Ne pas résumer la qualité de vie au travail par une équation à deux inconnues

Gérer le stress des salariés d’une entreprise repose sur une démarche individuelle et personnalisée pour chaque salarié et non en partant du principe qu’un collaborateur se sentira bien si toute l’entreprise va bien. C’est l’inverse qu’il faut intégrer, c’est quand les collaborateurs d’une entreprise se sentent bien que l’entreprise va bien.

La démonstration semblerait en effet aisée. L’exigence de production d’une part, c’est à dire la mise en adéquation du triptyque  « cout-délai-qualité »  de la production d’un l’entreprise pour satisfaire les besoins de ses clients, et d’autre part les conditions de travail optimales pour ses salariés, laisseraient le paramètre « stress au  travail » et même plus généralement les risques psycho sociaux comme secondaires ou conditionnés aux deux premiers.

 

Ainsi présenté, un collaborateur ne serait donc qu’un simple « rouage », ce qu’il est trop souvent, un peu comme coincé dans l’organisation globale de l’entreprise. On supposerait donc que si les autres rouages fonctionnent avec un rendement optimum, le rouage « Homme »  fonctionnerait aussi de la meilleure façon. C’est penser l’Homme comme un mécanisme à l’image des « animaux machines » de Descartes. C’est croire qu’il existerait une dynamique intelligente à trouver et propre à chaque entreprise et qu’une fois trouvée, le paramètre Homme s’y adapterait tel un « feed-back » bien huilé.

 

Là encore il faudrait faire la distinction entre une petite ou moyenne entreprise et celles du CAC 40. Dans une  PME l’humain reste  « visible », il n’est pas noyé dans un gigantisme et son influence est évidente sur le fonctionnement bon ou mauvais de la PME.  Dans une PME de dix salariés par exemple de mauvaises relations interpersonnelles seront souvent à l’origine d’une désorganisation de l’entreprise et non l’inverse. Dans une entreprise du CAC 40 les choses sont plus compliquées et on pourrait penser en effet que les conditions de travail et les exigences de productions seraient les clés du succès pour de bonnes relations interpersonnelles et la disparition des risques psycho-sociaux. C’est aussi le type de discours auquel sont réceptifs  les actionnaires qui restent encore imperméables au paramètre « stress au travail » comme cause première  de la mauvaise santé des salariés dans un premier temps et de ses répercussions désastreuses dans la production, ses coûts économiques et sociaux dans un deuxième temps.  C’est pourtant bien le stress au travail qui influencera plutôt négativement les exigences de production d’une entreprise.

 

Même si l’évolution de la société et plus précisément celle des lois relatives au code du travail pourraient laisser penser que les mentalités ou la juste appréciation de ce que sont réellement les risques psychosociaux auraient changé avec le temps ce serait en fait oublier ce qu’est vraiment l’Homme et sa finalité au travail. De tout temps un travail de qualité n’a pu être réalisé que lorsque l’Homme se retrouvait dedans. C’est pourquoi il doit rester au centre du dispositif et non en être un élément. Une fois sa santé entamée par le stress, l’Homme perd peu à peu ses possibilités et ne se sent plus impliqué par ce qu’il fait ou fabrique.

On ne peut d’ailleurs que regretter la perte d’influence de plus en plus importante du médecin du travail dans le monde de l’entreprise et s’étonner  de l’absence de représentants de la médecine de ville et de campagne dans les manifestations professionnelles officielles concernant le bien être et la santé dans le cadre de l’Entreprise.

 

Améliorer les conditions de travail et repenser les exigences de production sont certes d’une importance capitale dans une entreprise à condition  que celle-ci matériellement puisse le faire et que cela n’évacue pas le problème majeur qui doit rester la santé des salariés.

 

Pour cela il faut rappeler que l’Homme possède un système nerveux autonome responsable quand il s’altère de la plupart des dysfonctionnements du corps et que les maladies viennent de là. Enfin ce système nerveux n’étant pas contrôlé par la volonté  il est  donc difficile de le « rentrer » dans l’organigramme d’un service. Il ne faut donc pas prendre les problèmes à l’envers. On ne pourra résoudre le défi de la santé au travail que si on s’adresse à l’individu avec ses mystères et ses souffrances et non au groupe qu’il conviendrait lui en effet de gérer en fonction de l’exigence de production et des conditions de travail. Si ces deux derniers paramètres sont indiscutablement incontournables dans l’organisation d’une entreprise ou d’un service ils ne pourraient résoudre la crise existentielle de l’Homme ou même vouloir prétendre le faire.

 

L’Homme doit rester le « centre » de l’outil de production car le mettre « dans » le système de production présente des risques comme ceux d’aller vers son exploitation. Améliorer la productivité d’une entreprise, c’est lutter contre le présentéisme et prévenir l’absentéisme par la gestion individuelle  de tous les collaborateurs.

 

Il ne faut donc pas confondre, organisation des équipes et du travail, que l’on peut mettre en effet en équation à deux inconnues et la santé au travail qui reste et restera une affaire personnalisée, individuelle, variable, inconstante, mouvante et toujours différente qu’aucune équation ne pourra résoudre et cela quelque soit le nombre d’inconnues.

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