Déjeuner au travail : sommes-nous devenus des « rats cafétérias » ?

La manière dont nous nous nourrissons au travail peut être nuisible pour la santé. Des expériences menées par des rats de laboratoires sont explicites sur cette situation.

A notre époque "manger" est associé au divertissement. On déjeune entre amis, entre collègues, en famille. Mais toujours le plus souvent dans un climat festif. Le repas de midi au travail se situe bien sûr dans ce contexte. Comment d’ailleurs ne pas comprendre la volonté de détente à ce moment de la journée après une difficile matinée au travail et avant un nouvel après-midi de stress au bureau. Déjeuner c’est l’alibi pour avant tout se soustraire à ce stress, voire quelques minutes l’oublier. Mais au risque d’empêcher de déjeuner en rond, rappelons quand même quelques vérités incontournables de notre physiologie corporelle.

Pour digérer le système digestif dépense énormément de calories. Cela dépend aussi de ce que l’on mange. C’est plus difficile pour les protéines et un peu moins pour les graisses mais c’est quand même beaucoup de calories, donc beaucoup d’énergie. 

Il s’agit d’un travail considérable dont nous ne nous rendons absolument pas compte quand il se déroule normalement, c'est-à-dire sans douleurs ni aucun autre signe clinique pathologique. Du moment que l’on ne sent rien c’est que tout va bien...

En fait le système digestif et les glandes qui lui sont associées sont chargés dans un temps encore assez court de dégrader ce que nous leur donnons à digérer et de les transformer par assimilation en nos propres nutriments constitutionnels (vitamines, acides aminés, oligo éléments), dont le travail sera de faire fonctionner notre organisme et de le renouveler. Ce n’est pas rien ! 

Le marathon de l'alimentation

Mais pardonnez cette liberté, reportons-nous au début de notre journée de travail. La plupart du temps nous ne déjeunons pas le matin : un café, une biscotte et encore... Si bien que, vers 11 heures, quand nous sommes au bureau, nous arrivons avec un ventre qui crie famine. Cela s’appelle l’hypoglycémie. Alors nous allons vite à la cafétéria prendre un petit café bien excitant pour nous réveiller, une croissanterie bien grasse et bien sucrée, et le tour est joué.  Ça va mieux !

Puis nous voici revenu à notre déjeuner de midi. Avec une pré-digestion débutée avec les croissants de 11 heures le repas est déjà en fait commencé. On se met à table sans vraiment d’appétit tout au plus dans un « état » gourmand, ce qui est différent. Nos glandes "allumées" par la collation de 11 heures sont déjà en digestion et donc ce que nous allons avaler durant le repas de la mi-journée ne sera pas très bien digéré.  En plus se faisant dans un contexte de surexcitation comme pour se détendre du stress au travail, cette excitation sied mal avec le confort nécessaire pour digérer et assimiler ce que l’on avale en parfois à peine dix minutes : un sandwich, une bière, un café. Remuer ou digérer il faut choisir. En effet l’intestin a besoin de calme pour faire son travail difficile et déjeuner est un acte grave sur lequel on devrait se concentrer.

La digestion du déjeuner : le piège

Résultat de tout cela : déjà fatigués par une matinée sans aliment, agressés par une pause sucrée à onze heures, digérant tant bien que mal un repas de midi pris sur le pouce, nous ne pouvons "attaquer" l’après-midi qu’encore plus fatigués, avec en plus l’aggravation que provoquera inévitablement sur cet état, le stress du reste de la journée. Le soir à notre domicile nous consultons nos mails jusqu’à très tard dans la nuit tout en continuant à nous faire plaisir par des plats vite livrés et vite grignotés. Ou au contraire nous chercherons à nous réconforter par un dîner riche et pesant devant une télévision n’épargnant là encore aucun stress (alors qu’on devrait à cette heure que très peu manger). 

Il est incontestable que notre intestin ne peut que très mal supporter cette anarchie culinaire. Faut-il alors rappeler que cet organe, considéré un peu rapidement par certains comme notre deuxième cerveau, n’en sécrète pas moins, en effet, les mêmes neurotransmetteurs ainsi que beaucoup de nos anticorps. Il pourra, par cette double fonction, surtout s’il est maltraité, participer à l’aggravation de notre état de santé : dépression ou baisse de notre "immuno-protection". 

Les dangers du régime cafétariat

Comprenons donc bien qu’à l’ origine de ce comportement il y a le stress qui force la mauvaise alimentation. Plus nous sommes stressés et plus nous grignotons et plus nos habitudes deviennent compulsives. Celles concernant nos repas nous conduisent vers des régimes qui s’apparenteraient plutôt aux régimes dits « cafétérias » des études de laboratoires sur les rats, c'est-à-dire des régimes riches en lipides et en glucides décrits par Llado and col   dans Int. Journal of Obesity Nature en 1991.  Les travaux de cette époque tendaient à démontrer que cette consommation excessive de lipides et de sucres, mais surtout de lipides, avaient une action sur certains gènes des chromosomes des rats soumis à ces régimes, favorisant ainsi chez eux la survenue d’une obésité. Plus récemment une autre équipe de chercheurs a mis en évidence qu’une alimentation très riche en calories comme celle du régime cafétéria, à laquelle s’ajouterait le sel, provoquerait toujours chez ces pauvres rats de laboratoire la survenue du syndrome métabolique : c'est-à-dire des taux élevés de cholestérol et de sucre dans le sang, de l’hypertension avec en plus toujours l’obésité. Et tout cela en moins de deux mois chez ces animaux. Force est de constater que devant l’apparente évolution morbide dans le monde, chez l’Homme, de l’obésité et des accidents cardiovasculaires, on ne peut que se poser la question d’un éventuel parallélisme entre notre comportement au restaurant d’entreprise ou au troquet du coin et celui des rats de laboratoires des régimes cafétérias. 

Devant les défis sanitaires et leurs coûts médico-sociaux et devant ces constatations scientifiques, et donc pratiquement ces certitudes, pourquoi, (même si les modèles animaux ne sont pas tous exportables à l’homme) ne choisissons-nous pas la voie de la prudence ? Ou tout simplement celle du sacro-saint principe de précaution en instaurant une véritable politique sanitaire en matière de nutrition comme cela a été fait par exemple pour l’alcool et le tabac, avec plus ou moins de bonheur il faut le reconnaître pour ces deux derniers.

Les gouvernements des pays industrialisés et en particulier celui qui vient de s’installer en France, prendront-ils le taureau par les cornes pour favoriser l’instauration d’une véritable politique nutritionnelle au travail ? Manger dans le calme, manger sainement en limitant les mauvaises graisses, les sucreries, le sel et l’excès d’alcool.  Notre santé en dépend et nos économies aussi.

 

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