Le plein emploi ne fait pas forcément le bonheur...

En cette période électorale les candidats aiment se presser dans les usines et se porter au secours des ouvriers. C’est bon pour le 20h et les sondages. Et si dans cette sinistrose ambiante on parlait d’une autre réalité française: le plein emploi des cadres !

En cette période électorale les candidats aiment se presser dans les usines et se porter au secours des ouvriers de tel ou tel site ; se draper dans les habits du Sauveur, c’est bon pour le 20h et les sondages en échos au drame du chômage mis à la une de tous les médias.
Avec moins de 5% de chômage, le nombre de créations d’emplois chez les cadres devrait passer de 194 000 en 2011 à 232 100 en 2015 ; cette réalité que les grands médias ne reprennent nulle part à l’exception de spécialisés comme le journal de l’Apec – c’est bien connu, les bonnes nouvelles ne font pas recette- est pourtant le miroir d’un marché de l’emploi pas si en berne que cela. Même si l’impact des réformes sur l’âge légal de départ en retraite se fait sentir, la guerre des talents n'est pas une vue de l'esprit.
Commerciaux, ingénieurs, informaticiens, nouveaux métiers du digital...La vraie économie crée de vrais emplois. Qu’on se le dise !
En revanche, le chômage de masse masque une autre réalité bien au-delà des petites phrases politicienne, à savoir 30 ans d’inadéquation :
- entre des filières condamnées ou n’ayant pas su s’adapter à un monde ouvert et de nouvelles compétences qui n’existaient pas il y a encore dix ans,
- entre des salariés qui se sont laissés enfermer (avec ou non la complicité latente de leurs employeurs) dans un environnement professionnel sans se remettre en question et de nouveaux secteurs d’activités créateurs de nouveaux métiers et donc d’emplois,
- entre des filières universitaires qui charrient chaque année des centaines de milliers de diplômés dont les diplômes ne correspondent à aucun besoin dans la vraie vie, ainsi que les milliers de jeunes qui sortent de l’éducation nationale sans aucun diplôme et des filières métiers de plus en plus pointues…
Enseignement, formation continue, immobilisme géographique sans parler du coût du travail non qualifié : les raisons structurelles du chômage sont bien connues et paient la duperie politicienne qui en 35 ans a appauvri le quotient intellectuel du travail en France…
Entre plein emploi des cadres et chômage de masse, est ce pour autant deux France si différentes qui s’opposeraient ou qui s’ignoreraient ? Loin s’en faut, tant la question de l’emploi apparait comme la préoccupation majeure de l’opinion publique : cadres et non cadres, tout le monde est inquiet. La consommation d'antidépresseurs explose, le stress fait recette et les cas de burn-out et malheureusement de suicides (y compris chez des cadres sup') sont légions.
La notion de cadres à la française, énième exception, n’est plus, depuis bien longtemps un privilège en soi face aux affres de la reconnaissance en entreprise.
Les médias français et par delà l’opinion publique, ont du mal à véhiculer une grille de lecture autre que celle de la misère du monde dans le monde du travail. Loin de moi, bien sur, l’intention de minimiser des situations d’exclusion inacceptables et l’explosion de la paupérisation croissante des Travailleurs pauvres et précaires. Il s’agit d’objectiver le débat public en parlant des enjeux de formation, d’adaptation de compétences, d’économie de service à valeur ajoutée en prenant de la distance avec la dialectique industrielle de l’emploi afin de donner une grille de lecture plus optimiste notamment aux jeunes, plus engagée aussi en terme d’exigence des besoins et des attentes des entreprises.
Mais si les cadres français persistent à avoir l’un des morales les plus bas au monde, il faut sûrement chercher l’erreur ailleurs que dans la crise et le chômage: en vingt ans, être cadre est devenu un signe non distinctif en perte d’identité et de reconnaissance au profit de l’émergence d’un profil, certes recherché, mais errant en quête de projets, tiraillé entre la pression du court terme, l’absence de reconnaissance autre qu’économique et la réalité d’un monde qui élève l’art de l’exécution en modèle et le vide vocationnel en référents. Où est l’entreprise « AVENTURE HUMAINE » rêvée des cadres ? Oubliée. Fantasmée. Le plein emploi des cadres ne fait rêver personne.
Un comble qui invite les entreprises à une sérieuse remise en question pour espérer redevenir désirables. Entre la pression du 2.0, le rejet de la langue de bois corporate qui voit toujours le monde en rose et l’incapacité récurrente des organisations à faire rêver et espérer, le cadre français, à commencer par les plus jeunes, a choisi : l’entreprise qui l’excite le plus, à laquelle il est le plus attaché durablement c’est mamarque.com !
La Marque personnelle via internet a trouvé un exutoire naturel aux frustrations du cadre lambda : avec mamarque.com : je m’exprime, j’existe, je suis reconnu… Les millions de cadres anonymes et interchangeables prennent de plus en plus la parole, partagent, échangent. Le seul hic ? Rarement pour évoquer leur bonheur au travail.
69% des cadres estiment que leur N+1 n’est pas un exemple et ne les fait pas rêver (Les débats rh, février 2012) ! Cherchez l’erreur. La révolution du sens n’est sûrement pas là où veulent la situer les états-majors d’entreprise …
Mais ne faisons pas la fine bouche et osons parler de ce plein emploi qui peut faire du bien.

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