Jean-Baptiste Audrerie (SPB) "D'ici deux ans, les géants de l'e-RH proposeront des bots"

Les robots conversationnels se préparent à une entrée remarquée dans les RH, selon le directeur marketing de SPB, spécialiste de la transformation digitale des entreprises.

Psychologue organisationnel, Jean-Baptiste Audrerie est également directeur marketing de SPB. © SPB

JDN. De quand date le développement des chatbots, ces programmes capables de converser avec un être humain, dans les ressources humaines ?

Jean-Baptiste Audrerie. Les chatbots sont une invention très récente. Les premiers ont deux à trois ans. Ce sont tout d'abord les secteurs du e-commerce et de la relation-client qui ont utilisé cette invention. Dans le secteur des ressources humaines et du management, on parle de chatbots depuis moins d'un an. Aujourd'hui, c'est encore embryonnaire, de nombreux bots sont encore en version beta.

Mais je suis convaincu que les chatbots disrupteront les ressources humaines autant que le cloud. Dans cinq ans, je pense qu'ils seront une évidence dans le monde du travail, particulièrement pour les managers et les RH. 

 

Quels sont les principaux apports des chatbots pour les entreprises ?

Il y a deux grands types d'apports : l'amélioration de l'engagement et l'automatisation de certaines tâches.  Côté amélioration de l'engagement, prenons Office Vibe, une plateforme canadienne qui permet de sonder la satisfaction des employés en temps réel. Elle vient d'implémenter Leo, un bot qui interagit avec les participants. Leo pose des questions comme "Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?" ou encore "Avez-vous pris en compte les remarques de la dernière fois ?".

"Les bots disrupteront les RH autant que le cloud"

Dans la même veine, on peut citer son concurrent Captain feedback qui est disponible sur Slack, ou GoCo qui avertit l'équipe de l'anniversaire d'un salarié. Concernant l'automatisation de certaines tâches, on peut citer Eve qui scanne vos notes de frais puis va les classer par catégories.

 

Qui sont les principaux acteurs des chatbots dédiés aux ressources humaines ?

"Les bots permettent d'améliorer l'engagement des salariés et d'automatiser certaines tâches"

On ne peut pas parler de chatbots sans parler de Slack. Ce service de messagerie propose une trentaine de services robotisés. Slack est utilisé par les start-up innovantes. Il n'est pas surprenant qu'il existe un lien entre bots et Slack. Mais les bots ne pourront pas se développer uniquement sur Slack qui, malgré ses 50 millions d'utilisateurs, reste un acteur de niche.

La généralisation des bots viendra d'autres acteurs : les géants de l'e-RH. Des entreprises comme Workday ou SAP commencent à se pencher sur les bots dans leurs laboratoires. Je pense que, d'ici deux ans, ces entreprises proposeront des bots dans leurs solutions. Mais un flou demeure sur leur modèle économique. Proposeront-ils des solutions ad hoc ou sur catalogue ? On ne sait pas.

Facebook peut aussi potentiellement devenir un géant des bots et profiter de son énorme capacité de pénétration pour s'implanter dans les entreprises notamment en proposant des bots de conciergerie ou de partage de best practices. Avec le lancement de Facebook at work l'entreprise de Mark Zuckerberg vise clairement les entreprises.

 

"Facebook a tout pour devenir le géant des bots de RH"

Où en est la France ?

Pour le moment, à ma connaissance, à part Leo, tous les bots RH sont en anglais. Mais ce n'est pas appelé à durer car la "scène e-RH" est très dynamique en France. En outre, la France compte de nombreuses start-up qui adoptent très vite les solutions innovantes.

 

Pour une entreprise, est-il difficile de déployer une solution basée sur les bots ? Existe-il des freins techniques ? Combien coûte le déploiement d'une solution de bots ?

Pour les entreprises qui se basent sur Slack, c'est très simple, il suffit de télécharger gratuitement les applications disponibles. Mais sur le moyen terme, il existe de vraies questions sur le déploiement et le modèle économique des bots dans les entreprises. Les bots seront-ils implémentés à un logiciel de gestion de paie ou à une plateforme collaborative ? Seront-ils conçus de façon standard ou seront-ils personnalisables ? Faudra-il payer un abonnement mensuel ? Si Facebook se lance dans les bots, quelles garanties offrira-t-il sur l'utilisation des données personnelles ? Je pense que d'ici deux ans, nous aurons toutes ces réponses.

 

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