l'art de bien piloter son groupe plus nécessaire au fil du temps.

 

Mais les dirigeants d'entreprise ont-ils vraiment besoin d'un "rendez-vous imposé" pour cela ?

Ces évènements constituent pour eux un moyen de faire évoluer leur réflexion stratégique et managériale de manière plus engageante et "transformante" qu'en lisant un article tranquillement sur son iPad ou dans un magazine. Le succès d'un Davos qui, chaque année, réunit de plus en plus de monde montre l'importance de ces forums d'interaction d'idées pour remettre en question ses propres postulats de départ et rester moderne. Et pour cela, rien ne vaut le témoignage d'un pair. Prenons l'exemple d'Internet : il y a dix ans, cela représentait 3% du commerce mondial. Aujourd'hui, cela pèse pour beaucoup plus, existe sur mobile et sur tablette et demain sur des "wearable technologies". Autre exemple, le financement : il y a dix ans, on se finançait auprès des banques. Cela ne fait que quelques années seulement que les PME et ETI peuvent aussi se financer sur les marchés financiers. Depuis deux à trois ans, une troisième alternative qui grandit : l'emprunt auprès des "family offices" et des assureurs, qui constituent aujourd'hui deux nouvelles catégories de prêteurs qui ont et le goût et le droit de prêter directement à des entreprises.

 

"Rien ne vaut le témoignage d'un pair pour réévaluer ses postulats de départ"

Aucun "homme politique" n'interviendra lors de cet évènement. Que faut-il en déduire ?

C'est un choix ponctuel. Nous nous ouvrirons probablement à eux lors des prochaines éditions. Les dirigeants d'entreprise sont plus sensibles aux témoignages de dirigeants dont le succès force le respect qu'à ceux des politiciens dont la culture stratégique et économique appliquée est souvent faible ou nulle. De plus, pour l'édition 2014 nous savions que le calendrier des municipales rendrait incertaine la contribution de tout homme politique au pouvoir. Par ailleurs, le gouvernement qui a été dévoilé récemment ne comprend aucune personnalité ayant travaillé en entreprise, ce qui interpelle.

 

Les avantages concurrentiels au 21e siècle feront partie des thématiques évoquées le 9 avril. Quels sont ceux de la France ?

Le G20 Strategy & Management Summit s'intéresse plus aux possibilités d'amener des avantages concurrentiels aux entreprises, par un positionnement stratégique, des barrières à l'entrée, une masse critique ou une capacité d'innovation, qu'aux avantages concurrentiels liés à la géographie. La France amène-t-elle des avantages concurrentiels aux entreprises ? Je suis partagé entre pessimisme et optimisme. D'un côté, l'écosystème entreprise/émanation étatique ne fonctionne pas si bien que cela, si on compare à l'alliance qui existe en Allemagne, en Corée, au Japon ou en Chine entre ces deux mondes qui, bien loin de se tolérer, s'unissent. Mais les caractéristiques du talent à la française – à savoir une certaine fougue, une éducation favorisant la pensée abstraite et logique, des qualités d'éloquence et de gouaille et une certaine prédisposition à l'universalisme – donnent de belles prédispositions à nos leaders s'ils savent éviter le piège de l'arrogance.

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