Thibaut Gemignani (Figaro Classifieds) "En achetant Viadeo, nous comptons rendre complémentaires réseaux sociaux pro et sites d'emploi"

Figaro Classifieds, déjà propriétaire de Cadremploi et Keljob, renforce sa position sur le marché de l'emploi sur Internet avec l'acquisition de la start-up française aux 11 millions de membres.

Thibaut Gemignani est directeur général de Figaro Classifieds © Figaro Classifieds

JDN. Pourquoi reprendre Viadeo pour 1,5 million d'euros ?

Thibaut Gemignani. La raison pour laquelle nous avons choisi d'acquérir les actifs de Viadeo est simple. Figaro Classifieds est le leader du marché de l'emploi en France. Nous connaissons le marché et avons la confiance des professionnels du recrutement. Nous souhaitons conforter cette position.

Viadeo est donc pour nous une belle opportunité car il s'agit d'une belle entreprise de la French Tech qui compte, rappelons-le, 11 millions de membres. De plus, Viadeo est une marque ancrée dans les territoires, elle n'est pas uniquement parisienne. C'est un atout car le marché du travail n'existe pas qu'en Ile-de-France. Nous nous appuyons en outre sur le Groupe Figaro (propriétaire du JDN), notre maison mère, qui est le quatrième acteur de l'internet en France.

 

Viadeo est structurellement déficitaire. Comment comptez-vous redresser la barre et quels sont vos objectifs financiers pour l'année ?

Pour éviter d'être déficitaire, nous avons prévu d'injecter entre 5 et 10 millions d'euros d'ici 2019. En outre il est prévu d'alléger la masse salariale. Nous conservons toutefois 98 des 120 collaborateurs du groupe (78 salariés et 20 stagiaires ou personnes en apprentissage). Soit plus que la plupart des candidats en lice.

"Pour 2017, nous visons un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros"

Sur l'année 2017, nous souhaitons que Viadeo atteigne un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros. Notre but est de réaliser 60% de ce chiffre grâce à l'hiring solution, c'est-à-dire les services de recrutement. Le reste des bénéfices sera partagé entre la recette des abonnements premium et les solutions marketing (publicité ciblée, data…). C'est un objectif ambitieux. Pour donner un ordre de grandeur, le chiffre d'affaires de Figaro Classifieds a été de 40 millions d'euros en 2016, soit un quart des bénéfices générés par le marché de l'emploi sur internet.

 

Viadeo avait développé de nouvelles activités ces derniers mois (incubateurs de e-RH, marketplace pour freelances...). Qu'allez-vous en faire ?

Le travail effectué sur les freelances nous intéresse car c'est un marché en pleine croissance. De même, Vialab, l'incubateur de start-up nous semble être une idée intéressante. Nous allons rencontrer prochainement les équipes de Viadeo pour définir la stratégie à suivre. Pour le moment nous n'avons rien décidé, mais nous sommes bien décidés à innover. Et pour cela, toutes les idées et les bonnes volontés sont bienvenues.

 

Comment va s'intégrer Viadeo dans l'offre Figaro Classifieds ? Quelles synergies sont envisagées avec Cadremploi, Keljob ou encore Choose Your Boss ?

Viadeo va garder son nom et son identité mais sera totalement intégré au groupe Figaro Classifieds. Il ne s'agit donc pas d'une filiale à part. Nous allons d'abord mettre en place une vraie synergie commerciale. Nos 120 commerciaux s'occuperont de vendre la marque auprès de nos 15 000 clients.

"60% du CA sera réalisé grâce à l'hiring solution, c'est-à-dire les services de recrutement"

Nous comptons en outre développer une vraie synergie produits. Le but est de mettre en place une complémentarité entre les réseaux sociaux professionnels et les sites d'emploi classiques que nous possédons afin de permettre aux salariés de mieux se faire chasser et aux entreprises de mieux sourcer les profils. Mais nous nous attacherons aussi à améliorer l'expérience utilisateur.

Nous souhaitons poursuivre la stratégie mise en place : innover et se centrer sur le marché français. Notre modèle est l'allemand Xing, leader dans les pays germanophones. Le groupe dégage un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros et sa capitalisation boursière s'élève à environ un milliard de dollars. Notre but est donc de faire de Viadeo le Xing français.

 

Qu'est-ce qui vous a distingué de vos principaux concurrents au rachat ?

Nous étions en compétition avec cinq concurrents : Schibsted (qui possède Leboncoin), Rivalis, SFAM développement, Ethics Group et One More Company. Trois critères étaient primordiaux pour remporter la mise : le nombre de salariés gardés, le prix d'acquisition et surtout la pérennité de l'activité. Nous conservons la majorité des effectifs et adossons Viadeo à un leader du recrutement.

"Notre but est de faire de Viadeo le Xing français"

Voilà pourquoi le comité d'entreprise de Viadeo a donné un avis favorable à la reprise le 16 décembre 2016. Le 23 décembre, le tribunal de commerce de Paris a donné son accord puis la justice californienne a fait de même une semaine plus tard pour les actifs américains.

 

Qu'est-ce qui a selon vous manqué à Viadeo pour réussir jusque là ?

Je pense que la principale erreur de Viadeo a été de vouloir s'implanter à l'international. Cette dispersion géographique a été remise en question l'an dernier par Renier Lemmens qui a remplacé le fondateur Dan Serfaty à la tête du groupe. Et nous allons poursuivre dans cette direction.

 

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