Le blended learning : cocktail gagnant de la formation

Mélanger l'apprentissage digital et l'enseignement en présentiel peut rapporter gros aux entreprises et aux apprenants.

Dans les entreprises, les MOOC et les COOC connaissent depuis quelques années un développement fulgurant. Pourraient-il mettre au placard l'apprentissage traditionnel en présentiel où un formateur dispense ses connaissances à un petit groupe d'apprenants ? Pas vraiment. Lorsque ces deux modalités pédagogiques s'allient, elles forment un cocktail bien plus pertinent : le blended learning.

Moins cher pour les entreprises...

Le blended learning permet d'éviter les inconvénients d'une formation entièrement digitalisée : "Pour une entreprise, concevoir une formation strictement digitale, peut vite devenir très cher. Il faut écrire des scripts, faire des tournages vidéo, installer une plateforme. Le blended learning fait sensiblement baisser les coûts de formation", affirme Arnaud Blachon qui avec son frère Guillaume, a fondé et dirige Upgraduate, un des leaders français de la formation en blended learning.

"Le blended learning permet d'éviter de mobiliser un service pendant une ou plusieurs journées"

"Il ne faut pas se voiler la face, le blended learning permet aux entreprises de gagner du temps et de l'argent", confirme Sophie Rosier, directrice de la Digital Academy d'Axa qui a formé 70 000 personnes depuis 2014 grâce au blended learning. "C'est un format qui permet d'éviter de mobiliser tout un service pour se former dans une salle pendant une ou plusieurs journées", reprend-elle.

Au delà de l'aspect économique, les entreprises s'y retrouvent car le blended learning permet aux salariés d'être plus nombreux à valider les formations. "Nous observons que le taux de réussite dans les formations est plus élevé sur du blended learning que sur du 100% MOOC ou du 100% présentiel. Il est donc normal que les entreprises investissent dans cette forme d'apprentissage", explique Arnaud Blachon.

... et plébiscité par les apprenants

Côté apprenants, cette modalité pédagogique semble appréciée. "Les chiffres sont éloquents. Chez Axa, nous demandons toujours à nos collaborateurs de noter les formations sur une échelle qui va de 0 à 5. Pour les formations entièrement présentielles, la moyenne est de 4,1. Pour le blended learning, nous oscillons entre 4,7 et 4,9 ce qui est exceptionnel", s'enthousiasme Sophie Rosier.

Sur le Cooc data science d'Axa, les apprenants assimilent la théorie et échangent sur un forum entre deux sessions en présentiel. © Axa

Il est vrai que le blended learning est particulièrement en phase avec les attentes et les besoins des salariés du XXIème siècle. Pour la génération Y et surtout pour la génération Z, qui se caractérise par sa digitalisation et sa volonté d'autonomie, le blended learning est du pain béni. Il permet d'apprendre la théorie à son rythme sur son ordinateur voire son smartphone, puis de passer à la pratique en présentiel.

"Le blended learning correspond aux nouveaux usages. C'est pourquoi, nos formations sur la culture digitale et la Big data sont en blended learning. Par exemple pour apprendre à coder sur Python, nous avons des vidéos que chacun utilise comme bon lui semble. Puis par la suite, les apprenants passent trois jours de formation intensive où ils ne font que pratiquer puisqu'ils connaissent déjà les bases", explique Sophie Rosier.

"Ce qui est formidable avec le blended learning, c'est que le parcours de formation devient entièrement individualisé. Chacun peut s'auto-former avant le présentiel ou mettre en pratique ses connaissances entre deux cours en présentiel afin de ne pas laisser dépérir ses connaissances", explique Antoine Amiel à la tête de LearnAssembly entreprise spécialisée dans la conception de formations en blended learning. Toutefois, l'apprenant n'est pas livré à lui même derrière son écran. La majorité des plateformes digitales possèdent un animateur dédié ou un forum d'échange de bonnes pratiques entre pairs.

Des freins à lever

Malgré l'enthousiasme suscité par le blended learning, tous les salariés ne sont pas prêts à suivre des formations comportant du e-learning. C'est particulièrement le cas des personnes peu digitalisées qui ne sont pas habituées à ce mode d'apprentissage. "Pour ce type de cible, il suffit de faire du blended learning à majorité présentielle et de l'accompagner au quotidien dans la formation", estime Antoine Amiel.

"La formation devant s'effectuer sur le temps de travail, certains syndicats voient d'un mauvais œil une modalité qui permet d'apprendre de chez soi" 

Autre problème, la crainte de certaines entreprises à l'égard de formations ludiques et digitales qui ne rentrent pas dans les habitudes. "Il y'a peu de temps, nous avions conçu une formation blended learning avec des vidéos pour une entreprise de 3 000 salariés. Mais celle-ci n'autorisait pas les collaborateurs à regarder des vidéos sur le lieu de travail. La vidéo était vue comme un outil de loisir uniquement…", se rappelle le dirigeant de LearnAssembly.

Selon les experts interrogés, le principal obstacle au blended learning viendrait des syndicats. La formation professionnelle devant s'effectuer sur le temps de travail, certains représentants syndicaux voient d'un très mauvais œil une modalité pédagogique qui permet d'apprendre de chez soi. Antoine Amiel, qui considère cette préoccupation totalement légitime, conseille de procéder de la façon suivante : "Il est nécessaire d'intégrer les instances représentatives du personnel en amont de l'appel d'offre, puis de les associer au projet. Par la suite, il faut faire comprendre aux managers que les salariés sont en droit de se former sur leur temps de travail. Au top management, aux ressources humaines voire au service communication de faire passer le message pour réussir le management des apprenants".

 

ET AUSSI

 

Mooc / Cooc