Comment aider les salariés aidants ?

Il est souvent difficile de travailler tout en s'occupant d'un proche malade et dépendant. Peu à peu, des solutions se mettent en place.

Les salariés aidants ont un profil divers. Ils peuvent être en CDI, en CDD, travailler dans le secteur privé ou dans le secteur public. Mais, ils ont un point commun : avoir un proche malade ou handicapé qu'il faut aider quotidiennement.

Les aidants : méconnus et nombreux

"Le sujet des salariés aidants reste peu traité dans le débat public", estime Pascal Jannot, fondateur du Centre d'information et de formation sur les aidants et président de la Maison des aidants. "C'est assez dommage. Il faut savoir qu'en France, il y'a 8 millions d'aidants, dont 1,5 million s'occupent d'un patient atteint de la maladie d'Alzheimer. Tous les emplois sont concernés, du cadre dirigeant à la personne au Smic", explique-il.

"Il y'a 8 millions d'aidants en France"

Ce chiffre peut paraître énorme. Pourtant, il va continuer à croître en même temps que le vieillissement de la population française. Selon l'INSEE, en 2050, en supposant que les tendances démographiques se maintiennent, la France métropolitaine comptera 70 millions d'habitants. Un habitant sur trois serait alors âgé de 60 ans ou plus contre 18%  en 2015. Ce qui fera mécaniquement augmenter le nombre de personnes dépendantes… mais aussi le nombre de salariés aidants.

Tous les aidants ne sont pas prêts à s'arrêter de travailler. "La moitié des personnes qui doivent s'occuper d'un proche malade ou dépendant continue à travailler à plein temps ou à temps partiel, affirme Pascal Jannot. Elles ont besoin d'argent pour continuer à vivre mais surtout, elles sont en quête d'une vie professionnelle pour avoir du lien social et sentir qu'elles font pleinement partie de la société."

Malheureusement, l'Etat ne semble pas avoir pris la mesure de l'enjeu. S'il existe certaines dispositions comme le congé de solidarité familiale ou le congé de soutien familial, elles restent insuffisantes pour permettre de concilier aide et travail sur la durée.

C'est pourquoi certains acteurs commencent à développer des solutions pour aider leurs salariés aidants.

Discussion physique et plateforme numérique

"Les collaborateurs n'ont pas forcément envie de parler de leur situation d'aidant. Du fait de cette pudeur, les services RH ont peu conscience du problème… sauf s'il existe des aidants en leur sein", affirme Lydie Muamba, responsable du développement et des partenariats chez Age Village, un site Internet spécialisé dans le mieux vieillir. Pascal Jeannot est du même avis : "je me suis aperçu que 70% des responsables RH ne sont pas au courant de la situation d'aidant de leurs salariés".

"70% des responsables RH ne sont pas au courant de la situation d'aidant d'un salarié"

La première solution serait donc de faire de la prévention dans les entreprises et d'expliquer les enjeux. Les entreprises peuvent elles aussi mettre en place des formations pour assister leurs salariés aidants. "Un groupe comme Casino a par exemple organisé un forum de discussion en interne sur l'aide à apporter à un malade souffrant de Parkinson. Cela a permis avec succès d'échanger des astuces et des bonnes pratiques", souligne Lydie Muamba.

Le numérique peut également fournir des solutions pour aider les patients. Ainsi, Age Village a mis en place en 2013 monagevillage.com, une plateforme spécialement dédiée aux salariés aidants. "La plateforme a été conçue pour que tout le monde puisse la maîtriser", explique Lydie Muamba.

La plateforme monagevillage.com cherche à apporter une aide individuelle aux salariés aidants. © Age Village

"Le salarié entre sa situation sur la plateforme. Il explique où il habite, où il travaille, qui est la personne qu'il aide, quels sont ses symptômes. Par la suite, si le client souffre d'Alzheimer, il y'aura une définition de la maladie, l'évolution, des conseils pratiques pour s'organiser au quotidien, le retour à domicile, les aides disponibles, les structures. Concrètement, grâce à la plateforme, certains salariés aidants se rendent compte qu'ils peuvent demander à ce que leur proche bénéficie d'aides qu'ils ne connaissaient pas comme l'AAH", complète-elle.

Le succès est tel que la plateforme compte s'implanter prochainement dans les entreprises. "Ce que nous prévoyons à court terme, c'est de développer notre plateforme directement sur le site des entreprises, mais aussi de certaines organisations du service public. Nous avons clairement l'intention de devenir une marque blanche".

L'apport pour les entreprises

Qu'elles soient sur des plateformes, dans des formations RH ou des réunions publiques, les actions en faveur des salariés aidants sont bénéfiques aux entreprises.

Un salarié aidant cumule 15 jours d'absence par an

Ainsi, l'étude "Supporting working carers" réalisée en Grande Bretagne en 2013 montre que le fait d'aider les salariés aidants augmente la fidélisation, l'engagement et la productivité. Lydie Muamba cite quant à elle une étude française "Les aidants familiaux en France", menée par BVA et Novartis qui montre que lorsque les entreprises accompagnent les salariés aidants, le nombre de jours d'absence diminue. Ce qui est non négligeable puisqu'un salarié aidant cumule en moyenne 15 jours d'absence chaque année.

Si ces politiques d'aide aux salariés aidants fonctionnent, elles demeurent encore insuffisantes et peu répandues. Beaucoup reste à faire et les pouvoirs publics auront un grand rôle à jouer à l'avenir. C'est du moins la conviction de Nadia Frontigny, vice président Care Management chez Orange Healthcare. Selon elle, "Un acteur privé, peu importe sa taille et sa volonté ne peut pas se substituer aux pouvoirs publics. Pour véritablement aider les salariés aidants, il est nécessaire d'avoir l'alignement des autorités, des hôpitaux, financeurs comme les mutuelles et des acteurs industriels. Les évolutions démographiques à moyen terme ne nous laissent pas le choix".

 

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